Synode sur la famille

Un rapport final qui fait place au discernement et au cas par cas

Le pape présidant la séance matinale du Synode sur la famille le 24 octobre 2015.
Le pape présidant la séance matinale du Synode sur la famille le 24 octobre 2015.   (CNS Photo/Paul Haring)
2015-10-27 08:33 || Vatican Vatican

Le 24 octobre, les membres du Synode des évêques sur la famille ont remis leur rapport final au pape François. Bien qu’il ne fasse pas explicitement allusion à l’enjeu controversé du chemin pénitentiel qui sera imposé aux divorcés-remariés afin de leur redonner accès à l’Eucharistie, ce rapport insiste malgré tout sur les nuances et la prudence pastorale dont il faut faire preuve à l’égard des couples catholiques ayant été confrontés à l’échec de leur mariage.

Le 24 octobre, au terme de trois semaines de travaux et de discussions, les membres du Synode des évêques sur la famille ont remis au pape la version définitive de leur rapport. Ce texte rappelle aux pasteurs qu’ils doivent aider les couples à bien comprendre l’enseignement de l’Église. Ils doivent aussi nourrir la foi de ces couples afin qu’ils deviennent à leur tour des témoins de l’Évangile. Le rapport synodal trace aussi les contours de «l’accompagnement pastoral» dont devront faire preuve les pasteurs appelés à interagir avec les couples dont le modèle conjugal n’est pas entièrement conforme à l’idéal du magistère catholique. Les pasteurs devront donc faire preuve de discernement et jauger au cas par cas la culpabilité des couples fautifs.

Les 94 paragraphes du rapport final du synode ont été approuvés par le biais d’un vote. Les évêques et les membres de plein droit du synode ont voté séparément sur ces propositions. Le paragraphe abordant la délicate question des divorcés-remariés a été approuvé à l’arraché: un seul vote a permis à cette proposition d’obtenir la majorité des deux tiers, requise en pareille circonstance.

Discernement

Mgr Christoph Schönborn, le cardinal archevêque de Vienne, a affirmé aux journalistes que le mot-clé à retenir dans toute la discussion sur divorcés-remariés est celui de «discernement». Selon lui, le texte ne fait pas allusion à «tout ce qui peut survenir au terme d’un tel exercice de discernement». Aux yeux de Mgr Schönborn, le rapport final du synode demande aux prêtres d’aider les divorcés-remariés à s’engager dans une voie conversion et pénitence leur permettant de jauger s’ils sont dignes (ou non) de recevoir l’Eucharistie. Selon lui, ce genre d’examen de conscience n’a rien d’exceptionnel: n’est-ce pas ce que font tous les catholiques chaque fois qu’ils s’approchent du maître-autel?

Dès le début du synode, le pape François a rappelé qu’il n’était nullement question de revoir la doctrine de l’Église quant au mariage, c’est-à-dire une union indissoluble entre un homme et une femme. Le rapport définitif a rappelé que le magistère de l’Église est conforme au plan que Dieu a assigné à l’humanité, tout en étant une bénédiction pour l’Église et un bénéfice pour la société.

Homosexuels

Le rapport a réitéré l’amour que Dieu témoigne à l’égard des personnes homosexuelles, tout en rappelant, du même souffle, qu’il ne saurait y avoir d’équivalence entre le mariage chrétien et les unions entre conjoints de même sexe. La reconnaissance officielle des mariages civils entre conjoints de même sexe par certaines législatures ou organisations internationales a d’ailleurs été sévèrement dénoncée par les rédacteurs du rapport, notamment lorsqu’elles sont une condition préalable à l’octroi d’une aide financière.

Le rapport aborde plusieurs autres enjeux, dont ceux-ci: l’évolution du rôle des femmes dans la famille, l’Église et la société; les personnes célibataires et la façon dont elles peuvent contribuer à la vie familiale et ecclésiale; le témoignage héroïque des parents qui prodiguent soins et amour à des enfants handicapés; la famille en tant que sanctuaire protégeant la sacralité de la vie, et ce, à toutes les étapes de l’existence; les conséquences néfastes de la pauvreté et des expériences migratoires sur la vie familiale.

