Face aux critiques répétées

Des universitaires se portent à la défense du cours Éthique et culture religieuse

Mireille Estivalèzes.
Mireille Estivalèzes.   (Courtoisie)
Yves Casgrain | Journaliste
Journaliste
2016-10-06 14:04 || Québec Québec

La publication récente du collectif La face cachée du cours Éthique et culture religieuse a relancé le débat sur la pertinence d’un enseignement sur le fait religieux à l’école. Deux universitaires, Mireille Estivalèzes et Sivane Hirsch prennent la défense du programme tout en reconnaissant la validité de certaines critiques.

Sivane Hirsch, professeure de didactique de l'éthique et de la culture religieuse au secondaire à l’Université du Québec à Trois-Rivières, n’est pas très impressionnée par les critiques formulées dans le livre La face cachée du cours Éthique et culture religieuse.

«Les opposants parlent beaucoup, crient fort et écrivent des mémoires. Souvent certains, lorsqu’ils parlent de religions, perdent leur sang-froid. Bien que très animés par leur cause, ils ne disent rien de nouveau», estime-t-elle.

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Pour sa part, Mireille Estivalèzes, professeure agrégée au Département de didactique de l’Université de Montréal et spécialiste du programme Éthique et culture religieuse, croit que les auteurs veulent simplement renvoyer la religion dans la sphère du privé.

«Intellectuellement parlant, cette position est assez questionnable et réductrice, croit-elle. On ne peut pas faire l’économie du religieux si l'on veut comprendre les œuvres littéraires, artistiques et la réflexion philosophique.»

Cependant, les professeures Hirsch et Estivalèzes estiment que certaines critiques formulées dans le collectif sont pertinentes. Entre autres elles soulèvent celles concernant le peu de place laissée aux visions sécularisées du monde.

Point de vue idéologique

Loin de rejeter leurs critiques, la professeure Hirsch est d’avis qu’il faut en reconnaître l’importance. Cependant elle souligne «qu’il ne faut pas non plus tomber dans le piège de tout critiquer d’un point de vue idéologique et de présenter nos affirmations comme si c’était la vérité infuse».

Cela dit, les deux universitaires s’accordent pour affirmer que les manuels du programme, souvent critiqués par les opposants, peuvent être bonifiés. Elles précisent toutefois qu’il est important de ne pas tout mélanger.

«La critique met sur le même plan des documents qui ne sont pas de même nature. Nous avons des manuels scolaires dont certains suivent un processus d’approbation du ministère de l’Éducation. C’est un processus assez poussé. Les manuels passent entre les mains de plusieurs personnes. Par ailleurs, il y a des maisons d’édition qui publient leur matériel sans que ce dernier soit approuvé par le ministère et qui ne l’aurait pas été si elles l’avaient demandé», souligne la professeure Estivalèzes.

Pour sa part, Sivane Hirsch estime que l’un des plus grands problèmes par rapport aux manuels est la question des images. Il est difficile d’illustrer la différence sans tomber dans les clichés qui peuvent renforcer les stéréotypes, selon elle.

À ses yeux, l’objectif du programme Éthique et culture religieuse «est que les élèves puissent apprendre sur le phénomène religieux du point de vue historique, social, anthropologique et culturel. Il veut démontrer toute la diversité religieuse qui existe dans notre société. Il n’enseigne pas sur une religion en particulier, mais sur l’ensemble des religions en les comparant pour voir les éléments qui se ressemblent et ceux qui diffèrent.»

Mireille Estivalèzes précise que le programme n’est pas dénué de sens critique. «Le cours est un espace de discussion sur des questions de société. C’est un cours qui met beaucoup de l’avant la pratique du dialogue. On peut discuter de manière rationnelle et, autant que possible, dépasser le stade de l’opinion. Discuter, développer des arguments, comprendre la complexité des choses. C’est un espace privilégié par certains enseignants et apprécié par les élèves. On peut y discuter de certains sujets de société qui sont vifs et sensibles.»

Sivane Hirsch estime cependant «que nous devrions préciser l’objectif du programme. Et l’objectif, contrairement à ce que les détracteurs en disent, ce n’est pas de promouvoir le multiculturalisme. Moi, j’aurais aimé que l’on parle de la diversité religieuse comme étant l’une des diversités que nous retrouvons dans notre société, sans pour autant faire un cours sur chacune des religions.»

 

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