Forum des Églises vertes

Protéger l'environnement un geste à la fois

En octobre 2019, quelque 200 membres du Réseau des Églises vertes étaient réunis pour une grande rencontre nationale au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap.
En octobre 2019, quelque 200 membres du Réseau des Églises vertes étaient réunis pour une grande rencontre nationale au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap.   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2020-03-29 09:49 || Québec Québec

Malgré le grand enthousiasme suscité par la «fabuleuse encyclique» Laudato Si' du pape François, «on n'est pas encore une Église modèle dans toutes nos pratiques environnementales», reconnaît volontiers le recteur du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap.

«Mais on veut s'améliorer», ajoute Mgr Pierre-Olivier Tremblay, qui est aussi l’évêque auxiliaire du diocèse de Trois-Rivières. Ce matin du 19 octobre 2019, Mgr Tremblay s’adresse aux quelque 200 membres du Réseau des Églises vertes qui sont réunis pour une grande rencontre nationale au Sanctuaire. «La cause de l'environnement nous tient tous et toutes à cœur. On avance. On chemine. Mais on sait que le chemin sera long. Qu'il nous faut entreprendre un long travail d'éducation, de conscientisation et de mobilisation», dit-il aux délégués de ces 76 paroisses, couvents, diocèses et congrégations de tout le Canada, reconnus pour les gestes qu’ils posent en faveur de l’environnement et du respect de la création.

Lors de l’édition 2019 du Forum des Églises vertes, les différents conférenciers ont insisté sur cette conviction: protéger l’environnement est une responsabilité collective à laquelle tous et toutes peuvent prendre part. Deux intervenantes ont particulièrement insisté sur les gestes que chacun et chacune peut poser dans son quotidien et dans son milieu.

►REPORTAGE D'ABORD PUBLIÉ DANS LE NUMÉRO DE MARS 2020 DE LA REVUE NOTRE-DAME DU CAP◄

Des gestes au quotidien

Stéphanie Tremblay – aucun lien de parenté avec l’évêque auxiliaire– se souvient comme si c’était hier. En 2016, au terme d’une soirée de prière Taizé, des intervenants en pastorale de sa paroisse ont pris le temps de lire Laudato Si’, l’encyclique du pape François sur l’environnement publiée en mai 2015. Ils ont ensuite entamé une discussion sur ce texte.

«C’est à ce moment qu’ils m’ont approchée, moi, une jeune maman grano. Tu dois bien avoir des idées?», lui ont-ils demandé.

Des idées, elle en avait beaucoup. Tout comme les membres de ce petit groupe préoccupé d’écologie qu’elle a rapidement voulu joindre.

«On pourrait créer une friperie», afin de récupérer les vêtements usagés et réduire les déchets. Mais il y en a déjà une à Sainte-Anne-de-la-Pérade, a-t-on réagi.

«On pourrait ramasser des piles» à l’entrée de l’église, suggère un autre membre. À l’école, il y a déjà une boîte pour recueillir les piles usagées, explique alors un parent, une initiative locale que plusieurs ne connaissaient pas.

«Ensemble, on a alors convenu de ne pas dédoubler ce qui se faisait déjà, mais de faire connaître ces activités. Cependant, on voulait surtout convaincre notre petite communauté de préserver l'environnement au quotidien par de petits gestes», dit Stéphanie Tremblay, aujourd’hui âgée de 38 ans.

Un salon dans l'église

«On a décidé de créer un salon de l’environnement», a-t-elle expliqué fièrement lors du Forum des Églises vertes. C’est ainsi que le dimanche 5 juin 2016, en la Journée mondiale de l’environnement, à l’intérieur d’une église paroissiale, se tenait le tout premier Salon écolo de Sainte-Anne-de-la-Pérade. Des exposants – ils étaient une dizaine cette année-là – ont discuté, durant toute une journée, de protection de l’environnement, d’eau à préserver, de forêts à respecter, de tourisme responsable et de récupération.

«On a recueilli dans l’église ce jour-là des ordinateurs, des cartouches d’encre, des vêtements», se souvient Stéphanie Tremblay, qui fait aujourd’hui partie de l’équipe de vie communautaire de la paroisse, à titre bénévole. «On a même offert des tours en autobus électrique aux gens qui se sont déplacés», une centaine. Et, bien évidemment, ce salon a débuté par «une messe écolo», où les chants et les textes étaient tous liés à l’environnement.

