Entrevue avec Schachar Orenstein

Le rabbin qui veut réparer la terre

À 47 ans, le rabbin écolo Schachar Orenstein incarne la nouvelle génération de religieux qui veulent transformer le judaïsme québécois pour le faire entrer dans le XXIe siècle.
À 47 ans, le rabbin écolo Schachar Orenstein incarne la nouvelle génération de religieux qui veulent transformer le judaïsme québécois pour le faire entrer dans le XXIe siècle.   (Présence/Yves Casgrain)
Yves Casgrain | Journaliste
Journaliste
2020-03-05 11:11 || Québec Québec

À 47 ans, le rabbin écolo Schachar Orenstein incarne la nouvelle génération de religieux qui veulent transformer le judaïsme québécois pour le faire entrer dans le XXIe siècle. Cofondateur, avec deux femmes, de la synagogue Montreal Open Schul. Présence l’a rencontré dans une boulangerie du quartier Notre-Dame-des-Neiges à Montréal.

Le rabbin Orenstein est issu du courant orthodoxe juif. Il a notamment servi auprès de la Spanish and Portuguese Synagogue de Montréal. Il explique que c’est au retour d’un voyage en Inde qu’il a décidé d’ouvrir une synagogue plus proche de ses valeurs et de ses préoccupations. Inaugurée en 2018, la Montreal Open Schul est dirigée par trois personnes, dont la rabbin Sherril Gilbert et la chantre Heather Batchelor. Ce qui, dans le monde du judaïsme québécois, n’est pas chose banale.

«Lorsque je suis rentré au pays, je suis devenu un peu plus courageux. J’ai décidé de créer une communauté avec mes deux collègues qui reflète plus mes valeurs égalitaires et féministes.»

Teva Québec

La question de l’écologie est l’une des grandes préoccupations du rabbin Schachar Orenstein. Avec un ami, il a fondé en 2008 Teva Québec.

«Teva signifie nature en hébreu. J’avais remarqué que des organisations écologistes juives existaient dans d’autres pays, mais pas au Québec.»

Teva Québec réalise avec des jeunes de la communauté juive des activités et des projets d’entraide.

«Je suis très fier des projets que nous avons réalisés depuis nos débuts. Par exemple, en 2010 nous nous sommes même rendus à La Nouvelle-Orléans, après l’ouragan Katrina. Là, les étudiants du secondaire qui nous ont accompagnés ont planté des tiges de roseau et de bambou. En 2012, des étudiants universitaires se sont mobilisés avec nous pour aider la communauté atikamekw de Wemotaci. Nous y sommes allés dans le but de planter des arbres, car en 2010, il y a eu de terribles incendies dans la région de la Haute-Mauricie.»

Teva Québec organise d’autres activités de conscientisation comme le nettoyage des berges du canal Lachine.

«Nous avons décidé d’inviter d’autres groupes religieux lors de cette activité. Nous la réalisons durant la fête de la Reine. C’est très émouvant de constater que nous pouvons réaliser des choses ensemble. Il faut travailler de concert pour ce genre de grands défis», lance-t-il.

Inspiré par un rabbin de 85 ans

L’idée de fonder un mouvement écologiste lui a été inspirée par le rabbin activiste de 85 ans, Arthur Waskow.

«Il y a peu de temps, il a été arrêté par la police lors d’une manifestation pour l’écologie. Il m’inspire beaucoup. Je ne peux pas compter les fois où il a été mis en prison. Il ne manifeste pas seulement pour la question écologique, mais également pour des causes plus politiques et sociales.»

Quelque temps avant de fonder Teva Québec, le rabbin Schachar Orenstein a assisté à l’une de ses manifestations qui avait pour but de dénoncer le géant General Electric pour son utilisation de produits chimiques qui ont pollué la rivière Hudson. Plusieurs représentants de communautés religieuses y avaient été invités.

«La manifestation s’est déroulée lors de la célébration de la fête juive qui se nomme la Souccot (la fête des cabanes). Cette fête s’étend sur huit jours. Durant la dernière journée, il y a un rituel avec de l’eau. Normalement, nous célébrons cette journée dans une synagogue. Cette fois-ci, nous avons vécu cette célébration au bord de la rivière. L’utilisation de ces rites anciens lors de manifestations en faveur de l’environnement m’a beaucoup touché. J’ai constaté que cela était très puissant.»

«L’un des plus grands concepts philosophiques qui inspirent les juifs aujourd’hui est ce que nous nommons tikkoun olam, c’est-à-dire la réparation du monde.»

Lors de la manifestation à laquelle a pris part Greta Thunberg à Montréal, il a d’ailleurs remarqué un groupe de jeunes qui portait une affiche sur laquelle était inscrit tikkoun olam.

«Nous pensons généralement que le recyclage est quelque chose de nouveau. Pourtant pour nous c’est un commandement. Il se nomme Bal Tachh’it qui est en somme l’interdiction de gaspiller.»

À l’encontre des discours pessimistes, voire extrémistes, Schachar Orenstein garde espoir en l’avenir.

«J’ai toujours espoir malgré tout! Ce n’est pas toujours facile de garder bien vivant cet espoir lorsque nous entendons les scientifiques. Nous faisons ce que nous pouvons. Une petite action peut avoir de grands effets à long terme. Je fais ceci pour mes enfants et les enfants de mes enfants. Ce qui me vient en tête, c’est une phrase qui provient de la Mishna qui en gros dit ceci: on n’a pas besoin de terminer le travail, nous avons seulement besoin de le faire. Autrement dit, nous ne savons pas la fin de l’histoire certes, mais nous devons faire ce que nous pouvons quand même.»

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