Deuil périnatal et néonatal

Une émouvante célébration aide les parents à surmonter la perte de leur bébé

Au terme de la célébration, les participants étaient invités à prendre part au lâcher de ballons.
Au terme de la célébration, les participants étaient invités à prendre part au lâcher de ballons.   (Présence/Philippe Vaillancourt)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2015-10-19 20:35 || Québec Québec

Dans le stationnement de l’église Sainte-Cécile de Charlesbourg, les voitures se pointent une à une dans une ronde inhabituelle pour un samedi matin. En cette froide matinée grise d’octobre, elles déversent une assemblée hésitante, qui se meut lentement pour prendre place à l’intérieur de l’église.

Ces hommes et femmes, parfois accompagnés d'enfants, sont essentiellement dans la trentaine et la quarantaine. Malgré les sourires et les salutations chaleureuses, on sent chez eux une gravité prégnante.

Ils ont tous en commun d’avoir perdu un bébé.

Peu d'entre eux mettent régulièrement les pieds dans une église. Mais ce matin, ils prennent part à la Fête des anges, une célébration de la Parole organisée conjointement par la paroisse Saint-Charles-Borromée de Québec et par les Perséides, un organisme laïc de soutien au deuil périnatal ou néonatal. Cette célébration souvenir a lieu une fois par année, en marge du 15 octobre, la Journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal. C’est la troisième année que la paroisse organise une telle célébration.

Pour certains parents, c’est l’occasion de composer avec un deuil tout récent. Pour d’autres, l’événement permet de faire le point sur le chemin parcouru et de garder vivante la mémoire de leur petit, parfois décédé plusieurs années auparavant. La célébration a pour thème cette année le cheminement «pas à pas».

Dans le vestibule, la présidente des Perséides accueille les gens, serre des mains et donne quelques instructions pour la célébration sur le point de débuter. Sabrina Courant est engagée dans l’organisme pour «faire vivre» son enfant. Il y a quatre ans, elle a perdu sa petite Myriam à sa 41e semaine de grossesse, deux jours avant la date prévue d’accouchement.

«Tout ce que tu mets dans ton enfant ne dépend pas du nombre de semaines qu’il a vécu», indique-t-elle.

Souriante, elle se décrit comme le «lien» qui a facilité le contact entre la paroisse et les Perséides pour l’organisation d’une célébration annuelle, puisqu’elle est elle-même catholique pratiquante.

«La foi nous a beaucoup aidé comme couple à passer à travers cette épreuve-là. Beaucoup, y compris les non pratiquants, en veulent au Bon Dieu. Ça nous a traversé l’esprit à un moment, mais notre foi est tellement grande que nous nous sommes tout de suite dit que ce n’est pas de sa faute et qu’au contraire il l’a accueillie et il nous accompagne là-dedans», dit-elle.

Elle raconte que pour organiser un tel événement, tout le monde doit mettre de l’eau de son vin. Il s'agit de trouver le ton juste pour une formule qui doit convenir aussi bien aux pratiquants qu’aux gens endeuillés qui n’ont pas la foi.

«Venez. Dieu vous accueille comme ça»

Dans la sacristie, le diacre permanent qui s'apprête à présider la célébration enfile son aube tout en observant les parents qui prennent place dans les bancs. «C’est toujours… c’est délicat», confie Simon Nadeau. «Il faut que tu sois capable de les accueillir comme ils sont.»

Il est entré au contact des deuils périnataux et néonataux dans le cadre de l’accompagnement au baptême. Un jour, un couple lui a confié se sentir incapable d’aller à l’église pour le baptême de leur enfant tellement il se sentait coupable d’avoir déjà vécu un avortement.

Simon Nadeau estime que beaucoup de gens vivent de tels drames et sont laissés à eux-mêmes.

«L’Église n’a peut-être pas porté suffisamment attention à cette réalité-là. Je ne fais pas d’exclusion ici aujourd’hui. Peu importe comment c’est arrivé, venez. Venez. Dieu vous accueille comme ça», poursuit M. Nadeau en prenant place pour une procession d’entrée silencieuse.

Ils sont deux cents à s’être déplacés pour cette Fête des anges. Après la procession d’entrée où seuls les gazouillis de quelques enfants se faisaient entendre chez les familles présentes, M. Nadeau rappelle qu’il s’agit d’une «célébration pour souligner la vie de ces bébés [décédés]» et pour prier.

Avant la lecture d’un extrait de la lettre de saint Paul aux Thessaloniciens, on fait jouer la Berceuse pour un ange. Les émotions sont à fleur de peau alors que les paroles chantées par Marie-Denise Pelletier résonnent dans l’église :

Je n't'entendrai pas
Dire maman, papa
Ni chanter ta première chanson

Pourtant déjà
Tu vivais en moi
Je t'avais choisi un prénom

Toi l'enfant que j'ai tant voulu
Toi l'enfant disparu

Les larmes aux yeux, le visage impassible, plusieurs écoutent calmement la berceuse. Certains enfouissent leur visage dans leurs mains tandis qu’un proche les réconforte.

Neuf mois et quatre jours de bonheur

La célébration intègre le témoignage de Sébastien Tremblay, un jeune père de famille qui ne va habituellement pas à l'église. Sa conjointe et lui ont perdu leur petite Mélina il y a plus de cinq ans, quatre jours seulement après sa naissance. «Ces quatre jours nous ont un peu servi de préparation, un peu comme si on préparait nos bagages pour le long voyage du deuil. Après tout, la première des quatre fois qu’on nous a dit qu’il faudrait probablement se préparer au pire, ce n’était que trente minutes après sa naissance», relate tranquillement M. Tremblay, faisant quelques pauses entre ses phrases pour se racler la gorge.

«On pleure encore. Mais après presque six ans, ce qui nous a marqué, c’est tout le bonheur qu’on a vécu pendant neuf mois et quatre jours. Le miracle d’avoir connu et aimé notre petit ange aussi fort qu’on a pu avant qu’il ne s’envole à jamais. Et même si on a les yeux rouges et bouffis, c’est avec un grand sourire qu’on lui envoie la main et qu’on lui répète qu’on l’aime toujours autant», termine-t-il avant de retourner s’asseoir auprès de sa conjointe et de leurs deux petites filles qui n’ont jamais connu leur sœur aînée.

«Et même si on a les yeux rouges et bouffis, c’est avec un grand sourire qu’on lui envoie la main et qu’on lui répète qu’on l’aime toujours autant.»

Plusieurs gestes symboliques ponctuent ensuite la célébration. Des bougies sont allumées. Tous les noms des enfants décédés sont prononcés au micro. Les parents sont invités à signer un registre souvenir. Des crayons sont distribués afin que les familles puissent écrire un message sur des ballons gonflés à l'hélium. Tandis que les ballons blancs, roses et bleus sont distribués, les gens discutent et échangent entre eux. La gravité s’estompe, la clameur est gaie.

Puis l'assemblée se déplace à l’extérieur dans une lente procession multicolore et se rassemble dans le stationnement pour le lâcher des ballons vers le ciel.

Le signal est donné. Un couple en pleurs s’étreint en les regardant s’éloigner comme une formation d’oiseaux. Plus loin, une petite fille demande à ses proches où vont les ballons.

- Ils s’en vont faire une fête à Raphaël, lui répond la dame qu’elle accompagne.
- Peut-on aller à la fête?
- Pas tout de suite chérie. Pas tout de suite...

 

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