Ancien aumônier de la prison de Bordeaux

Le père Jean s’oppose à la peine de mort, peu importe le crime

Le père Jean parle de son expérience d'aumônier dans le livre En toute liberté, paru chez Novalis l'automne dernier.
Le père Jean parle de son expérience d'aumônier dans le livre En toute liberté, paru chez Novalis l'automne dernier.   (Courtoisie Bayard Canada/Novalis)
Yves Casgrain | Journaliste
Journaliste
2016-03-07 15:49 || Québec Québec

Il a travaillé près de 40 ans comme aumônier dans l’une des prisons les plus violentes au Canada, le Centre de détention de Montréal, la «prison de Bordeaux». Ni les pédophiles, ni les meurtriers n’ont réussi à le faire changer d’idée: pour le père Jean, chaque personne demeure sacrée, et il subsiste toujours un espoir pour le pardon et la miséricorde.

Le père Jean (André Patry) s’insurge contre «le tribunal du peuple» qui n’hésite pas à prononcer la sentence de mort dans les médias. Il estime que les chrétiens sont appelés à surpasser la haine et la colère afin de vivre le pardon.

«L’autre jour, j’étais en voiture et j’écoutais une ligne ouverte à la radio. Il se disait des choses épouvantables! L’animatrice était pour la peine de mort pour les pédophiles. Je me disais : "Oh là! Des hommes comme cela, on les garde en prison, on ne les exécute pas!" J’étais horrifié et enragé de l’entendre parler! Les auditeurs qui appelaient partageaient tous la même opinion, sauf un», se rappelle le père Jean.

Pour lui, ce genre de propos démontre bien la popularité du dicton œil pour œil, dent pour dent. «Lorsque l’on écoute tout ce qui se dit dans les médias, on se rend compte que la miséricorde ne pèse pas lourd dans la balance. Si on laissait une personne entre les mains du peuple  ̶  et le peuple, c’est nous  ̶  pour lui régler son compte, on lui ferait endurer pire que ce qu’elle a commis comme crime», lance l’ancien aumônier de la prison de Bordeaux.

Le père Jean est bien conscient que certains crimes soulèvent instinctivement la colère et un désir de vengeance.

«C’est tout à fait normal que, devant la violence, devant des horreurs, des meurtres d’enfants, on affirme que ces gestes sont écœurants! On peut sentir en nous un désir de vengeance. Cela est tout à fait normal, c’est très humain. Cependant, de là à passer à l’acte… Il faut se calmer et laisser passer notre colère.»

Le pape demande un moratoire

Cet appel à la mesure lorsque vient le temps de juger un criminel, le père Jean l’appuie  sur sa conviction que la personne est sacrée et mérite de vivre et de mourir dans la dignité. Ces propos font échos à ceux que le pape François a prononcés le 21 février dernier en marge du congrès international sur la peine de mort organisé par la communauté de Sant’Egidio. Pour François, en effet, «le jubilé extraordinaire de la miséricorde est une occasion propice pour promouvoir dans le monde des formes toujours plus mûres de respect de la vie et de la dignité de chaque personne. Le criminel conserve lui aussi le droit inviolable à la vie, don de Dieu.» Dans son discours, le pape François a également affirmé que «le commandement "Tu ne tueras point" a une valeur absolue et concerne aussi bien l’innocent que le coupable.»

«Je voulais qu’ils saisissent que le corps est sacré»

Le père Jean est lui aussi d’avis qu’en aucune circonstance, l’être humain ne peut être déchu de sa dignité.

«C’est comme un diamant à l’intérieur de nous. Lorsqu’un gars se suicidait en prison, je faisais quelque chose qui n’était pas théologique, mais tout de même très pastoral. Même si l'on ne donne pas le sacrement des malades à un mort, je prenais les saintes huiles et j’entrais dans la cellule du détenu. Afin que les gardiens prennent conscience que le corps qui était là devant eux était sacré, je faisais une onction sur le front tout en lui donnant une bénédiction et l’absolution. Les gardiens priaient avec moi. Je voulais qu’ils saisissent que le corps est sacré, que la personne humaine est sacrée.»

Le prêtre catholique rappelle la consigne évangélique d’aimer ses ennemis et de prier pour ceux qui nous font du mal. «Ça c’est raide! Il faut avoir la grâce pour être capable de vivre cela. Lorsque nous sommes chrétiens, nous devons prier pour obtenir cette grâce. Il faut pardonner!»

«Est-ce que vous avez le désir de pardonner?»

L’ancien aumônier de la prison de Bordeaux a accompagné bien des détenus sur le chemin du pardon.

«Je sais que le pardon, ce n’est pas une affaire que l’on règle d’un coup de baguette magique. Cela peut prendre des années avant de pouvoir être capable de pardonner. Vous savez, sainte Thérèse d’Avila disait: "Le désir d’aimer, c’est déjà aimer en soi. Le désir de croire, c’est déjà la foi qui est en toi. Le désir du pardon, c’est déjà le pardon qui est en toi." Régulièrement, je demande aux gars en prison: "Est-ce que vous avez le désir de pardonner?" Ils me répondent souvent: "Père Jean, nous aimerions bien, mais nous en sommes incapables." Alors, je leur réponds: "Tu as le désir de pardonner en toi? Va communier! Prie et demande la grâce du pardon. Va communier, même si tu n’es pas capable de pardonner. Il faut recevoir le corps du Christ pour pouvoir obtenir la grâce de pardonner."»

C’est pour répandre son message de miséricorde que le père Jean prononce des conférences à la grandeur du Québec. Il est également auteur de plusieurs livres qui présentent les fruits de son apostolat auprès des prisonniers. Son dernier livre, En toute liberté, a été publié en octobre 2015, aux éditions Novalis.

 

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