Montréal

Figure-clé du rapport Capriolo, le chancelier démissionne pour «des raisons de santé»

Le chancelier de l'archidiocèse de Montréal, Mgr François Sarrazin, dont le nom est mentionné plusieurs fois dans le rapport Capriolo, a remis sa démission le 19 novembre 2020 pour des raisons de santé.
Le chancelier de l'archidiocèse de Montréal, Mgr François Sarrazin, dont le nom est mentionné plusieurs fois dans le rapport Capriolo, a remis sa démission le 19 novembre 2020 pour des raisons de santé.   (Capture d'écran YouTube)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2020-11-30 11:32 || Québec Québec

Le nom du chancelier François Sarrazin apparaît des dizaines de fois dans le rapport d'enquête que la juge à la retraite Pepita G. Capriolo a rédigé à la demande de l'archevêque de Montréal sur les nombreuses faillites de l'Église de Montréal dans sa gestion de la carrière de Brian Boucher, un prêtre aujourd'hui laïcisé condamné en 2019 pour agression sexuelle.

Mais depuis quelques jours, le nom du chancelier disparaît du site Web de l'archidiocèse de Montréal.

Sur la page Web de la chancellerie, un office diocésain qu'il dirigeait depuis 2012, le nom et les coordonnées téléphoniques de Mgr François Sarrazin ont été effacées. Jusqu'à tout récemment, son nom apparaissait et ses titres de chancelier et de vicaire épiscopal pour les affaires canoniques y apparaissaient encore.

Le 11 mars 2020, l'archidiocèse de Montréal annonçait fièrement que Mgr François Sarrazin se voyait conférer la dignité pontificale et le titre de Chapelain de Sa Sainteté (les lettres C.S.S. qu'il peut dorénavant accoler à son nom). Ce titre «est une distinction pontificale attribuée par le Saint-Père, à la demande de l’archevêque diocésain», précise le communiqué officiel. Cette annonce, illustrée des armoiries du Vatican, a aussi disparu du site Web diocésain. Elle y était encore à la mi-novembre.

Enfin, le nom de Mgr François Sarrazin a été retiré de la liste des membres des «conseils de l'archevêque». Il était encore membre, au début du mois de novembre, du collège des consulteurs, du collège épiscopal, du conseil pour les affaires économiques et du conseil presbytéral.

Aucune annonce officielle

Lors de la présentation du rapport Capriolo le mercredi 25 novembre, Mgr Christian Lépine a déclaré avoir remis les résultats de l'enquête menée par la juge retraitée à la Congrégation pour la doctrine de la foi ainsi qu'à la Congrégation pour les évêques afin que ces deux instances évaluent quelles sanctions canoniques recevront ceux qui ont caché des documents ou des informations tout au long de l'affaire de l'abbé Brian Boucher.

«Au moment où l'on se parle, je me suis assuré qu'aucune des personnes sérieusement présentes dans ce dossier ne soient en poste. Certains sont décédés, d'autres sont à la retraite. Aucun n'est en poste», a déclaré, d'un ton ferme, l'archevêque de Montréal.

Aucune annonce officielle sur la situation du chancelier Sarrazin n'a été faite par l'archevêché ces dernières semaines.

Répondant à une question de Présence, la directrice des communications de l'archidiocèse de Montréal a affirmé le 28 novembre que Mgr Sarrazin «a remis sa démission à Mgr Lépine récemment, pour des raisons de santé».

«Il n’occupe donc plus aucune fonction à l’archevêché», a ajouté Erika Jacinto.

Toujours selon elle, la date de sa démission est le 19 novembre, soit une semaine avant le dévoilement public du rapport d’enquête que signe la juge Capriolo.

«La date de nomination de son successeur n’est pas encore connue», a-t-elle ajouté.

Mentionné à plusieurs reprises dans le rapport

Le rapport Capriolo mentionne François Sarrazin à plusieurs reprises. Il fait état de versions contradictoires entourant le cas d'un jeune Mexicain de 18 ans qui était temporairement hébergé au presbytère de la paroisse où se trouvait Boucher en janvier 1998. Après avoir fui les avances de Boucher, le jeune homme est amené par un autre prêtre, Éric Sylvestre, raconter sa mésaventure à François Sarrazin, alors vice-chancelier. Sylvestre a affirmé à la juge que Sarrazin a pris d'abondantes notes lors de la rencontre, alors que ce dernier a prétendu le contraire.

La juge décrit aussi un document signé par Sarrazin pour l'autorisation d'un séjour d'étude de Boucher à Washington en 2015. Le chancelier a alors confirmé sous forme de points détaillés que rien de moralement réprochable ne concernait Boucher. Pressé par la juge d'expliquer cette apparente contradiction - car il devait être au courant de la mésaventure du jeune Mexicain - il a laissé entendre qu'on lui aurait fait signer le document sans qu'il ne sache trop ce qu'il signait.

