Allégations d'agressions sexuelles

Demande de recours collectif contre les Témoins de Jéhovah

Une Québécoise de 45 ans, née au sein d'une famille de Témoins de Jéhovah, demande à la Cour supérieure du Québec d'autoriser une action collective contre ce mouvement.
Une Québécoise de 45 ans, née au sein d'une famille de Témoins de Jéhovah, demande à la Cour supérieure du Québec d'autoriser une action collective contre ce mouvement.   (Pixabay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2017-09-21 12:38 || Québec Québec

Une Québécoise de 45 ans, née au sein d'une famille de Témoins de Jéhovah, vient de demander à la Cour supérieure du Québec d'autoriser une action collective contre ce mouvement religieux.

Lisa Blais, qui demande ce recours collectif, affirme avoir été abusée par son propre frère, lui aussi un Témoin de Jéhovah. À l'âge de 24 ans, elle a été excommuniée officiellement du mouvement et «personne n'a contacté les autorités pour les informer des crimes graves» dont elle disait être victime, indique le document judiciaire.

Mme Blais souhaite représenter toutes les personnes qui ont été ou qui sont toujours membres de ce mouvement et qui allèguent avoir été agressées sexuellement, au Québec, par d'autres Témoins de Jéhovah ou encore les personnes mineures qui ont été agressées par des Anciens, ces personnes en autorité au sein des congrégations locales. Les allégations contenues dans cette demande de recours collectif n'ont pas été prouvées en cour à ce jour.

La requête de 34 pages estime que l'organisation des Témoins de Jéhovah a élaboré des politiques liées aux agressions sexuelles qui «ont créé un environnement propice à la commission d'agressions sexuelles sur des personnes mineures», qui «entravent la dénonciation aux autorités laïques» et qui «maintiennent un processus disciplinaire parallèle [...], néfaste aux victimes, qui gère de manière négligente les risques de récidives».

Réaction des Témoins de Jéhovah

«Nous sommes au courant, par les médias, de ce recours collectif, mais nous n'avons toujours pas reçu d'avis, on ne nous l'a pas encore signifié», rétorque Matthieu Rozon, porte-parole des Témoins de Jéhovah au Canada.

«Mais une chose est certaine, c'est que les Témoins de Jéhovah ont en horreur les agressions sexuelles d'enfants. On fait tout ce qu'on peut pour protéger nos enfants des agressions sexuelles», a-t-il assuré dans une entrevue téléphone.

Culture du secret

L'avocate Sarah Woods, associée au cabinet montréalais Woods, qui a présenté la demande d'autorisation, dénonce la culture du secret qui prévaut au sein des Témoins de Jéhovah lorsqu'il est question d'agressions sexuelles.

«C'est cette culture qui fait qu'on ne rapporte pas les incidents. Cela fait en sorte que les abuseurs potentiels sont protégés, que tout est gardé à l'interne.» L'avocate explique aussi «qu'il y a un processus à suivre pour obtenir la permission des échelons supérieurs».

«La triste réalité, c'est qu'on a ici une victime mineure qui a subi un traumatisme. Cela lui est impossible de vivre toutes ces étapes. Dans les faits, [les agressions] ne sont pas rapportées aux autorités», dit Sarah Woods.

«C'est faux», répond le porte-parole des Témoins de Jéhovah. «Les Anciens dans nos congrégations suivent les lois en cas d'agressions sexuelles d'un enfant.»

Nombre de victimes

Me Woods ne sait pas combien de personnes pourront se prévaloir de ce recours s'il est accepté par la Cour supérieure. «Je n'en suis pas à faire de telles estimations», dit-elle, ajoutant que plusieurs personnes l'ont déjà contactée.

Elle reconnaît que pour certaines victimes, cette action collective sera une épreuve de plus. «Oser aller à l'extérieur est très mal perçu. Dès qu'on dévoile ces agissements, on risque l'excommunication, on est coupé de nos familles, de nos amis, de nos communautés sociales», estime l’avocate

La requête en recours collectif réclame que Lisa Blais ainsi que chacune des victimes reçoivent une somme de 250 000 $ en dommages moraux et punitifs. La Watch Tower Bible and Tract Society of Canada, la branche canadienne du mouvement religieux, ainsi que la Watch Tower Bible and Tract Society of New York, son bras administratif, et la Watch Tower Bible and Tract Society of Pennsylvania, la maison-mère, sont les institutions nommées dans cette requête.

À l'Université Laval, le professeur Alain Bouchard observe les Témoins de Jéhovah depuis plusieurs années. «Ce recours collectif ne me surprend pas. C’est dans l’air du temps: peu d’organisations peuvent échapper à ce type de poursuite aujourd’hui. C'est une problématique présente dans n’importe quelle association», remarque le coordonnateur du Centre de ressources et d'observation de l'innovation religieuse.

Il y aurait présentement 137 000 Témoins de Jéhovah au Canada, dont 27 000 au Québec. Le mouvement religieux compte 1400 congrégations au Canada, plusieurs congrégations pouvant se réunir dans la même Salle du Royaume, le bâtiment qui sert de lieu de culte et de réunion.

Avec la collaboration de Philippe Vaillancourt.

 

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