42e Conseil général à Corner Brook

Une semaine pour déterminer l’avenir de l’Église Unie du Canada

Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2015-08-11 00:00 || Canada Canada

Une semaine pour se pencher sur son avenir, une semaine pour aborder l’essentiel des enjeux qui font le débat en son sein. Du 8 au 14 août, l’Église Unie du Canada tient son Conseil général, la plus haute instance décisionnelle qui rassemblera plus de 550 personnes, dont 350 délégués nationaux. Ceux-ci devront plancher sur le plus ambitieux plan de changement structurel de leur Église à ce jour.

Ce 42e Conseil général de la plus grande Église protestante canadienne se jouera en grande partie autour de la Révision globale. En effet, 90 des 190 propositions sur lesquelles se prononceront les délégués la semaine prochaine porteront sur elle.

Rappelons que lors du dernier Conseil général de 2012, les délégués ont demandé qu’un vaste travail de révision des structures de l’Église soit enclenché afin de mieux faire face aux défis actuels. Cette « révision globale » a été pilotée par la Québécoise Cathy Hamilton, pasteure de la paroisse d’Argenteuil. Les propositions visent à épurer et simplifier les structures de l’Église et couper dans les dépenses tout en redynamisant la mission spirituelle d’une Église qui voit ses ressources humaines et financières diminuer année après année.

« Ce sera un Conseil général très, très important, explique Cathy Hamilton en route vers l’aéroport. C’est la première fois qu’on va vraiment changer nos moyens de vivre comme Église. »

D’autres tentatives similaires ont déjà été tentées au cours de l’histoire de l’Église Unie du Canada, mais sans succès.

« Peu de gens sont en faveur du statu quo cette fois-ci. Et tous sont conscients de l’urgence d’agir. En revanche, c’est le « comment » qui sera au cœur des débats entre les délégués », explique la pasteure Hamilton, pour qui les changements proposés doivent surtout permettre de dégager des ressources pour servir la mission spirituelle de l’Église.

Changer ou mourir

Pour le coordonnateur du programme Témoignage et mission des Ministères en français de l’Église, il ne fait aucun doute que l’acceptation ou non des changements proposés par la Révision globale constitue le principal enjeu de cette rencontre nationale.

« Changer ou mourir, on est rendu là, laisse tomber Stéphane Gaudet. Si on ne change pas, on meurt, et il ne restera que les paroisses dans les quartiers blancs de classes supérieures et fortunées. »

« Mais on ne peut plus se permettre d’échouer cette fois. On n’a plus les finances, ni le même nombre de bénévoles, poursuit-il. Il va y avoir un « avant 42e Conseil général « et un « après 42e Conseil général », que la Révision globale passe ou non. Si elle est acceptée, ce tournant sera évident. Si elle ne l’est pas, les gens chargés de prendre les décisions financières devront le faire ultérieurement à la place des membres de l’Église représentés par les délégués… Et il y aura peut-être des décisions plus dures, car elles se baseront uniquement sur les colonnes de chiffres… »

M. Gaudet s’attend à ce que diverses réticences s’expriment, notamment face aux coupures de plusieurs millions de dollars qui devraient être apportées au niveau national. L’impact sur les plus petites communautés, dont la communauté francophone, pourrait être considérable. Celles-ci entendent d’ailleurs exprimer leurs craintes face aux délégués nationaux. C’est notamment le cas de Claire Borel-Christen, une déléguée laïque du Consistoire laurentien, une structure de l’Église Unie qui regroupe des paroisses francophones.

« On voudrait un réseau francophone avec des pouvoirs décisionnels et un financement. Actuellement, il n’y a pas de soutien. Sans pouvoir décisionnel et sans argent, les francophones sont complètement dilués dans la masse », déplore-t-elle.

Inquiétudes

Mme Borel-Christen craint par ailleurs que l’attention portée à la Révision globale lors du Conseil général de la semaine prochaine ne fasse ombrage aux autres sujets prioritaires de l’Église Unie.

« Allons-nous avoir le temps de s’occuper de nos dossiers sociaux comme la question d’Israël et de la Palestine, qui sont plus importants que notre nombril ? Sinon ces questions seront renvoyées à l’exécutif, sabotant ainsi la démocratie », s’inquiète-t-elle.

Le boycottage des produits des colonies israéliennes en territoire palestinien a en effet été adopté lors du Conseil général de 2012, ce qui a valu à l’Église Unie d’être traitée d’antisémite par plusieurs leaders juifs au Canada. Mais la mesure ne fait pas l’unanimité au sein de l’Église et de nouvelles discussions sont prévues à ce sujet la semaine prochaine.

D’autres dossiers importants

Le Conseil général sera également l’occasion de procéder à l’élection d’un nouveau modérateur. En 2012, les délégués avaient écrit une page d’histoire en élisant le pasteur Gary Paterson, plaçant ainsi pour la première fois à sa tête une personne ouvertement homosexuelle. Pas moins de douze individus ont été mis en nomination pour lui succéder cette année. Le vote aura lieu le jeudi 13 août.

Parmi les dossiers importants à suivre, les délégués devront se prononcer sur l’entente de pleine communion entre l’Église Unie du Canada et l’Église Unie du Christ aux États-Unis. Cette dernière a déjà entériné ce projet de pleine communion lors de son Conseil général qui se tenait en juin à Cleveland.

Le 42e Conseil général de l’Église Unie du Canada se tient au 8 au 14 août 2015 au Campus Grenfell de l’Université Memorial et au Corner Brook Civic Centre de Corner Brook, dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador.

 

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