Succès d'un groupe Facebook

Les choix éthiques de l'enseignante derrière «J'ai eu la COVID-19»

Julie Breton, qui enseigne le cours Éthique et culture religieuse au secondaire, a puisé dans ses valeurs personnelles pour créer le groupe Facebook «J'ai eu la COVID-19» qui comprend près de 8000 membres.
Julie Breton, qui enseigne le cours Éthique et culture religieuse au secondaire, a puisé dans ses valeurs personnelles pour créer le groupe Facebook «J'ai eu la COVID-19» qui comprend près de 8000 membres.   (Courtoisie/Photo Yoland Laflamme)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2020-11-29 18:05 || Québec Québec

Le jour où elle a créé le groupe Facebook J’ai eu la COVID-19 - Témoignages, soutien et informations très fiables, Julie Breton cherchait d’abord à se rassurer. Celle qui enseigne le cours Éthique et culture religieuse à des élèves du secondaire n’imaginait pas que cette initiative deviendrait un véritable phénomène qui regrouperait près de 8000 membres. Dans un univers social gangrené par la prolifération de fausses nouvelles, elle s’est donnée comme mission d’en faire un lieu de respect où la question serait abordée dans un souci éthique. Son engagement lui a valu de se retrouver parmi les finalistes au Gala Top personnalité Metro.

L’enseignante de 43 ans a créé le groupe dans la nuit du 26 au 27 avril 2020. Le gouvernement du Québec s’apprêtait alors à détailler son plan pour la réouverture des écoles.

«J’avais des inquiétudes. Je voulais entendre parler quelqu’un qui l’a vécu pour me rassurer. Et j’avais le profond sentiment que je n’étais pas la seule. Nous avons été isolés longtemps. Aux nouvelles, nous avions des chiffres: combien de personnes mortes, hospitalisées ou aux soins intensifs. Il était rarement question des cas de personnes rétablies», dit-elle.

Elle sentait que plusieurs citoyens avaient besoin d’entendre des histoires de personnes qui avaient eu la maladie. Le groupe Facebook entendait donc avoir comme critère de donner la parole à des gens qui ont été testés et diagnostiqués «pour se faire une tête, pour comprendre».

Dès le départ, elle a voulu que le groupe incarne certaines valeurs phares: la bienveillance, l’accueil de l’autre, le non-jugement. «Comme une prof, j’ai dû intervenir pour recadrer et rappeler les valeurs. Cela a donné l’élan et les gens se sont approprié le groupe», explique-t-elle.

«C’est une synergie, un groupe vivant qui permet de faire circuler des témoignages et de faire connaître des informations fiables. Nous avons une virologue bénévole qui filtre ce qu’on publie au niveau scientifique. C’est une belle communauté: ce n’est plus juste un groupe Facebook. Nous pouvons poser des questions et se soutenir. C’était ma manière de contribuer.»

Pour faire partie du groupe, les internautes doivent remplir un bref questionnaire au terme duquel ils s’engagent à respecter plusieurs règles éthiques de vivre-ensemble et de bonne conduite dans leurs interactions. Reconnu comme une source d’information citoyenne fiable, le groupe J’ai eu la COVID-19 est même devenu une source importante pour permettre aux médias d’avoir accès à des témoignages de personnes atteintes de la COVID-19 ou qui vivent avec des séquelles de la maladie.

Julie Breton se méfie parfois de certains profils d’internautes voulant se joindre au groupe, mais elle a décidé «de ne pas se laisser guider par la peur» et de «donner la chance au coureur». Elle tenait à ce que le groupe soit inclusif et que tout le monde puisse y trouver sa place. «L’autre est accueilli tel qu’il est. J’ai créé le groupe tel que moi j’ai envie de l’avoir.»

L’enseignante confie avoir abondamment puisé ces valeurs dans un groupe de soutien, grâce à une formation offerte par la Maison Jean-Lapointe pour les gens qui ont une personne de leur entourage aux prises avec une dépendance. Parmi elles, deux grands principes: le détachement avec amour et la résilience.

«Cela m’a donné un outil pour me détacher de quelque chose qui me fait souffrir tout en restant dans l’amour de l’autre», explique-t-elle.

Les valeurs catholiques reçues de sa famille l’inspirent beaucoup, ajoute-t-elle, se décrivant surtout comme «quelqu’un de spirituel».

Le contact humain lui manquait et l’espace virtuel était la seule option qui s’offrait. C’est lorsqu’elle a commencé à voir que son initiative avait un impact positif sur la vie des gens qu’elle a réalisé que son intuition première – son désir d’être rassurée – avait donné naissance à une communauté active d’écoute et de soutien bienveillant.

«La réalité humaine de ce virus, c’est qu’il suscite une réaction à la fois rationnelle et émotive pas rationnelle», constate-t-elle. «Quand ça nous touche, ça change notre regard. Ça devient plus que juste de l’info.»

Les valeurs mises en pratique au sein du groupe font partie des notions qu’elle aborde avec les élèves dans le cadre de son enseignement.

«La pandémie faire ressortir nos points faibles. Le cours Éthique et culture religieuse est négligé. Nous ne nous soucions pas suffisamment de l’importance de développer l’esprit critique. Plusieurs réactions observées au cours de cette pandémie nous montrent les conséquences d’une telle négligence. Nous réalisons que chez certains, la pensée est pauvre. Or, nous pouvons la développer et donner des outils aux jeunes à l’école», fait-elle valoir.

«Nous vivrions alors cette pandémie différemment comme société.»

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