«Était-ce dû à une simple négligence ou s'agissait-il plutôt d'un choix délibéré pour éviter la difficile confrontation qu'une réponse plus honnête aurait sûrement provoquée?», demande Pepita Capriolo.

Le dossier Boucher est revenu sur la table peu de temps après, lorsque les autorités diocésaines montréalaises eurent à gérer un nouveau conflit impliquant ce dernier.

La juge a noté ceci: «Selon Mgr [Thomas] Dowd [ndlr: évêque auxiliaire à cette époque], après avoir joué l'enregistrement [ndlr: d'un prêtre qui faisait l'objet d'une plainte de Brian Boucher], le chanoine Sarrazin lui a mentionné avoir reçu une plainte similaire dans le passé d'un «jeune Mexicain» et avoir pris des notes à l'époque. Ces notes sont introuvables. Comme nous l'avons vu, lorsque  j'ai  interviewé Mgr Sarrazin, il affirmé avec insistance qu'il n'avait même pas laissé [le jeune Mexicain] lui parler, "parce que ce n’était pas de sa compétence".»

Lorsque, pour l'enquête interne de l'archidiocèse de Montréal qui était menée par Mgr Dowd, ce dernier a demandé des documents des archives à Sarrazin, le chancelier ne lui a pas donné accès aux archives. Mgr Dowd a affirmé n'avoir reçu qu'une seule page: l'endos d'une plainte contre Boucher datant de 2006, mais pas la plainte comme telle. Le dossier sur Boucher était pourtant plus volumineux. Le rapport indique que le chancelier a évoqué le stress et sa mémoire défaillante pour expliquer pourquoi il n'avait remis qu'une seule page photocopiée à Mgr Dowd.

En 2018, il y a eu un vol dans les archives secrètes de l'archidiocèse de Montréal. Sarrazin a affirmé qu'il lui était facile de savoir rapidement ce qui avait disparu. Après avoir parcouru ces archives, la juge est arrivée à cette conclusion: «Il aurait été impossible de déterminer que rien n'avait disparu d'un simple regard. On peut aussi comparer l'incapacité du chanoine Sarrazin à trouver les documents concernant Boucher à la demande de Mgr Dowd en 2015 et sa mémoire soudainement parfaite du contenu de tous les dossiers en 2018.» Elle qualifie le refus de donner les documents sur Boucher à Dowd d'«omission délibérée».

Mgr François Sarrazin n'a pas répondu à nos invitations à commenter personnellement le rapport Capriolo.

- Avec la collaboration de Philippe Vaillancourt.

***

 

 

du même auteur

L'ancien président de Développement et Paix, Jean-Denis Lampron, estime que l'organisme a manqué de transparence dans le processus de révision de ses partenaires.
2021-02-26 10:49 || Canada Canada

«Cela ne tient pas la route», disent deux ex-dirigeants de Développement et Paix

Développement et Paix ne conservera des liens de partenariats qu'avec le tiers des organismes qui ont été soupçonnés, depuis mars 2018, de ne pas respecter l'enseignement social et moral de l'Église catholique, ont annoncé l'organisme et les évêques canadiens le 25 février.
2021-02-25 18:18 || Canada Canada

Développement et Paix expurge près de 40% des partenaires examinés

Alors que débute sa campagne de financement annuelle, Développement et Paix refuse de rendre public le rapport final de l'enquête qu'il a menée, durant trois années, sur le quart de ses partenaires.
2021-02-23 16:11 || Canada Canada

Révision des partenaires de Développement et Paix: le rapport restera confidentiel

articles récents

Beate Gilles, une théologienne de 50 ans, devient la première femme à diriger le secrétariat des évêques. Son mandat débutera le 1er juillet 2021. Son élection survient alors que l'Église allemande est à nouveau plongée dans la tourmente sur la question des abus sexuels.
2021-02-26 16:33 || Monde Monde

Une femme élue secrétaire générale des évêques allemands

L'ancien président de Développement et Paix, Jean-Denis Lampron, estime que l'organisme a manqué de transparence dans le processus de révision de ses partenaires.
2021-02-26 10:49 || Canada Canada

«Cela ne tient pas la route», disent deux ex-dirigeants de Développement et Paix

Développement et Paix ne conservera des liens de partenariats qu'avec le tiers des organismes qui ont été soupçonnés, depuis mars 2018, de ne pas respecter l'enseignement social et moral de l'Église catholique, ont annoncé l'organisme et les évêques canadiens le 25 février.
2021-02-25 18:18 || Canada Canada

Développement et Paix expurge près de 40% des partenaires examinés