Berta Caceres a été assassinée le 3 mars

Au Honduras, le meurtre d'une environnementaliste suscite l'indignation

Le cercueil de Berta Caceres est transporté après son autopsie, le 3 mars 2016.
Le cercueil de Berta Caceres est transporté après son autopsie, le 3 mars 2016.   (CNS photo/Stringer, EPA)
2016-03-08 14:37 || Monde Monde

L’annonce du meurtre d’une militante écologiste mondialement reconnue a suscité une émotion vive et une levée de boucliers au Honduras, plusieurs y voyant une preuve additionnelle du climat de violence et d’impunité qui sévit dans ce pays d’Amérique centrale.

Berta Caceres a été assassinée le 3 mars, vers 1 heure du matin, chez elle. Plusieurs membres de sa famille sont convaincus qu’il s’agit d’un assassinat politique commandité par ses adversaires. Berta Caceres est une militante écologiste bien connue en Amérique centrale et à travers le monde. En 2015, elle a reçu le prestigieux prix Goldman sur l’environnement, que certains qualifient de prix Nobel de l’environnement.

Un dangereux signal

Aux yeux de Mike Allison, professeur à l’université jésuite de Scranton, en Pennsylvanie, l’assassinat de Berta Caceres envoie «un signal fort mais ô combien dangereux» dans la région. Spécialiste de la vie politique latino-américaine, Allison est inquiet: «Il est profondément choquant de constater que quelqu’un ait ainsi eu l’audace de commander un tel meurtre, d’autant que la violence [sévissant en Amérique centrale] avait alerté la communauté internationale et suscité une vague de condamnations».

Le barrage du fleuve Gualcarque

Issue du peuple indigène lenca dont elle était d’ailleurs l’une des dirigeantes, Berta Caceres avait milité pendant plus d’une décennie contre la construction d’un immense barrage hydro-électrique sur le fleuve Gualcarque, dans l’ouest du Honduras. Elle s’était opposée à l’arrivée inopinée d’une équipe d’arpenteurs et d’ouvriers de la construction, près du site où devait être érigé le barrage. Un ordre de la Cour lui a alors intimé de ne plus s’approcher du chantier. Attirant bientôt l’attention des médias et de la communauté internationale, elle a fait l’objet de menaces de mort. Non sans avoir réussi à faire avorter ce projet de barrage.

Une militante écologiste et indigéniste

Berta Caceres s’est «engagée à se battre pour la protection de l’environnement et pour la défense des droits des populations indigènes habitant ce territoire», affirme le père Ismael Moreno. Ce jésuite hondurien est le directeur de Radio Progreso et de Réflexion, recherche et communication, un groupe de réflexion animé par les Jésuites dans la région.

Berta Caceres a réussi à «faire la jonction entre luttes indigènes et luttes environnementales», ajoute le père Moreno. C’est d’abord à ce titre qu’elle est connue, ajoute-t-il, et ce, depuis la fondation du Conseil des peuples indigènes du Honduras, en 1993. «Ce furent 25 années de luttes perpétuelles. […] Elle était l’une des femmes les plus connues et plus reconnues», tant au Honduras qu’à l’étranger, note le jésuite.

En 2014, elle avait participé à la Rencontre mondiale des mouvements populaires qui s’était tenue au Vatican. Carcares n’est pourtant pas reconnue comme étant très proche de la hiérarchie ecclésiastique hondurienne.

Son militantisme a profondément irrité l’élite économique et sociale du Honduras. Ce pays d’Amérique centrale est l’un des plus pauvres de toute la région – pays dont le taux d’homicides per capita est d’ailleurs le plus élevé au monde.

Berta Caceres s’est opposée aux privilèges que l’État hondurien a consentis aux compagnies minières étrangères exploitant des gisements dans ce pays centroaméricain. Elle a vigoureusement combattu le concept de «cité modèle» mis en place par le gouvernent et qui créait des zones franches dans le pays – zones dotées d’institutions et de lois sur mesure, totalement différentes de celles qui prévalent dans le reste du pays. Tout cela afin d’attirer les investisseurs étrangers.

Elle s’est principalement opposée aux projets de mines et de centrales hydroélectriques mis de l’avant par les multinationales étrangères. Plusieurs camarades de lutte de Berta Caceres laissent entendre qu’elle aurait aussi reçu des menaces de mort de la part de grands propriétaires terriens honduriens, mais aussi d’autres personnes occupant des postes influents au Honduras.

Deuil, rage et indignation

«Nous sommes mortifiés», ajoute le père Moreno, qui était lui-même un ami intime de la militante écologiste.

Ce meurtre a ému l’opinion publique et la communauté internationale. Le geste a été massivement condamné, plusieurs personnes ayant demandé à ce qu’une enquête soit menée dans les meilleurs délais.

Le président hondurien Juan Orlando Hernandez a condamné le meurtre de la militante, promettant du même souffle qu’une enquête rigoureuse serait menée.

«Ce geste nous accable tous» a affirmé le président dans un message sur Twitter.

Les policiers ont d’abord cru avoir affaire à une invasion de domicile. Or, plusieurs médias ont ensuite révélé que Berta Caceres avait été atteinte par quatre projectiles.

L’enjeu de la corruption

Ce crime ramène à l’avant-plan les problèmes de corruption et d’impunité, lesquels sont endémiques et récurrents au Honduras. En 2015, des milliers de manifestants avaient pris les rues d’assaut, lorsqu’une affaire de fraude avait entaché la réputation du président Hernandez, récemment élu.

Une commission internationale de lutte contre l’impunité a été mise en place en 2015 au Honduras, au lendemain de ces manifestations populaires. Cette commission est calquée sur celle ayant été mise en place au Guatemala voisin, pays dont le président et le vice-président ont été chassés du pouvoir, ces derniers s’étant rendus coupables de corruption.

Les observateurs sont cependant loin d’être certains que le Honduras se prêtera à ce genre d’exercice en toute transparence : «[Les membres de la commission] et la communauté internationale n’ont pas la moindre idée de la culture politique à laquelle ils doivent désormais se frotter», note le politologue américain Mike Allison.

David Agren, Catholic News Service
Trad. et adapt. F. Barriault, pour Présence

 

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