Agressions sexuelles

Condamnation de Luigi Ventura: «Je suis soulagé»

L’homme qui avait porté plainte à la nonciature apostolique à Ottawa contre l’ancien nonce au Canada se dit soulagé par la condamnation du diplomate en France. «D’une certaine manière, la justice qui a été rendue, c’est un peu ma cause aussi», explique Christian Vachon.
L’homme qui avait porté plainte à la nonciature apostolique à Ottawa contre l’ancien nonce au Canada se dit soulagé par la condamnation du diplomate en France. «D’une certaine manière, la justice qui a été rendue, c’est un peu ma cause aussi», explique Christian Vachon.   (Présence/Nancy Lessard)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2020-12-18 17:05 || Monde Monde

L’homme de Québec qui avait porté plainte à la nonciature apostolique à Ottawa contre l’ancien nonce au Canada se dit soulagé par la condamnation du diplomate en France. «D’une certaine manière, la justice qui a été rendue, c’est un peu ma cause aussi», explique Christian Vachon.

Le 16 décembre 2020, le tribunal correctionnel de Paris a condamné le diplomate de carrière, qui fut notamment nonce au Canada de 2001 à 2009 et en France de 2009 à 2019, à huit mois d’emprisonnement avec sursis pour des agressions sexuelles commises à l’endroit de cinq hommes.

Quand les accusations ont été déposées en 2019, Présence avait voulu savoir si des plaintes similaires avaient déjà été signalées au sujet de Mgr Ventura à la nonciature au Canada. Ce qui n’était pas le cas. Après la publication de l’article, M. Vachon a choisi de raconter sa propre mésaventure avec Mgr Ventura survenue en 2008 lors d’un banquet à Sainte-Anne-de-Beaupré. Il a confié son témoignage à la nonciature à Ottawa, ainsi qu’à Présence, qui a publié un article relatant les faits.

Avant de parler à Présence en février 2019, M. Vachon confie avoir reçu un appel de Mgr Luigi Bonazzi, qui était alors nonce au Canada.

«Ce que j’ai retenu de la conversation, c’est qu’il m’avait demandé de discerner jusqu’où je voulais aller là-dedans pour éviter de faire du tort. Ce n’était pas dit mot à mot ainsi, mais ce que j’en ai compris, c’est qu’il n’était pas à l’aise que je sorte mon témoignage public, mais qu’il allait respecter ma démarche», se rappelle M. Vachon.

Il affirme qu’il n’y a pas eu de suivi par la suite, ni de la nonciature au Canada, ni des services diplomatiques du Vatican. Malgré l'annonce de la condamnation en France, M. Vachon n'a toujours pas l'intention de porter plainte à la police au Canada.

Son témoignage a été évoqué par plusieurs grands médias à l’étranger, notamment en France, dans les semaines suivant le dépôt des plaintes contre le diplomate. Si bien qu’on a sollicité M. Vachon pour le procès.

«J’ai fourni ce que j’avais déjà envoyé à la nonciature. J’ai compris que les avocats voulaient apporter mon témoignage pour étoffer l’accusation. Si ma plainte a pu aider, j’en suis heureux», dit-il.

Le témoignage entendu au procès

Or il se trouve que les documents fournis par M. Vachon ont bel été bien été évoqués lors du procès qui avait lieu le 10 novembre dernier et qu’ils sont mentionnés dans le jugement.

«Le témoignage de Monsieur Vachon a été très utile puisqu’il nous a permis de démontrer que Monsieur Ventura commettait des actes répréhensibles bien avant la découverte de sa tumeur et de son opération et que dès lors cette maladie ne pouvait pas être à l’origine d’une levée d’inhibition à l’origine de son comportement», a expliqué Me Antoinette Frety, l’avocate du jeune séminariste qui fait partie des hommes qui ont porté plainte contre Mgr Ventura en France, dans un courriel envoyé à Présence.

En effet, il fallait déterminer que les agissements du nonce n’étaient pas entièrement attribuables au développement d’une maladie chez lui.

Selon elle, «cette décision est un signal fort d’encouragement pour toutes les victimes d’agressions sexuelles, notamment au sein de l’Église catholique, à en parler [avec] confiance aux autorités judiciaires quel que soit le rang de l’agresseur». L’essentiel pour son client, précise-t-elle, était d’être reconnu comme une victime et non comme un menteur «comme Monsieur Ventura le prétendait».

Me Frety a qualifié de «sévère» la peine de huit mois avec sursis, relevant que le tribunal n’a pas apprécié le fait que le diplomate n’annonce que la veille de l’audience qu’il ne se présenterait pas alors qu’il avait auparavant indiqué qu’il entendait venir défendre son honneur. Quant aux dommages et intérêt alloués à son client, elle juge qu’ils sont à la hauteur du préjudice moral subi.

Immunité d'exécution

L’avocate espère maintenant que Mgr Ventura renoncera à interjeter appel et qu’il honorera les dommages et intérêts que le tribunal lui demande de verser. «En effet, souligne-t-elle, le Vatican n’ayant pas levé l’immunité d’exécution de la décision, les victimes sont dans l’impossibilité de forcer l’exécution de la décision sauf bon vouloir du Vatican.»

En droit, les immunités diplomatiques se modulent selon les rôles des représentants et selon les États et sont en grande partie définies par les Conventions de Vienne sur les relations diplomatiques (1961) et consulaires (1963). L’immunité d’exécution en représente un aspect. C’est l’immunité de juridiction qui avait été levée par le Saint-Siège en juillet 2019 afin de permettre que l’ancien nonce soit jugé en France.

Le Saint-Siège a réagi au jugement le vendredi 18 décembre. Dans un très court communiqué de presse, il a dit prendre acte du jugement à l’endroit de Mgr Ventura et indique que l’avocat du prélat réaffirme l’innocence de son client. «Le Saint-Siège confirme son respect pour les autorités judiciaires françaises, avec lesquelles l’archevêque Ventura a toujours démontré une volonté de collaboration», a-t-on ajouté.

Un ancien collaborateur de Mgr Ventura à la nonciature apostolique à Ottawa, Mgr Serge Poitras, aujourd’hui évêque de Timmins en Ontario, n’avait pu donner suite à nos appels au moment de publier ces lignes.

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