COVID-19

Moralité des vaccins: des évêques font la part des choses

Une chimiste travaille au siège d'AstraZeneca, à Sydney (Australie) le 19 août 2020.
Une chimiste travaille au siège d'AstraZeneca, à Sydney (Australie) le 19 août 2020.   (CNS photo/Dan Himbrechts, AAP Image via Reuters)
2020-09-02 15:02 || Monde Monde

De plus en plus d'évêques demandent à leurs gouvernements de donner la priorité aux vaccins contre le coronavirus développés de manière éthique. Plusieurs disent aussi aux catholiques que ne pas se faire vacciner est un problème moral plus grave que d'utiliser des vaccins élaborés grâce à des fœtus.

L'Australie fait partie des nombreux pays qui tentent de garantir l'accès à un vaccin contre la COVID-19 mis au point par AstraZeneca et l'Université d'Oxford. Il s'agit de l'un des cinq vaccins potentiels qui approchent du stade avancé des essais cliniques, mais il a été développé à partir de tissus provenant d'une lignée cellulaire cultivée à partir des restes d'un fœtus féminin avorté volontairement au début des années 1970.

La promotion du vaccin AstraZeneca/Oxford est inutilement source de divisions, a déclaré l'archevêque Anthony Fisher de Sydney.

Dans un article publié le 24 août dans le Catholic Weekly, l'archevêque a écrit: «Pour ma part, je ne pense pas qu'il serait contraire à l'éthique d'utiliser ce vaccin s'il n'y a pas d'alternative disponible. Le faire ne serait pas coopérer à un avortement qui aurait lieu dans le passé ou dans le futur. Mais je suis profondément troublé par cela.»

Mais, a-t-il dit, d'autres «traceront une ligne droite depuis la fin d'une vie humaine dans l'avortement, en passant par la culture de la lignée cellulaire, jusqu'à la fabrication de ce vaccin. Ils ne voudront pas être associés à la mort de la petite fille dont les cellules ont été prélevées et cultivées, ni en tirer un quelconque bénéfice, ni être considérés comme banalisant cette mort, ni encourager l'industrie des tissus fœtaux».

La façon de résoudre le dilemme, a-t-il dit, est que le gouvernement favorise «un vaccin éthiquement non-controversé».

Sinon, il devrait assurer aux gens que «personne ne sera forcé d'utiliser un tel vaccin ou désavantagé pour ne pas le faire», a-t-il dit.

Le gouvernement, a déclaré l'archevêque, a l'obligation de chercher «des solutions qui protègent la santé physique de la communauté tout en respectant sa santé morale et en offrant des choix aux gens».

Fin juillet, la Conférence des évêques d'Angleterre et du Pays de Galles a publié une déclaration exprimant l'espoir qu'un «approvisionnement éthique» d'un vaccin prévenant la COVID-19 soit possible, mais encourageant également les catholiques à se faire vacciner malgré tout.

La déclaration, signée par Mgr Paul Mason, évêque militaire ordinaire et principal responsable des soins de santé, et par l'évêque auxiliaire John Sherrington de Westminster, principal responsable des questions de vie, a souligné «le soutien de l'Église à la vaccination pour protéger les plus vulnérables de notre société, en particulier ceux qui sont touchés par l'immunodéficience, les femmes enceintes et leurs enfants à naître».

«Nous croyons qu'il y a une obligation morale de garantir la couverture vaccinale nécessaire à la sécurité d'autrui», ont-ils écrit. «Cela est particulièrement important pour la découverte d'un vaccin contre la COVID-19.»

Les évêques ont également réitéré une déclaration de l'Académie pontificale pour la vie qui affirme que, même si beaucoup de vaccins ont été développés en utilisant des tissus obtenus à partir d'avortements pratiqués il y a des décennies, «tous les vaccins cliniquement recommandés peuvent être utilisés en toute bonne conscience et que l'utilisation de ces vaccins ne signifie pas une sorte de coopération avec l'avortement volontaire».

«La société humaine a souvent bénéficié des torts commis dans le passé et dont nous devons nous repentir», ont déclaré les évêques. «Nous vivons avec les bénéfices d'expérimentations médicales très discutables. Par exemple, Edward Jenner, qui a inventé la vaccination, a mené des recherches en injectant à un garçon de 8 ans la vaccine («variole de la vache») puis la variole. Bien qu'aujourd'hui une telle expérimentation soit contraire à l'éthique, nous ne refuserions pas une vaccination qui pourrait sauver des vies en raison de sa provenance historique douteuse.»

Dans une déclaration du 15 juin, l'Académie pontificale pour la vie a déclaré: «En ce qui concerne la question des vaccins qui, dans leur préparation, peuvent utiliser ou ont utilisé des cellules provenant de fœtus avortés volontairement, il faut souligner que le "mal" au sens moral du terme réside dans les actions, et non dans les choses ou les matériaux en tant que tels», de sorte que si l'avortement et la manipulation des tissus fœtaux sont moralement mauvais, un vaccin lui-même ne l'est pas.

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