Trois autres éditions du Salon écolo de Sainte-Anne-de-la-Pérade se sont déroulées, toujours à l’intérieur même de l’église. «Cette année, lors de notre quatrième édition, on a accueilli 30 exposants». L’événement paroissial est si populaire que des activités de conscientisation se déroulent maintenant tous les soirs de la semaine.

Mission: sensibiliser

«C'est en 2016 qu'on a rencontré le Réseau des Églises vertes», ajoute la jeune intervenante paroissiale.

La participation à ce regroupement a développé dans la paroisse un véritable «souci de mieux faire les choses» pour tout ce qui concerne l’environnement. Par exemple, «quand on achète de nouvelles fleurs, on fait attention à ce que ce soient des espèces qui sont amies des abeilles. On a planté des arbres fruitiers. Cette année, il y avait aussi des plants de tomates devant l’église».

Aujourd’hui, à la paroisse de Sainte-Anne-de-la-Pérade, quatre ans après avoir lu l’encyclique Laudato Si’, on utilise toujours de la vaisselle lavable lors des activités communautaires ainsi que des produits ménagers respectueux de l’environnement. À l’entrée de l’église, on recueille des lunettes usagées et des téléphones cellulaires. Par différents moyens, notamment par le bulletin paroissial, on sensibilise les paroissiens à l'importance du recyclage et du covoiturage. «Et on veille à acheter localement les biens dont on a besoin à l'église», dit Stéphanie Tremblay.

«Le pape François nous propose d’être une Église en sortie», ajoute-t-elle. «Nous, on ouvre les portes et on va vers les gens. Chaque année, on fait entrer les visiteurs dans notre église pour les sensibiliser à l'importance de protéger la création.»

Au-delà de la paroisse

Mais l’action du petit comité environnemental de Sainte-Anne-de-la-Pérade – «il compte six membres actuellement, âgés de 21 à 82 ans» – va bien au-delà de la paroisse. «On invite notre municipalité à passer en mode vert. On est en partenariat avec l'école. Et, en mai, on a organisé une marche verte avec la maison des jeunes», dit Stéphanie Tremblay.

«Je vous invite le dimanche 7 juin 2020 dans notre église», dit-elle en terminant sa présentation lors du Forum des Églises vertes. Ce sera la cinquième édition du Salon écolo de Sainte-Anne-de-la-Pérade. «Mais, surtout, je vous invite à poser de petits gestes écoresponsables au quotidien.»

Aussi conférencière lors du Forum des Églises vertes, Lauréanne Daneau reconnaît que les enjeux environnementaux sont si grands et si importants à notre époque qu’ils peuvent engendrer une forme d’inertie chez bien des gens. Pourquoi se préoccuper d’environnement, chacun dans son coin, quand de grandes entreprises ou même des décisions politiques vont anéantir en quelques instants tout ce qu’on a réussi à protéger ?

«Quand on veut tout faire en même temps, on fige. On devient paralysé», reconnaît la directrice générale du Conseil régional de l'environnement Mauricie. «Cela alimente notre sentiment d'impuissance.» Lauréanne Daneau voit plutôt combien il est essentiel que des personnes d’un même lieu «se donnent des moments de rendez-vous pour aller au-delà des actions individuelles», pour décider ensemble de ce que l’on peut faire collectivement.

Des solutions locales à un enjeu planétaire

«J’aime imaginer que des gens se réunissent ici, au Sanctuaire, ou dans leur paroisse. Et qu’ils lancent une réflexion sur leur propre consommation, par exemple. Ils vont rapidement découvrir que cette consommation de biens dans leur maison ou dans leur localité a un lien direct avec le transport des marchandises, un grand générateur d'émissions de gaz à effet de serre.»

Au terme de cet échange, les membres du groupe vont opter pour «réduire leur consommation et consommer de manière plus intelligente», estime-t-elle. «Ils vont décider de consommer moins, de consommer mieux et de consommer localement.»

En cherchant des solutions simples à de grands problèmes environnementaux, les membres d’une paroisse choisiront peut-être d’«organiser du covoiturage pour participer aux activités de la communauté». Ils pourront aussi «revoir la consommation d'eau ou la gestion des déchets» de leur lieu de culte ou du centre communautaire où ils se réunissent.

L’important, dit Lauréanne Daneau, «c’est d’abord de réfléchir à un enjeu, puis d’identifier une action à faire». On ne peut tout changer d’un seul coup.

Mais la question à se poser, collectivement, y compris dans nos paroisses, c’est celle-ci: «Que peut-on mettre en place graduellement?»

***

 

 

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