Conférence des évêques catholiques du Canada

Pour le carême, les évêques canadiens tirent à boulets rouges sur l’euthanasie

Mgr Douglas Crosby, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, en septembre 2015.
Mgr Douglas Crosby, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, en septembre 2015.   (Présence/François Gloutnay)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2016-02-10 10:18 || Canada Canada

Les mots sont forts, le ton est véhément: alors que le gouvernement canadien travaille à élaborer un projet de loi sur l’aide médicale à mourir, la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) profite du début du carême pour dénoncer une énième fois l’euthanasie et le suicide assisté.

Le titre du texte de deux pages et demi publié mercredi, «Je mets devant toi la vie ou la mort», annonce déjà le ton et la rhétorique binaire déployée dans le document.

«En ce temps du Carême, avec mes frères évêques, j’invite notre communauté croyante et chacun de ses membres à s’interroger sérieusement sur ce moment décisif et crucial pour notre pays. Allons-nous préférer les soins palliatifs et les soins à domicile, ou l’aide au suicide et l’euthanasie? Le choix est simple», tranche Mgr Douglas Crosby, président de la CECC et rédacteur de la lettre.

«Il y a un an, par son jugement dans la cause Carter v. Canada, la Cour suprême du Canada a invité la population de notre pays à choisir la mort», laisse tomber l'évêque. «Tout adulte atteint de maladie ou d’infirmité pourra opter pour l’aide médicale au suicide.»

Les évêques canadiens ont toujours dénoncé et refusé d'utiliser l'expression «aide médicale à mourir», estimant qu'il ne s'agit que d'un pléonasme pour parler d'euthanasie.

En février 2015, la Cour suprême du Canada a invalidé les articles du Code criminel concernant le suicide médicalement assisté. Elle avait donné un an aux parlementaires canadiens pour élaborer une nouvelle législation qui tienne compte de sa décision. Ce délai, qui devait d’abord arriver à échéance le 6 février 2016, a depuis été prolongé, mais un projet de loi fédéral est attendu au cours de l’année.

L’évêque de Hamilton estime qu’il est du devoir des chrétiens de défendre la vie «de la conception à la mort naturelle», une expression en vogue depuis plusieurs années dans la sphère catholique et qui est aussi associée à l’opposition catholique à l’avortement.

«Est-ce que nous défendons les professionnels de la santé et les institutions pour qu’ils ne soient pas forcés à devenir des collaborateurs obligés à excuser ou à administrer la mort par suicide?», demande encore l’évêque ontarien, laissant entendre qu’il vaudrait mieux un système qui préconise «la dignité de la vie humaine et l’inviolabilité de la conscience».

Puis, s’adressant aux fidèles, Mgr Crosby les exhorte à se ranger derrière la parole magistérielle, à prier et à exercer des pressions politiques contre l’aide médicale à mourir.

«Frères et sœurs, comme Adam et Ève à l’aube des temps, nous avons le choix de manger du fruit de l’arbre de vie ou de celui de la connaissance du bien et du mal, qui nous conduira certainement à la mort», annonce Mgr Crosby d’un ton fatidique.

«Tout comme Moïse a placé les Hébreux sur le point d’entrer dans la Terre promise devant le choix crucial de décider de vivre en enfants du Dieu vivant, Celui qui est le seul Seigneur, nous aussi, sur le seuil d’un tel changement social, nous sommes appelés à opter pour la vie, la vérité, le bien et la vraie miséricorde. À nous de choisir», conclut-il.

Marteler le message

Au cours des derniers mois, la CECC est revenue à la charge à plusieurs reprises sur le dossier de l’aide médicale à mourir.

Lors de l’assermentation du premier ministre canadien Justin Trudeau en novembre 2015, la question était longuement abordée dans une lettre destinée au chef du Parti libéral du Canada. La CECC demandait au nouveau chef de gouvernement de se prévaloir de la clause dérogatoire pour avoir plus de temps avant de devoir proposer un projet de loi respectant la décision de la Cour suprême.

Quelques jours plus tôt, en octobre, les évêques canadiens, l’Alliance évangélique du Canada et plusieurs leaders religieux juifs et musulmans, avaient publié une Déclaration commune sur l’euthanasie et le suicide assisté dans laquelle ils redisaient l’importance qu’ils accordent aux soins palliatifs.

En septembre, à l’issue de leur assemblée plénière annuelle, les évêques canadiens avaient déploré que la question de l’euthanasie n’ait pas plus d’importance dans la campagne électorale fédérale qui battait alors son plein.

 

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