Audit externe de cinq diocèses

Abus sexuels: ce que pourraient révéler les archives diocésaines

La juge à la retraite Anne-Marie Trahan aura accès aux archives régulières ainsi qu’aux archives secrètes de l’institution, a assuré Mgr Christian Lépine, l'archevêque de Montréal, le 27 mars 2019.
La juge à la retraite Anne-Marie Trahan aura accès aux archives régulières ainsi qu’aux archives secrètes de l’institution, a assuré Mgr Christian Lépine, l'archevêque de Montréal, le 27 mars 2019.   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2019-03-27 14:16 || Québec Québec

L’évêque du diocèse de Saint-Jean-Longueuil. Mgr Lionel Gendron, offre son «soutien et appui total» à la juge à la retraite Anne-Marie Trahan, chargée de mener un audit sur les allégations d’abus sexuels commis depuis 1950 dans cinq diocèses catholiques de la grande région de Montréal.

Mgr Gendron collabore à cette enquête «dans un souci de transparence et de vérité» et assure lui aussi que les résultats de l’audit diocésain seront rendus publics.

Responsable des ressources humaines au diocèse de Saint-Jean-Longueuil, Yvon Métras rappelle que l’initiative annoncée ce matin par l’archevêque de Montréal «est discutée depuis plusieurs mois par les évêques de son diocèse et de ceux de Joliette, Saint-Jérôme et Valleyfield.

Au Canada, un diocèse est lié juridiquement à un archidiocèse. On dit alors que ces diocèses sont suffragants d’un archidiocèse et qu’ils font partie d’une province ecclésiastique commune.

«Les diocèses attendaient que l’archevêque s’engage au nom des diocèses de la province ecclésiastique de Montréal», dit Yvon Métras afin d’expliquer pourquoi les évêques n’étaient pas réunis ensemble afin d’annoncer la tenue de cet audit externe. Mgr Gendron n’aurait pas pu y participer, ajoute-t-il, étant actuellement en réunion à Ottawa. L’évêque est aussi l’actuel président de la Conférence des évêques catholiques du Canada.

«On s’engage dans un processus de transparence et de vérité», répète Yvon Métras. «S’il y a des choses à dire, on les dira. Si la juge Trahan met de l’avant certaines histoires, ce n’est pas pour les cacher. C’est pour qu’on les creuse.»

«Et si des choses ont été cachées dans le passé, alors elles seront mises à jour», assure-t-il.

Ce n'est toutefois qu'en consultant les médias ce matin que le diocèse de Saint-Jean-Longueuil a appris que la démarche était rendue publique.

Archives secrètes ou réservées

Dans tous les diocèses où elle enquêtera, la juge à la retraite Anne-Marie Trahan aura accès aux archives régulières ainsi qu’aux archives secrètes de l’institution, a assuré ce matin Mgr Christian Lépine, l’archevêque de Montréal.

Chaque diocèse tient à jour un dossier sur chacun des prêtres qui y sont ordonnées. Les documents pertinents sur chaque membre du clergé diocésain sont déposés «dans des archives régulières, mais aussi dans ce que l'on appelle des archives secrètes», a-t-il expliqué ce matin.

L’archevêque de Montréal préfère toutefois utiliser l'expression archives réservées plutôt qu'archives secrètes.

«Ce sont des archives auxquelles l'évêque, ou encore le personnel qu'il autorise, a accès. Quand surviennent des situations problématiques, on dépose les pièces dans les archives réservées et non dans les dossiers réguliers.»

Le mandat confié à la juge Anne-Marie Trahan et à l’équipe d’enquête qu’elle mettra en place, c’est de retrouver dans les dossiers, «tout ce qui concerne les abus sexuels sur des personnes mineures. Ensuite, elle énoncera les leçons que chaque diocèse doit tirer», indique Mgr Lépine.

1950

Les évêques des diocèses de Montréal, Joliette, Saint-Jean-Longueuil, Saint-Jérôme et Valleyfield souhaitent qu’Anne-Marie Trahan «revoie tous ces dossiers des archives depuis 1950 et qu'elle les lise avec un autre regard».

«C'est certain qu'on va 'dé-couvrir' le passé. On va aussi démontrer de quelle façon on a envisagé ces événements selon les différentes époques.»

Mgr Lépine, en poste depuis 2012, reconnaît que «dans les années 1950, quand il y avait un abus, on proposait à un prêtre de faire une retraite d'une semaine ou d'un mois dans un monastère. On a compris que cela ne fonctionnait pas.

Dans les années 1970, «des prêtres abuseurs ont été envoyés dans des maisons de soins. Dans les dossiers d'archives de ces prêtres, on trouve un rapport signé par un psychologue qui mentionne qu'il est guéri et qu'il est apte à reprendre son ministère», mentionne-t-il.

«À partir de 1985, ces pratiques ont cessé car on voyait bien qu'il y avait des récidives, que les prêtres n'étaient pas guéris. Et c’est au début de l'an 2000, que l’on s'est mis à parler de tolérance zéro.»

«On ne veut pas nécessairement juger les gens par rapport au passé», affirme Mgr Lépine. «Mais on veut tirer des leçons de ce passé afin d'aller de l'avant. Là où il y a eu des blessures, on doit le reconnaître.»

«Des blessures ont été reconnues et des prêtres ont déjà été retirés du ministère», indique-t-il. «Mais en même temps, il se peut qu'il y ait des allégations qui n'ont pas été écoutées ou des situations qui nous ont échappées. En lançant cette révision, avec l'aide d'une personne externe, on va faire la lumière sur notre histoire».

Les conclusions de cette enquête menée par la juge à la retraite Trahan pourraient bien faire mal aux cinq diocèses qui ont commandé cet audit. Mais en entrevue, l’archevêque cite cette parole du pape François: «Il faut faire la vérité, quel que soit le lieu où cela nous conduit».

L'archidiocèse de Québec a réagi en affirmant réfléchir à la possibilité d'«un audit dont les modalités restent encore à préciser». À Gatineau, l'archevêque Paul-André Durocher a indiqué que sa province ecclésiastique, qui comprend les diocèses de Mont-Laurier, Rouyn-Noranda, Amos et Gatineau, accueille «favorablement» l'initiative de Mgr Lépine. «Lors de notre prochaine rencontre à la fin du mois d’avril, nous étudierons en détail le processus mis en place à Montréal et discuterons d’une démarche analogue pour nos quatre diocèses», a dit Mgr Durocher.

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