Après plusieurs décennies à Montréal

Vives inquiétudes devant le départ de l’Office national de liturgie pour Ottawa

Le directeur de l'Office national de liturgie, l'abbé Louis-André Naud.
Le directeur de l'Office national de liturgie, l'abbé Louis-André Naud.   (Présence/François Gloutnay)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2015-09-15 16:19 || Canada Canada

L’Office national de liturgie quitte Montréal. Après 40 ans de présence au Québec, il déménage l’ensemble de ses bureaux et de sa bibliothèque dans les bureaux de la Conférence des évêques catholiques du Canada. Une décision justifiée par le désir de réduire les dépenses et par la volonté d’avoir une plus grande collaboration avec l’office anglophone qui suscite des inquiétudes au Québec.

La décision n’émane pas de l’Office national de liturgie (ONL) : c’est plutôt le Conseil permanent de la CECC qui l’impose à l’ONL, après avoir consulté la Commission épiscopale pour la liturgie et les sacrements et les évêques du Secteur français.

Trois employés à temps partiel perdent leur travail à l’ONL.

L’ONL est le bras exécutif de la Commission épiscopale pour la liturgie et les sacrements. Il s’agit d’ailleurs de l’unique commission de la CECC qui est séparée entre le secteur francophone et le secteur anglophone. La mission de l’ONL est essentiellement de former et d’informer les diocèses canadiens en matière de liturgie, mais aussi d’éditer des ouvrages nécessaires aux célébrations liturgiques.

L’idée de déménager l’ONL à Ottawa ne date pas d’hier, mais la proposition se butait toujours à des réticences, notamment chez les évêques francophones. Il y a une dizaine d’années, la décision de déménager avait été prise pour être ensuite suspendue.

En mai 2015, un processus de consultation auprès des évêques francophones a permis de faire approuver le déménagement. Le personnel a été mis au courant le 5 août que les bureaux de Montréal fermeraient le 21 août et qu’un déménagement aurait lieu le 1er septembre. Les responsables diocésains de liturgie ont quant à eux été mis au courant le 25 août. Or, si l’adresse de l’office a bel et bien changé à cette date, le déménagement aura plutôt lieu d’ici une semaine ou deux, les dates n’étant pas encore arrêtées.

Diverses raisons évoquées

Le président de la Commission épiscopale pour la liturgie et les sacrements de la CECC, Mgr Yvon-Joseph Moreau, évêque de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, évoque diverses raisons pour justifier cette décision. Il mentionne d’abord comme les deux principales causes du déménagement le besoin de réduire les dépenses et d’avoir une meilleure coordination entre les offices liturgiques francophone et anglophone. Il ajoute également qu’à la CECC, on voulait s’assurer du « caractère national » de l’ONL, que l’on trouverait actuellement « trop centré sur le Québec ».

Le directeur de l’ONL, l’abbé Louis-André Naud, confirme que la réduction des coûts et la coordination avec l’office anglophone sont les deux raisons qui lui ont été présentées. Quant au caractère « national » de l’ONL, l’abbé Naud estime qu’il est au contraire bien présent à l’ONL.

Même si l’aspect économique est la première raison invoquée, personne n’a été en mesure de dire combien d’argent au juste le déménagement à Ottawa permettra d’économiser. Si Mgr Moreau évoque une somme hypothétique supérieure à 30 000 $, l’abbé Naud estime plutôt l’économie annuelle possible entre 80 000 et 100 000 $, un montant qui comprend notamment une économie de loyer et de location de photocopieuse, de même que le salaire combiné des trois postes éliminés.

Inquiétudes

L’annonce du déménagement de l’ONL a été accueillie avec inquiétude au Québec. La contractuelle responsable du parcours de formation liturgique et sacramentelle de l’office, Marie-Josée Poiré, se dit « préoccupée » et se demande quel impact la décision aura sur l'avenir de l'animation de la liturgie chez les francophones.

« En allant à Ottawa, l’office s'éloigne des lieux de réflexion au Québec », note celle qui travaille dans le domaine de la liturgie depuis une trentaine d’années.

Cette inquiétude est partagée par l’ancien directeur de l’ONL, l’abbé Gaétan Baillargeon. « Ottawa n'est pas le centre de la francophonie, dit-il. Ça va être de plus en plus difficile d'organiser du travail avec des collaborateurs francophones. »

Le prêtre incardiné dans l’archidiocèse de Sherbrooke se dit complètement en désaccord avec l’idée que l’ONL soit trop « centré » sur le Québec. « Nous avons toujours eu d’excellentes relations avec les diocèses francophones ailleurs au Canada. Cette idée me parait être un prétexte », rétorque-t-il, se demandant au passage s’il ne s’agit pas plutôt d’une manière pour Ottawa d’avoir une « emprise plus directe » sur les activités de l’ONL.

Également contractuel pour l’ONL, le rédacteur en chef de la revue liturgique Vivre et célébrer trouve lui aussi « bizarre » l’idée de déplacer l’office à Ottawa. L’abbé Joël Chouinard, responsable de la liturgie pour le diocèse de Joliette, dit toutefois porter sur ce déménagement précipité un regard « nuancé ».

« D’une part, je comprends le principe de la centralisation : on pourra côtoyer les collègues anglophones, ce qui n’est pas méchant en soi dans un monde comme le nôtre. Mais d’autre part, je n’achète pas l’idée de centraliser un service francophone dans un milieu anglophone. »

À l’instar de Mme Poirée, l’abbé Chouinard se demande quelle sera la répercussion sur la mission de l’ONL. « La décision ne vient pas avec la garantie qu'on va pouvoir rester au service des paroisses francophones de la même manière », regrette-t-il.

Le directeur de l’ONL, l’abbé Louis-André Naud, estime de son côté que d’avoir une plus grande harmonisation entre les offices francophone et anglophone est une bonne idée. Mais à la question de savoir si l’ONL a été consulté en vue du déménagement, il hésite longuement avec de répondre.

« C’est une question délicate… Je savais que le processus se faisait. Depuis le début de mon entrée en fonction en 2013, la question était posée. La consultation [sur le déménagement] se faisait pour les évêques, alors ce sont les évêques qui se sont prononcés. J’attendais le résultat comme tout le monde », confie-t-il, confirmant qu’il devra déménager lui aussi à Ottawa pour suivre l’office.

L’abbé Naud reconnaît que la nouvelle du déménagement a été reçue avec un certain scepticisme au Québec, et qu’il y a derrière ce déménagement la peur de perdre l'identité francophone par rapport à l'identité anglophone en matière de liturgie.

« Je pense que c'est la crainte, oui. Mais il y a aussi un respect mutuel à la CECC : on est dans le bilinguisme et dans le biculturalisme. Chacun y exprime sa vision dans une logique de collaboration », modère-t-il, ajoutant que « ce n’est pas parce qu’on change de milieu qu’on perd notre identité ».

Le directeur de l’ONL qualifie le changement « d’aventure nouvelle ».

Cette nouvelle survient alors que la CECC tient présentement son assemblée générale annuelle d’une semaine à Cornwall, en Ontario. L’ONL y entrera en scène mercredi matin, alors qu’il sera notamment question de la question de son budget.

Au moment de publier ce texte, la CECC n’avait toujours pas annoncé publiquement le déménagement de l’ONL. Le personnel remercié se trouve toujours sur le site Internet de l’office et l’adresse des bureaux est encore celle de Montréal.

 

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