Synode sur la famille

Le synode n'est pas un parlement, indique le pape d'entrée de jeu

Le pape François se joint à la prière commune, lors de la session inaugurale du Synode des évêques sur la famille, le 5 octobre, au Vatican.
Le pape François se joint à la prière commune, lors de la session inaugurale du Synode des évêques sur la famille, le 5 octobre, au Vatican.   (CNS Photo/Paul Haring)
2015-10-07 20:19 || Vatican Vatican

Le pape François a avisé les évêques que le Synode sur la famille n’est pas un parlement dans lequel les participants sont appelés négocier ou à mettre de l’avant leur propre agenda. Le synode doit au contraire être un lieu de prière dans lequel les évêques doivent parler avec courage et ouvrir leur esprit à ce «Dieu qui ne cesse jamais de nous surprendre».

Prenant la parole lors de la toute première session du synode, le 5 octobre, le pape a rappelé aux 270 pères synodaux qu’ils devront faire preuve de courage, de «zèle pastoral et doctrinal, et aussi de sagesse». Ils devront également, ajoute-t-il, «avoir constamment à l’esprit le bien de l’Église et des familles, mais aussi de la loi suprême, c’est-à-dire le salut des âmes».

François est arrivé sur place une quinzaine de minutes avant le début de la session synodale afin d’accueillir les évêques, les délégués des Églises sœurs, de même que les hommes et les femmes qui agiront à titre d’experts ou d’auditeurs.

Le synode, dit le pape, n’est pas un colloque ou un parlement mais «une émanation de l’Église; c’est de cette façon que l’Église marche ensemble afin de décrypter la réalité avec les yeux de la foi et le cœur de Dieu».

Les membres du synode doivent être fidèles à l’enseignement de l’Église, «le dépôt de la foi». Enseignement, ajoute-t-il, qui n’est pas «un musée que l’on visite ou que l’on préserve mais plutôt une source d’eau vive à laquelle l’Église s’abreuve afin d’étancher sa soif et de s’illuminer».

L’enceinte du synode et ses groupes de travail doivent donc être «un espace enclos dans lequel l’Église doit sentir l’action de l’Esprit saint».

Selon François, un climat de prière permettra à l’Esprit de parler à travers la bouche de «quiconque se laissera guider par ce Dieu qui nous surprend toujours; par ce Dieu qui révèle aux petits enfants ce qu’il dérobe à la vue des plus sages et des plus intelligents; par ce Dieu qui a créé le Sabbat pour les hommes et les femmes et non l’inverse; par ce Dieu qui demande aux 99 moutons de trouver le centième qui manque à l’appel; par ce Dieu qui déjoue toujours notre logique et notre esprit calculateur».

Les membres du synode auront besoin d’un «courage apostolique» — courage, ajoute le pape, «qui nous empêche d’être effrayé ou de céder aux tentations de ce monde». Ces tentations, dit-il, «étouffent la lumière de vérité qui est tapie dans le cœur humain» et la remplacent par des «lumières insignifiantes et temporaires».

Ce courage apostolique, ajoute François, ne doit cependant pas être saisi d’effroi lorsqu’il fait face à des «cœurs endurcis qui, en dépit des meilleures intentions, éloignent les gens de Dieu».

L’humilité évangélique consiste à «faire table rase de ses propres convictions et préjugés afin d’être à l’écoute de nos frères évêques et de laisser Dieu prendre toute la place», ajoute-t-il. Cette humilité les empêche de «pointer un doigt plein de reproches au visage d’autrui et les incite plutôt à tendre la main afin de leur venir en aide, sans jamais bomber le torse avec orgueil».

Une prière pleine de confiance, ajoute Francois, nous emplit d’une attitude qui nous ouvre à Dieu et qui met en sourdine nos propres préférences afin qu’on puisse «entendre le doux murmure de la voix de Dieu». «Si on ne se met pas à l’écoute de Dieu», ajoute-t-il, «nos paroles ne seront qu’un verbiage stérile, incapable d’étancher notre soif ou de nous rassasier». Si on n’entre pas au synode dans un esprit de prière, «toutes nos décisions ne seront que des fioritures qui vont masquer l’Évangile plutôt que le mettre en valeur».

Tout au long du synode, les évêques partageront avec leurs confrères une brève méditation au moment de la prière matinale. Le 5 octobre, c’était au tour de l’archevêque de Tegucigalpa, le cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga de s’adresser aux évêques: «Notre Église n’est pas menacée d’extinction, loin de là. Pas plus d’ailleurs que la famille, bien que celle-ci soit menacée et qu’elle souffre».

Le synode, ajoute-t-il, n’est pas l’endroit «pour pleurnicher et se lamenter» à propos des défis qui accablent les familles. Au contraire, ajoute-t-il, il faut «se réjouir, aspirer à la perfection et aider les familles à en faire tout autant».

