Rassemblements dans les synagogues

Excuses de la Santé publique de Montréal, qui confirme la limite de 10

Pour avoir indiqué à tort que plusieurs groupes de 10 personnes étaient autorisés à se rassembler dans un lieu de culte, la directrice régionale de santé publique, la Dre Mylène Drouin, a présenté ses excuses aux juifs hassidiques. Elle a aussi confirmé que la limite est bien de 10.
Pour avoir indiqué à tort que plusieurs groupes de 10 personnes étaient autorisés à se rassembler dans un lieu de culte, la directrice régionale de santé publique, la Dre Mylène Drouin, a présenté ses excuses aux juifs hassidiques. Elle a aussi confirmé que la limite est bien de 10.   (Pixabay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2021-01-26 08:31 || Québec Québec

Pour avoir indiqué à tort que deux ou plusieurs groupes de dix personnes étaient autorisées à se rassembler dans un lieu de culte, à la condition qu'ils soient réunis dans des salles non contiguës, la directrice régionale de santé publique, la Dre Mylène Drouin, a présenté ses excuses aux communautés hassidiques de Montréal le lundi 25 janvier 2021.

«Nous nous excusons sincèrement pour les va-et-vient des dernières 48 heures», a indiqué la Dre Drouin dans un courriel qu'elle a fait parvenir au Conseil des juifs hassidiques du Québec (CJHQ) au début de l'après-midi.

Deux heures plus tôt, les autorités juives insistaient pour dire que «les synagogues des communautés juives hassidiques qui ont accueilli vendredi soir et samedi plus d'un groupe de 10 personnes pour les prières du sabbat l'on fait en toute bonne foi et en tout respect des directives de la santé publique».

Elles rappelaient que la veille, le Dr David Kaiser, chef médical de l’environnement urbain et des saines habitudes de vie à la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal, avait clairement stipulé que «dans les situations où il y a plusieurs zones non contiguës dans un même bâtiment, des rassemblements simultanés de 10 personnes au maximum sont autorisés».

Mais le Dr Kaiser, son bras droit, avait tort, a indiqué lundi la Dre Mylène Drouin. «Le gouvernement provincial nous a informés que le décret autorisant des rassemblements de 10 personnes au maximum dans un lieu de culte ne permet pas d'organiser des rassemblements simultanés à la même adresse.», a-t-elle écrit dans ce courriel.

«Désormais, un seul rassemblement de 10 personnes maximum peut être autorisé à la fois à une adresse donnée», a-t-elle ajouté avant de s'excuser pour «les va-et-vient des dernières 48 heures».

Salles contiguës

D'ou vient donc cette confusion sur la possibilité que des services religieux soient tenus simultanément dans des salles non contiguës?

Elle n'origine pas de l'arrêté ministériel, signé le jeudi 21 janvier par le ministre Christian Dubé. Fort bref, le paragraphe sur les lieux de culte se lit comme suit: «un maximum de 10 personnes peuvent faire partie de l’assistance d’un lieu de culte, sauf à l’occasion d’une cérémonie funéraire auquel cas la limite prévue au paragraphe 4° est applicable».

L'imbroglio est plutôt lié à une lettre datée du 15 janvier que le Dr Horacio Arruda a acheminée à Mgr Pierre Murray, le secrétaire général de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec et le coordonnateur de la Table de concertation interreligieuse. Dans cette lettre, le directeur national de santé publique indique bien qu'«il demeure interdit que d'autres personnes se regroupent dans une autre salle située sous le même toit que le lieu de culte». Mais cette interdiction n'apparaît que dans le paragraphe consacrées aux funérailles (25 personnes maximum).

Changement de pratique

Dans une autre lettre, daté du 25 novembre 2020, après avoir expliqué que tous les lieux de culte doivent dorénavant respecter des limites d'assistance selon les différents paliers d'alerte, le directeur national de santé publique a spécifié que «dans [les] lieux de culte où les salles sont séparées et ayant chacune un accès indépendant, c'est à dire un accès à la rue sans partager d'espace commun avec les autres salles, les limites du paragraphe précédent s'appliquent à chaque salle».

Certaines communautés juives hassidiques, vendredi ou samedi, ont tenu leurs prières en respectant ces consignes formulées par le Dr Arruda deux mois plus tôt.

D'autres, selon les forces policières, ont plutôt accueilli plus de 10 personnes dans une même salle. Dans ces cas, des rapports d'infraction générale ont été rédigés par les policiers», a indiqué dimanche l'agente relationniste Véronique Comtois du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Ces rapports seront soumis au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) qui prendra la décision de poursuivre ou non les contrevenants.

Les synagogues fautives ont aussi reçu un blâme du Conseil des juifs hassidiques du Québec. Dès la fin du sabbat, samedi soir, ce regroupement a vivement déploré que «certains membres des communautés n'ont pas respecté les directives de la Santé publique limitant à dix le nombre de personnes pouvant être présentes en même temps dans un même lieu de culte».

Lundi matin, les autorités juives hassidiques ont rendu publique l'information reçue la veille de la Direction régionale de santé publique - le courriel reçu du Dr Kaiser - qui stipulait qu'«il est permis d'avoir plus qu'une salle dans un même édifice qui puisse accueillir 10 personnes par sale pourvu que des entrées indépendantes donnent accès à ces salles de prière».

«Toute cette confusion a nui aux bonnes relations que les communautés entretiennent avec leurs concitoyens et les forces de l'ordre», a reconnu le CJHQ. «Nous nous réjouissons que la Santé publique ait rectifié le tir et nous tenons à assurer nos concitoyens que les membres de nos communautés ont l'obligation d'observer les directives de la Santé publique.»

Lundi après-midi, à 13 h 23, deux heures après avoir fait cette déclaration, le CJHQ recevait le courriel de la Dre Mylène Drouin.

«Nous sommes déboussolés», a déclaré Alain Picard, le porte-parole de ce regroupement qui rassemble les communautés orthodoxes Belz, Satmar, Loubavitch et Skver de Montréal ainsi que la communauté Tosh de Boisbriand.

Sans vouloir revenir sur les événements de la fin de semaine dans des synagogues montréalaise ni blâmer les auteurs de la lettre de dimanche qui permettait la tenue de services simultanés dans des salles non contiguës, le ministère de la Santé et des Services sociaux répétait lundi ce qu'il avait confirmé dimanche à l'agence de presse Présence. «La règle est pourtant claire sur le sujet et elle vaut pour toute la province», a indiqué lundi Robert Maranda, le porte-parole du MSSS. «La limite de 10 personnes dans les lieux de culte s’applique au bâtiment abritant un lieu de culte, indépendamment du nombre de salles, de locaux, etc. qui pourraient s’y trouver.»

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