L’Église catholique attribue une valeur «naturelle» au mariage lorsque celui-ci guide les époux vers le bien, les pousse à être unis et fidèles l’un envers l’autres et lorsqu’il débouche sur le désir de fonder une famille. «La fidélité irrévocable de Dieu à l’égard de son peuple est la base sur laquelle s’appuie l’indissolubilité du mariage. Les liens d’amour profonds et inconditionnels qui unissent entre eux les deux époux ne dépendent pas uniquement de leurs capacités humaines: Dieu soutient le pacte qui l’unit à l’humanité avec toute la force de son Esprit.»

Accompagnement

Les êtres humains ne sont cependant pas immunisés contre le péché, ni contre l’échec. Voilà pourquoi le synode insiste sur l’importance cruciale des mesures «d’accompagnement» dont doivent bénéficier les couples mariés. Tous doivent être mis à contribution: l’équipe pastorale, la famille élargie, de même que les autres couples mariés. «L’Église tâche d’être proche des familles et de les aider à cheminer tout au long de leur existence. Cela suppose qu’elle adopte des attitudes parfois contrastées: elle doit tantôt demeurer à leurs côtés et les écouter silencieusement; parfois, elle doit leur indiquer la voie à suivre; parfois elle doit les soutenir et les encourager lorsqu’elles s’engagent dans cette voie.»

Le 22 octobre, une version préliminaire de ce rapport a été soumise aux membres du synode. Des amendements ont alors été apportés au document à la demande de 51 évêques. Selon le père Federico Lombardi, porte-parole du Vatican, ces amendements portaient avant tout sur «les liens entre la conscience et la loi morale».

Conscience

Le texte fait allusion à la conscience dans les sections consacrées à la procréation, ou dans celles où l’on aborde les situations conjugales jugées irrégulières par l’Église. Les divorcés-remariés, par exemple.

Les membres du synode se sont engagés à mieux soutenir les couples en crise. Ils ont du même souffle fait l’éloge des couples divorcés qui résistent à la tentation «de s’engager dans une nouvelle union, afin de demeurer fidèles au lien sacramentel qu’ils ont contracté lors de leur mariage». Ces catholiques-là «trouveront dans l’Eucharistie la nourriture spirituelle dont ils auront besoin».

Ceux qui se sont remariés sans avoir fait annuler leur lien sacramentel doivent cependant être accueillis et être intégrés le mieux possible à la communauté paroissiale. «Ce sont des baptisés, ce sont nos frères et nos sœurs, et l’Esprit saint leur a octroyé des dons et des charismes pour le bénéfice de tous», dit le rapport.

Citant l’exhortation de Jean-Paul II sur la famille, le rapport rappelle aux pasteurs que ceux-ci doivent faire preuve de discernement lorsqu’ils assistent et prodiguent des conseils aux couples divorcés-remariés, et ce, «au nom de la vérité». Les ministres du culte doivent donc faire la distinction entre les couples «ayant été injustement abandonnés, et ceux qui, par leur très grande faute, ont détruit un mariage qui était valide d’un point de vue canonique».

Les prêtres appelés à accompagner les couples qui voudront s’engager dans la «voie du discernement» devront s’assurer qu’ils le fassent d’une manière qui soit «conforme à l’enseignement de l’Église et aux directives de leur évêque».

Rien de réglé pour les divorcés-remariés

Le texte demeure toutefois très évasif quant à la façon dont les divorcés-remariés pourront obtenir une absolution et accéder à l’Eucharistie. Le texte ne semble pas écarter cette hypothèse, puisqu’il cite un extrait du Catéchisme de l’Église catholique stipulant que «l’imputabilité et la responsabilité liés à un acte précis peuvent être atténués voire même annulés», en fonction du contexte. De la même manière qu’il est possible de graduer le degré de responsabilité lié à certains actes, il est aussi possible que «les conséquences de nos actes ne soient pas identiques dans toutes les circonstances».

Le rapport fait maintes fois l’éloge de l’encyclique Humanae Vitae de Paul VI. «L’amour conjugal entre un homme et une femme et la transmission de la vie sont indissociables», dit le rapport.

«La parentalité responsable présuppose la formation de la conscience, laquelle est 'le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre'», affirme le rapport, citant ici un extrait de la constitution Gaudium et spes du Concile Vatican II. «Plus les époux entendent la voix de Dieu et de ses commandements dans le tréfonds de leurs consciences, plus ils auront l’assurance que leurs décisions seront libres de toute ingérence extérieure», dit le rapport.

Cindy Wooden, Catholic News Service
Trad. et adap. Présence - information religieuse

 

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