À quelques semaines de la Conférence de Paris

Plaidoyer épiscopal mondial contre les changements climatiques

Le cardinal Oswald Gracias de Mumbai signe la déclaration sous le regard de ses confrères du monde entier, dont l'archevêque d'Edmonton, Mgr Richard Smith (à droite sur la photo).
Le cardinal Oswald Gracias de Mumbai signe la déclaration sous le regard de ses confrères du monde entier, dont l'archevêque d'Edmonton, Mgr Richard Smith (à droite sur la photo).   (CNS Photo/Paul Haring)
2015-10-28 14:37 || Monde Monde

Les présidents des conférences épiscopales du Canada et des États-Unis ont joint leurs voix à celles de leurs collègues d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine, d’Océanie et d’Europe. Dans une déclaration commune, ces évêques ont demandé aux dirigeants politiques qui assisteront à la Conférence de Paris sur le climat d’en arriver à une «entente équitable, contraignante et porteuse de changements profonds» en ce qui a trait à la lutte aux changements climatiques.

Le 26 octobre, Mgr Oswald Gracias, cardinal archevêque de Mumbai en Inde et président de la Fédération des conférences épiscopales d’Asie, a signé le texte de cette déclaration commune, lors d’une conférence de presse conjointe au Vatican.

Selon le cardinal Gracias, cet appel des évêques est une réponse à l’encyclique Laudato si' du pape François sur la sauvegarde de la création. C’est aussi une réponse à «l’angoisse ressentie par tous les peuples et toutes les Églises à travers le monde» quant à la «catastrophe imminente» qui nous menace, si nous refusons d’entendre la voix de la «prudence et de la bienveillance».

En prévision de la conférence de Paris

Cette déclaration s’adresse d’abord aux négociateurs qui participeront à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, à Paris, du 30 novembre au 11 décembre prochains. Les évêques ont exhorté les dirigeants politiques mondiaux à faire preuve «de leadership, d’audace et de courage» afin de mettre en place un cadre juridique établissant «des balises claires», de manière à «assurer la protection des écosystèmes».

Les évêques ont également demandé aux dirigeants politiques de tenir compte des «dimensions morales et éthiques des changements climatiques»; de reconnaître que le climat et l’atmosphère sont des biens communs qui appartiennent à tous; de restreindre vigoureusement les hausses de la température globale; et de faire la promotion de modes de vie et de modèles de développement qui soient «compatibles» avec l’enjeu des changements climatiques.

Les évêques ont rappelé aux dirigeants politiques mondiaux que les besoins humains doivent avoir préséance sur les profits. Les prélats ont donc invité les leaders de la planète à impliquer les pauvres dans leurs processus décisionnels. Lorsqu’ils s’efforcent de protéger l’accès de tous à des ressources naturelles comme la terre et l’eau potable, les leaders mondiaux doivent avoir à l’esprit les populations les plus vulnérables de la planète. Les évêques ont également exhorté la classe politique mondiale à financer convenablement les mesures d’atténuation des changements climatiques.

Impacts en Amérique latine et en Océanie

Le cardinal Ruben Salazar, archevêque de Bogotá et président de la conférence épiscopale latino-américaine, a fait allusion aux «souffrances» qui accablent le bassin de l’Amazone, tout en rappelant le rôle-clé que joue ce fleuve dans l’écosystème sud-américain et mondial. Les évêques latino-américains veulent qu’on mette un terme à la pollution, à la destruction des forêts et à l’appauvrissement de la biodiversité. Mais plus encore, ajoute Mgr Salazar, ils demandent à ce que justice soit rendue aux peuples de l’Amérique latine. En effet, note-t-il, l’exploitation sans vergogne des ressources naturelles de leurs pays s’est en bonne partie faite à leurs dépens.

Mgr John Ribat, archevêque de Port Moresby en Papouasie-Nouvelle-Guinée et président de la Fédération des conférences épiscopales d’Océanie, a quant à lui rappelé que les peuples insulaires comme le sien «courent de graves dangers». « Nous appartenons aux peuples les plus vulnérables de la planète. Nous sommes issus des peuples qui ressentent quotidiennement les effets néfastes des changements climatiques et de la hausse du niveau de la mer. «Plusieurs îles — Tuvalu, Kiribati et les îles Carteret, par exemple — sont déjà en partie submergées ou infiltrées par l’eau salée, privant ainsi les paysans des ressources agricoles dont ils ont besoin pour assurer leur subsistance», ajoute Mgr Ribat.

Les changements climatiques, note l’archevêque, ont pavé la voie au phénomène des réfugiés climatiques.

Le texte des évêques rappelle que la plupart de nos contemporains, même ceux qui ne croient pas en Dieu, reconnaissent que la planète «est un patrimoine commun dont les fruits doivent bénéficier à toutes et à tous. Pour les croyants, cet enjeu en est un de fidélité envers Dieu, puisqu’Il a créé le monde pour le bénéfice de tous».

Des pasteurs, pas des hommes de science

Selon Mgr Thomas Wenski, archevêque de Miami et président du Comité épiscopal américain sur la justice et le développement, certains évêques ont refusé que cette déclaration propose aux négociateurs des seuils thermiques précis à ne pas dépasser afin de lutter contre les changements climatiques. L’archevêque américain défend cette position en rappelant qu’ils sont avant tout «des pasteurs et non pas des hommes de science. Il incombe donc aux scientifiques de proposer les seuils thermiques qui sont les plus aptes à inverser le cours actuel des choses. Nous somme cependant sûrs d’une chose: il faut agir de toute urgence. Il s’agit d’ailleurs là d’un impératif moral. Et à ce chapitre, nous nous jugeons parfaitement autorisés à prendre position».

Selon Mgr Wenski, les citoyens américains commencent à comprendre à quel point il est essentiel d’agir en matière de lutte aux changements climatiques. Cette prise de conscience a cependant été très lente car, dit-il, « nous nous sommes réfugiés dans notre petit cocon. Tant qu’un phénomène n’a pas commencé à nous affecter directement, nous tardons à réagir ».

L'archevêque d'Edmonton évoque la fin des combustibles fossiles

Mgr Richard Smith, l’archevêque d’Edmonton, a été délégué par la Conférence des évêques catholiques du Canada pour participer à ce point de presse. Son siège épiscopal se trouve en Alberta, c’est-à-dire dans le «centre névralgique des combustibles fossiles». Or, aux yeux de Mgr Smith, les Albertains, tout comme l’ensemble des Canadiens, tentent de trouver de solutions à ces enjeux.

Pour l’archevêque d’Edmonton, «personne ne souhaite qu’on compromette ainsi l’avenir de la planète. De plus, tous ont à cœur l’équité entre les générations».

«Soyons clairs: tous s’entendent pour dire qu’il faut tourner le dos aux combustibles fossiles. Reste à savoir comment nous y parviendrons», ajoute Mgr Smith. «Fort heureusement», note-t-il, «de grands esprits sont présentement à l’œuvre et travaillent à concevoir des technologies qui fourniront du travail et de l’énergie à nos contemporains, tout en protégeant l’environnement».

Cindy Wooden, Catholic News Service
Trad. et adap. Présence - information religieuse

 

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