Environnement et crise migratoire

L'urgence humanitaire est devenue un phénomène massif, disent les patrons de Caritas

  • Le président de Caritas Internationalis, le cardinal philippin Luis Antonio Tagle, a rencontré des réfugiés à Idomeni, en Grèce, le 19 octobre 2015.
  • L'archevêque de Manille, le cardinal Luis Antonio Tagle, était de passage à Montréal la semaine dernière.
  • Une femme et des enfants marchent dans un champ de riz frappé par la sécheresse à Cebu, aux Philippines, le 3 avril 2016.
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2016-04-12 16:23 || Monde Monde

«L'urgence humanitaire est devenue un phénomène massif», lançait le secrétaire général de Caritas Internationalis lors de son passage au Québec la semaine dernière. En poste depuis 2011, le Français Michel Roy est catégorique: le nombre d’urgences «ne cesse aujourd’hui d’augmenter sur la planète».

Le patron du plus grand organisme de développement et de secours d’urgence de l’Église catholique a participé à Montréal à une rencontre de trois jours des Caritas du continent américain – dont Développement et Paix / Caritas Canada et le Catholic Relief Services des États-Unis. Il a également rencontré à Ottawa des fonctionnaires du ministère Affaires mondiales Canada.

En entrevue, Michel Roy soutient qu’il existe une augmentation des urgences liées aux changements climatiques. «Aux Philippines, on compte en moyenne vingt typhons par an. Les inondations et la sécheresse s'accroissent. Ce sera la source de migrations importantes dans les années qui viennent», prévient-il.

Le cardinal Luis Antonio Tagle, aussi présent à la rencontre de Caritas Internationalis, voit bien que les catastrophes écologiques sont plus brutales et meurtrières, y compris aux Philippines, sa terre natale.

«Quand j’étais plus jeune, je ne me rappelle pas d’inondations. Mais maintenant, toute averse de pluie menace de créer une inondation. Quand j’étais plus jeune, on nous signalait des typhons de catégorie 3. Maintenant, ils sont de catégorie 5. Les vents sont plus forts. Mais les jours sont plus secs. Vous avez maintenant de longues périodes sans pluie. Mais quand il pleut, il peut tomber en une seule journée une quantité de pluie équivalente à celle d’un mois », dit l’archevêque de Manille.

Ces phénomènes n’ont pas que des causes naturelles, estime le cardial Tagle.

«En Asie, nous avons une image tordue du progrès en développement. Ça pourrait être l’une des causes. Car les terres disparaissent. Il n’y a plus de terre pour absorber l’eau. Les terres accessibles se durcissent, deviennent du ciment. Les rivières ont de nouveaux tracés, sont détournées et deviennent plus étroites.»

«Nous comprenons qu’un pays doit se développer. Mais nous devons demander: de quel type de développement avons-nous besoin? C’est là que survient la justice écologique. Il y a des types de développement qui font du mal à l’environnement. On force la nature à suivre ce que dicte l’humain. Mais en bout de ligne, la nature n’est pas développée. Les pauvres sont les premières victimes de désastres écologiques.»

Migrants et réfugiés

L’arrivée massive de réfugiés et de demandeurs d’asile mobilise beaucoup les différents membres du réseau de Caritas Internationalis, notamment en Europe et au Moyen-Orient. Mais ce phénomène migratoire n’est pas nouveau, rappelle le cardinal. Des millions de personnes ont dû chercher refuge lors des deux Guerres mondiales. Mais il observe toutefois qu’aujourd’hui, les conflits armés ne sont pas les seuls responsables des migrations. Il parle de conflits politiques et ethniques. Il ajoute que les changements climatiques engendrent des mouvements massifs de populations.

Fin février, le cardinal Tagle a visité au Liban des camps de réfugiés. « Ce qui me blessait quand j’ai visité les camps, c’était de voir que ce ne sont pas que des gens fuyant une guerre qui détruit leur vie et leurs biens. On en fait du trafic [humain]. Alors ils fuient la guerre, mais à chaque étape pour atteindre un pays, il y a tellement de trafiquants qu’ils doivent payer. Le problème migratoire est devenu un commerce. Et c’est quelque chose de très troublant», dit le cardinal philippin.

«C'est un test de notre humanité que de voir comment on accueille l'étranger», ajoute le secrétaire général de Caritas. Mais, devant ces frontières qui se ferment et ces volontés de construire des murs de séparation entre certains pays, «on va à l'envers de ce qui est attendu de nous comme humanité», estime Michel Roy.

«On ne doit pas ériger des murs mais plutôt construire des ponts. Ceux qui érigent des murs se plantent. On ne peut pas accepter cela. On ne peut pas rejeter un frère ou une sœur qui souffre. Ils sont différents. Ils peuvent avoir une religion différente, une culture différente, mais ils viennent frapper à notre porte. On ne peut pas les rejeter.»

Mais il faut aussi faire davantage, dit Michel Roy. «On doit travailler pour que les raisons qui les ont poussés à partir de chez eux s'arrêtent. La guerre en Syrie et en Irak, il faut que ça s'arrête. On l'a assez alimentée, nous en Occident, pour accepter d'assumer aujourd'hui une des conséquences de ces guerres, soit l'accueil des gens qui viennent de là-bas. Il faut aussi que ceux qui veulent rentrer chez eux puissent le faire. Et que ceux qui ne sont pas partis puissent vivre demain une vie normale.»

Enfin, «chaque individu, chaque citoyen doit réfléchir à sa relation aux autres», ajoute encore Michel Roy.

«Il faut sortir de cet univers d'indifférence qui est alimenté par cette évolution matérialiste et consumériste de nos sociétés. On ne pense qu'à soi-même. On ne pense plus aux autres.»

«Il faut réhumaniser notre société, pour qu'elle soit accueillante envers ceux qui souffrent. C'est cela notre mission à Caritas», conclut-il.

 

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