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Fermeture des lieux de culte: appuis et dissidences

L'église catholique romaine Saint-Benoît-Abbé de Québec à l'automne 2020. La fermeture de tous les lieux de culte jusqu'au 8 février est une atteinte aux droits des fidèles catholiques, estiment les leaders de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X.
L'église catholique romaine Saint-Benoît-Abbé de Québec à l'automne 2020. La fermeture de tous les lieux de culte jusqu'au 8 février est une atteinte aux droits des fidèles catholiques, estiment les leaders de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X.   (Archives Présence/P. Vaillancourt)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2021-01-12 10:31 || Québec Québec

La décision du premier ministre François Legault de fermer tous les lieux de culte du samedi 9 janvier au lundi 8 février est une «atteinte aux droits des fidèles catholiques de participer librement à la messe», estiment les leaders de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), un groupe traditionaliste en rupture avec l'Église catholique.

«Le pouvoir civil n’a pas le droit de priver les catholiques de leurs églises», déclare la branche canadienne de la FSSPX dans une note acheminée à ses membre le vendredi 8 janvier 2021, moins de 48 heures après l'annonce du premier ministre québécois.

«À une époque où l’on nous parle tellement des droits de l’homme, voilà un droit de l’homme fondamental: celui de pratiquer publiquement, socialement, la vraie religion. Et ce droit est inaliénable, personne ne peut nous l’arracher», écrit-on.

Le même jour, l'archevêque de Québec, le cardinal Gérald Lacroix, a déclaré que «la fermeture des lieux de culte est le prix fort à payer pour protéger la vie de tous et de toutes, la nôtre et celles des autres». Bien que «difficile à accepter», la décision de fermer les lieux de culte s'avère toutefois «nécessaire en ce moment particulier de la crise de santé publique que nous traversons». Ce «qui nous est demandé en ce moment paraît justifié», a-t-il écrit dans un message pastoral.

«Les États apostats d'aujourd'hui décident de manière unilatérale d’interdire ou de restreindre l’exercice du culte, au nom de la santé», a objecté la FSSPX. Le groupe religieux ne recommande toutefois pas à ses membres de désobéir aux consignes édictées. «Nous sommes forcés de tolérer ou supporter avec patience ces décisions injustes, contraires à la prudence surnaturelle.»

Mais «tolérer ces décisions injustes» ne veut pas dire qu'on les appuie. «En aucun cas les catholiques fidèles ne sauraient être tenus à un véritable acte d’obéissance à l’égard de ces lois injustes qui restent en réalité un abus de pouvoir», indique la FSSPX.

Pour la simple raison que «l'État n'a pas le pouvoir de dire à l'Église comment elle doit faire son travail», explique l'abbé David Sherry, le supérieur du District du Canada de la FSSPX, en entrevue téléphonique. «Le pouvoir civil n'a pas à nous dire si on a le droit d'offrir la messe ou encore si les fidèles peuvent participer ou non à la messe». Selon le supérieur, il revient aux seules autorités de l'Église de prendre de telles décisions.

«On ne dit pas qu'il ne faut pas prendre des précautions à cause de la pandémie», explique-t-il. «Ce qu'on dit, c'est que l'État n'a pas ce droit» de fermer ou de restreindre l'accès à une église.

Puisque l'État n'a pas le pouvoir d'interdire la messe, explique ensuite l'abbé Sherry, «nous ne pouvons donc pas commettre un acte de désobéissance envers une loi qui n'est pas vraie». À ses fidèles, il indique qu'ils doivent «respecter l'État», une institution qui a le devoir de prendre des décisions dans les différents domaines qui sont sous sa juridiction. Mais quand l'État prend une «mauvaise décision» comme dans ce cas-ci, il conseille de «faire preuve de prudence».

Les groupes religieux mis au parfum avant l'annonce

La Table interreligieuse de concertation, un regroupement de chefs religieux - la FSSPX n'en fait pas partie - n'a toujours pas réagi à la décision du premier ministre de fermer les lieux de culte jusqu'au 8 février. Quelques membres, dont l'imam Hassan Guillet, ont indiqué qu'ils allaient respecter les nouvelles consignes.

En décembre 2020, François Legault a rencontré des membres de cette table de concertation qui réunit chrétiens, juifs et musulmans. «Cette première rencontre avec le premier ministre confirme l’établissement d’un canal de communication véritable entre [la Table] et le gouvernement» avait-on alors indiqué.

L'attaché de presse de François Legault a confirmé le 12 janvier que les membres de la Table interreligieuse de concertation ont été prévenus avant l'annonce des nouvelles mesures de confinement édictées mercredi. «Oui, nous avons communiqué avec les leaders religieux avant le point de presse de 17 h du 6 janvier», a indiqué Ewan Sauves.
 
«Nous sommes d’ailleurs en communication constante avec les différents groupes religieux membres de la Table interreligieuse», a-t-il ajouté.

«C’est important pour nous de l’être. Ils contribuent à véhiculer les messages et à faire respecter les consignes de la Santé publique et du gouvernement.»

Selon les résultats d'un sondage de la firme CROP mené peu après les annonces gouvernementales du 6 janvier 2020, 81 % des Québécois se disent favorables à la fermeture des lieux de culte.  La firme indique aussi que les 55 ans et plus appuient cette mesure à 88 %.

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