L’objectif des discussions du synode est d’en arriver à une «unanimité par le biais du dialogue». Or, dit-il, ce climat serein peut être perturbé lorsque certaines idées sont «défendues avec extrémisme».

Le pape a demandé au cardinal hongrois Peter Erdö, archevêque d’Esztergom-Budapest, de donner le coup d’envoi aux discussions du synode. Pendant environ une heure, Mgr Erdö s’est adressé aux pères synodaux afin de mettre en exergue les questions qui seront étudiées au cours des trois prochaines semaines. Cette réunion d’évêques devrait prendre fin le 25 octobre.

Lorsqu’on jette un regard sur la situation des familles à travers le monde, note-t-il, on ne peut nier que le principal défi qui les accable est de nature économique. Un trop grand nombre de familles sont affamées, n’ont pas d’emploi et sont parfois sans logis. Les jeunes remettent donc à plus tard le mariage et la fondation d’une famille parce qu’ils n’ont pas — ou ne croient pas avoir — les moyens d’y arriver. Des millions des familles sont quant à elles déchirées par les affres de la guerre et de l’exode.

Qui plus est, ajoute Mgr Erdö, le monde actuel en est un qui valorise l’individualisme. Une grande méfiance s’est aussi développée à l’égard des institutions. L’État, l’Église et le mariage ne sont pas épargnés par ce phénomène.

Aux yeux du cardinal hongrois, toutes les composantes de l’Église catholique doivent prendre conscience de la nature fondamentalement missionnaire de la famille. Il faut faire en sorte que les couples soient adéquatement préparés pour le mariage; que des groupes de soutien et des réseaux d’entraide soient déployés afin de soutenir les familles en crise, que cette crise soit économique et émotive.

«La vie de chaque être humain et celle de l’humanité toute entière s’inscrivent dans un projet plus grandiose encore: celui de Dieu, notre créateur», ajoute Mgr Erdö. «Comme dans tous les autres aspects de notre vie, ajoute-t-il, nous ne goûtons véritablement à la plénitude et au bonheur que lorsque nous nous investissons pleinement et en toute liberté dans ce projet dont la sagesse et l’amour sont le centre.»

Tournant ensuite son attention vers l’enjeu âprement débattu de l’attitude pastorale à déployer à l’égard des divorcés-remariés, le cardinal Erdö a rappelé qu’un pasteur doit aider les couples à évaluer la validité de leur mariage. S’il s’agit d’un mariage religieux catholique, ajoute-t-il, il est indissoluble, conformément à l’enseignement de Jésus.

«La miséricorde de Dieu accorde son pardon au pécheur mais exige de sa part une conversion», ajoute Mgr Erdö. S’il n’est pas possible pour les époux divorcés de se réconcilier et de vivre sous le même toit, l’Église demande à ce que les divorcés renoncent à avoir des relations sexuelles avec leurs nouveaux conjoints.

«Ce qui empêche l’accès des divorcés remariés à l’Eucharistie», dit-il, «ce n’est pas l’échec de leur premier mariage mais plutôt le fait qu’ils se soient ensuite engagés dans une autre union».

Selon le cardinal Erdö, le synode devra analyser soigneusement le «chemin pénitentiel» qui sera proposé aux divorcés-remariés — chemin qui leur permettra, à terme, de recevoir l’absolution et d’accéder graduellement à l’Eucharistie. À ses yeux, ce chemin pénitentiel passera forcément par un engagement formel de ces couples à s’abstenir de toutes relations sexuelles.

«Entre le vrai et le faux, le bien et le mal, il n’y a pas de place pour la gradation», ajoute-t-il. «Même si certaines formes de cohabitation peuvent présenter des aspects positifs», dit-il, par exemple lorsque cela rend possible la garde conjointe des enfants, «cela ne veut pas dire que ces unions doivent être jugées comme étant bonnes».

Lors d’un point de presse ultérieur, le cardinal Erdö a affirmé aux journalistes que c’est en tenant compte des témoignages des catholiques des diverses régions du monde et en s’appuyant des délibérations de synode extraordinaire sur la famille de l’an dernier qu’il a rédigé son rapport. Rapport dans lequel il rappelait l’indissolubilité du mariage et où il prenait ses distances à l’égard des approches pastorales qui admettaient à la communion les divorcés remariés.

Le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, a mis en garde les journalistes: «Vous risquez d’être déçus si vous vous attendez à des transformations radicales de la doctrine de l’Église».

Le secrétaire spécial du synode, Mgr Bruno Forte, archevêque de Chieti-Vasto, s’est cependant empressé d’ajouter que le «synode ne se réunit pas en vain». L’objectif, ajoute-t-il, est de développer des approches pastorales novatrices afin de rapprocher l’Église «des hommes et des femmes de notre époque».

Cindy Wooden, Catholic News Service
Trad. et adap. Présence - information religieuse

 

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