Factures non payées

Énergie: la suspension de frais donne un répit aux paroisses fragiles

«C'est pas compliqué, on est à revenu zéro actuellement. Pas de quêtes, pas encore de campagne de dîme, pas de lampions.» La suspension des frais de retard par Hydro-Québec vient soulager des paroisses déjà éprouvées par la crise.
«C'est pas compliqué, on est à revenu zéro actuellement. Pas de quêtes, pas encore de campagne de dîme, pas de lampions.» La suspension des frais de retard par Hydro-Québec vient soulager des paroisses déjà éprouvées par la crise.   (Pixabay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2020-03-23 12:07 || Québec Québec

«À compter de lundi, Hydro-Québec suspendra jusqu’à nouvel ordre l’application des frais pour les factures impayées pour tous ses clients», a indiqué le premier ministre François Legault lors de sa conférence de presse quotidienne sur le coronavirus.

En entendant cette annonce dimanche, bon nombre d’économes diocésains et d’administrateurs paroissiaux ont poussé un soupir de soulagement. Cette mesure sera la bienvenue pour tous les responsables des lieux de culte au Québec qui ont vu disparaître, en mars, une bonne partie des revenus qu’ils récoltent habituellement lors de la quête dominicale.

«Jusqu’à nouvel ordre, les clients résidentiels mais aussi les clients commerciaux qui ne paient pas leurs factures ne se verront pas imposer des frais d’administration», confirme Cendrix Bouchard, conseiller en communications chez Hydro-Québec. «La suspension de ces frais sera appliquée automatiquement.»

Et que les administrateurs de lieux de culte se rassurent, il n’y aura pas non plus «de débranchement pour quelqu’un qui ne paierait pas sa facture», dit le porte-parole. «Le moratoire hivernal sur les interruptions de service, qui s’étend du 1er décembre au 31 mars, est donc déjà prolongé jusqu’à nouvel ordre.»

«On est bien conscients de l’impact important qu’a le coronavirus sur tous nos clients», dit M. Bouchard. «Les clients qui anticipent des difficultés sont invités à conclure une entente dès maintenant avec Hydro-Québec afin de planifier le report de leurs paiements.

Chez Énergir aussi

«Nous sommes conscients que la situation amène son lot de défis pour notre clientèle» indique David Laureti, conseiller aux affaires publiques chez Énergir, le principal distributeur de gaz naturel au Québec.

«Les procédures de recouvrement ont été suspendues jusqu’à nouvel ordre et nous ne procéderons à aucune interruption du service, et ce, tant pour nos clients résidentiels que nos clients affaires. Cela inclut les lieux de culte», précise-t-il.

Lui aussi invite les administrateurs d’édifices religieux qui rencontrent des difficultés financières à communiquer avec l’entreprise «afin que nous puissions évaluer leur situation». Il reconnaît toutefois que les effectifs d’Énergir «étant réduits présentement, il est possible que le temps de réponse soit plus long qu’à l’habitude».

Des coûts importants

Pour un lieu de culte, à combien s’élèvent les sommes annuelles qui sont affectées au paiement des coûts d’électricité ou de chauffage?

Dimanche après-midi, Daniel Dufour, l'économe de l'archidiocèse de Québec, n'aura pris que quelques minutes pour répondre cette question. En regardant les états financiers de l'année 2018 et les budgets prévus pour l'année 2020 de chacune des paroisses de l'archidiocèse, il affirme, tableau à l’appui, que la catégorie Électricité et chauffage accapare en moyenne 16 % des dépenses d'opérations ou encore 19 % des revenus des paroisses.

L'administrateur diocésain a calculé qu'en 2018, les 38 paroisses de l'archidiocèse ont versé très précisément 5 213 261 $ à Hydro-Québec, à Énergir ou à d'autres plus petits fournisseurs d'électricité, de gaz naturel ou d'huile à chauffage.

Il indique aussi qu'en 2020 les marguilliers des paroisses de l'archidiocèse ont réservé 4 907 444 $ pour payer les factures mensuelles d’électricité et de chauffage des lieux de culte.

Économe depuis 21 ans au diocèse de Saint-Anne-de-la-Pocatière, Yvan Thériault n'a pas mis de temps lui non plus pour trouver les sommes que les 55 paroisses du diocèse doivent verser chaque année pour chauffer et éclairer les lieux de culte, les presbytères et les salles communautaires qu'elles administrent.

