Recours collectif contre les Clercs de Saint-Viateur

194 victimes ont été indemnisées

L'Institut des sourds de Montréal, devenu le Centre 7400 après la fermeture de cette école, a été vendu en 2012. L'immeuble est aujourd'hui Le Castelnau, un complexe de copropriétés.
L'Institut des sourds de Montréal, devenu le Centre 7400 après la fermeture de cette école, a été vendu en 2012. L'immeuble est aujourd'hui Le Castelnau, un complexe de copropriétés.   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2017-05-08 14:55 || Québec Québec

Pas moins de 194 victimes d'abus sexuels ayant étudié dans un établissement administré par les Clercs de Saint-Viateur ont reçu en décembre 2016 et en janvier 2017 des chèques totalisant quelque 20 millions $.

C'est ce qu'indique le rapport de Me André Forget, ex-juge de la Cour d'appel, qui a obtenu le mandat, en février 2016, d'examiner les réclamations des personnes qui ont étudié et vécu à l'Institut des sourds de Montréal entre les années 1940 et 1982 et qui y ont subi des agressions sexuelles.

Il y a un peu plus d'un an, la juge Eva Petras de la Cour supérieure du Québec a approuvé deux ententes de règlement conclues entre le Centre de la communauté sourde du Montréal métropolitain, représentant les victimes, et deux institutions, soit les Clercs de Saint-Viateur et l’Institut Raymond-Dewar. Elle a aussi confié à Me André Forget le rôle d'adjudicateur dans ce dossier. La congrégation religieuse a versé 20 millions $ pour ce règlement, tandis que l'Institut Raymond-Dewar, l'établissement qui a pris la relève de l'Institut des sourds de Montréal, a déboursé 10 millions $.

Joint par téléphone afin de connaître où en était l'étude des réclamations des victimes, c'est le directeur général du Centre de la communauté sourde du Montréal métropolitain, Gilles Read, qui a confirmé que le rapport de l'adjudicateur avait été déposé en décembre, que le dossier était dorénavant clos et que chaque victime avait déjà reçu l’indemnité à laquelle elle avait droit.

Il a indiqué que 195 réclamations ont été faites auprès de Me Forget et que 194 ont été acceptées au terme de 36 journées d'audience. Le rapport dévoile que 157 victimes ont reçu 100 277 $. Vingt-deux autres victimes ont obtenu une somme de 125 346 $ tandis que deux ont reçu un chèque de 150 415 $. Enfin, puisque 13 victimes étaient décédées, leur succession a reçu une indemnité de 50 000 $.

L'avocat Pierre Boivin, du cabinet Kugler Kandestin, a confirmé chacun de ces chiffres. Avocat des victimes, c'est lui qui a présenté la demande de recours collectif contre les Clercs de Saint-Viateur en juin 2012, il y a près de cinq ans. «C'est le pire cas que j'aie vu à ce jour», dit l'avocat, spécialiste en recours collectif. «Des atrocités...», lance-t-il.

«Des horreurs», renchérit Gilles Read. Des enfants sourds ont pourtant raconté à leurs parents les sévices qu'ils subissaient à l'Institut des sourds de Montréal. Mais on ne les croyait tout simplement pas, déplore-t-il, les religieux projetant «une image de sainteté».

«Je connais plusieurs cas où la personne est même allée voir la police. On les prenait au collet et on les ramenait à l'institution. Ils étaient pris au piège.»

«Nous sommes satisfaits de ce règlement», a toutefois indiqué le directeur général de la communauté sourde de Montréal, en ayant recours à un interprète. «Beaucoup de personnes sourdes connaissent des situations de pauvreté.» Les sommes obtenues vont certainement les aider, ajoute-t-il.

Le très grand nombre de victimes - en plus des honoraires versés aux procureurs des diverses parties - fait que les indemnités reçues pourraient sembler faibles au public, estime M. Read. «Certaines victimes graves ont eu le même montant que d'autres, ce qui a créé de la frustration, un peu de chicane parmi nous. Vous savez, on est une petite communauté», où tout se sait, confie-t-il.

Comment expliquer qu'aucun média n'ait encore mentionné la conclusion de ce dossier ainsi que la réception, par les victimes, des indemnités en janvier? «On n'a eu aucune demande des médias. Vous être le premier journaliste qui nous téléphone à ce sujet», dit Gilles Read à l'agence de presse Présence.

«On a l'impression que les médias n'ont pas d'intérêt pour les personnes sourdes», dit-il.

Présence a demandé vendredi après-midi aux Clercs de Saint-Viateur de commenter le rapport de l'adjudicateur et aussi d'indiquer si la congrégation avait remis une lettre d'excuses aux victimes comme l'a fait récemment l'Institut des Frères de Notre-Dame de Miséricorde.

Au moment de publier ces lignes, le père Roger Brousseau, responsable des communications, a indiqué, par courriel, qu'il avait remis au supérieur de la communauté, le père Nestor Fils-Aimé, les deux questions de Présence. «Il doit étudier avec son conseil les suites à donner. Il faudra donc patienter», a-t-il écrit.

 

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