«En 2018, c'est 1 048 500 $, soit 14 % des déboursés», lance-il, calculette à la main. C'est Hydro-Québec et un fournisseur local d'huile à chauffage qui obtiennent presque l'entièreté de cette somme puisqu'une seule église du diocèse utilise le gaz naturel.

Longueuil

«Notre paroisse a trois lieux de culte dont la cocathédrale Saint-Antoine, un bâtiment pas mal plus grand que la moyenne des églises. Comme on utilise le chauffage au gaz, notre facture d'électricité s'en trouve réduite», explique au téléphone Benoît Laganière, président d'assemblée de fabrique à la paroisse Saint-Antoine-de-Padoue, dans le diocèse de Saint-Jean-Longueuil.

Lorsque l'administrateur paroissial additionne les coûts annuels du chauffage et de l'électricité, il constate que «pour nous, cela représente 15 % de nos dépenses annuelles».

Pour Benoît Laganière, ces annonces d'annulation des frais de retard par des fournisseurs d'énergie sont vues comme «des bonnes nouvelles» ces jours-ci.

«C'est pas compliqué, on est à revenu zéro actuellement. Pas de quêtes, pas encore de campagne de dîme, pas de lampions». Et depuis que les portes des églises sont fermées, pas de dons déposés durant la semaine, à l'église ou au bureau paroissial.

Des paroisses vont connaître rapidement des soucis financiers, estime-t-il. «Ici même, on a une liquidité qui est modeste et qui ne nous permettra pas de faire face à des dépenses si les revenus ne sont pas au rendez-vous.»

Heureusement, dit-il, «on a une structure qui fait que notre diocèse peut nous aider. Les paroisses qui sont en manque de liquidité peuvent toujours s'arranger avec le diocèse.»

Mais «pouvoir payer des factures plus tard, cela va nous aider beaucoup. C'est vraiment une bonne nouvelle», dit M. Laganière.

Économe au diocèse de Valleyfield, Gilles Lavigne, explique, de sa résidence où on l'a rejoint, que les coûts de chauffage représentent «la deuxième plus importante dépense» des paroisses après les salaires du personnel. «Cela varie entre 20 et 30 %, selon différentes variables comme la grandeur de l'église ou le type de chauffage utilisé.»

M. Lavigne a bien entendu le premier ministre Legault annoncer qu'Hydro-Québec «ne chargerait pas d'intérêt pour les retards». Cette nouvelle a réjoui l'économe diocésain. «Il faut savoir que lorsqu'on a deux retards dans une même année, même si c'est pour quelques jours, les frais sont très importants et on peut même exiger une lettre de garantie de paiement», dit Gilles Lavigne.

Des défis pastoraux et administratifs

Questionné par téléphone dimanche, Mgr Alain Faubert, évêque auxiliaire, n'avait pas devant lui les montants que consacrent les différentes paroisses de l'archidiocèse de Montréal à l'électricité ou au chauffage des bâtiments. Mais il reconnaît que l'annonce du premier ministre Legault sera une «bonne nouvelle pour les fabriques des paroisses».

«Tout le monde a un compte d'Hydro et plusieurs pourraient avoir de la difficulté à respecter les échéances de paiements, non seulement d'Hydro-Québec mais aussi d'autres fournisseurs. On sort d'une période intensive de chauffage. On va espérer que les autres fournisseurs vont adopter une attitude similaire.»

«Comme société, dans le contexte actuel, on doit développer de la souplesse», estime Mgr Faubert. «Il y aura un manque à gagner pour les fabriques, c'est certain. Mais elles travaillent toutes à trouver des moyens pour y faire face.»

Enfin, l'évêque auxiliaire croit que «ce n'est pas parce que les églises sont fermées que tout doit arrêter». Tant au plan pastoral qu'administratif, il appelle les équipes paroissiales à faire preuve de  créativité afin de garder les liens avec les paroissiens.

«Nos portes sont fermées, mais on continue à être présents.» C'est le message que les paroisses doivent dire durant ce moment de crise, croit Mgr Faubert. «Aidez-nous à continuer à aider des gens. La vie paroissiale n'arrête pas et les artisans de l'Évangile sont toujours à l'œuvre localement. Il faut les appuyer.»

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