Pédophilie

L’Église canadienne éclaboussée par une nouvelle vague de révélations d’abus sexuels

  (Pixabay)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2016-10-27 12:03 || Canada Canada

L’Église catholique canadienne est éclaboussée par une  nouvelle vague de révélations concernant des abus sexuels. Ces dernières semaines, de nouvelles procédures judiciaires ont été entreprises au Québec, mais aussi au Manitoba, en Ontario et au Nouveau-Brunswick.

Après des recours collectifs contre la Congrégation de Sainte-Croix (2011), la Congrégation du Très-Saint-Rédempteur (2015) et les Clercs de Saint-Viateur (2016), c’est maintenant au tour des Frères du Sacré-Cœur d’être sur la sellette. Le 21 octobre, le cabinet d’avocats Kugler Kandestin a élargi une requête en recours collectif pour inclure une dizaine de religieux, indiquant qu’ils auraient agressé sexuellement des élèves au Collège Mont Sacré-Cœur, à Granby. La communauté a administré ce collège jusqu’en 2004.

Cette démarche découle de premières accusations portées contre le frère Claude Lebeau, qui a quitté la communauté en 1997, et qui a été le premier à être visé par des allégations d’agressions sexuelles avant que le recours collectif ne soit élargi à d’autres religieux.

La communauté a préféré ne pas commenter l’affaire.

Nouvelles accusations à Saint-Boniface

Pendant ce temps, de nouvelles révélations au sujet de prêtres déjà connus pour des gestes à caractère pédophile secouent les communautés catholiques du Manitoba et du Nouveau-Brunswick.

À Saint-Boniface, de nouvelles accusations d’agressions sexuelles sont portées contre le père Ronald Léger, un Clerc de Saint-Viateur, qui a été arrêté il y a quelques jours par la police de Winnipeg alors qu’il était déjà en libération conditionnelle pour une autre affaire d’agressions sexuelles sur des personnes de moins de 18 ans. Les nouvelles allégations concernent quatre garçons qui étaient âgés de 10 à 12 ans lorsque les événements auraient eu lieu, entre les décennies 1980 et 1990 au centre Teen Stop Jeunesse, fondé par le père Léger.

L’archidiocèse de Saint-Boniface a réagi en exprimant «sa profonde douleur envers les nouveaux (sic) victimes qui se sont identifiées ainsi qu’envers leurs familles et toute la communauté paroissiale de Sainte-Famille qui ont été affectées par ces présumés gestes de leur ancien curé ».

«L’Archidiocèse fera tout en son pouvoir pour aider les victimes qui se sont identifiées ainsi que tous ceux et celles qui n’ont pas encore communiqué leurs souffrances», a-t-on ajouté, rappelant que le diocèse a suspendu le prêtre dès qu’il a eu vent de l’affaire, en 2014.
 
Le père Léger a plaidé coupable aux premières accusations en juillet 2015. L’archidiocèse a alors émis «un décret définitif de suspension de ses facultés de ministère sacerdotal et l’a retiré officiellement de ses fonctions».

Plusieurs dossiers à Moncton

Dans l’archidiocèse de Moncton, la déchéance posthume se poursuit pour le père Camille Léger, au cœur du plus grand scandale d’agressions sexuelles des dernières années commis par des membres du clergé dans le Sud-Est du Nouveau-Brunswick. À la mi-octobre, L’Acadie Nouvelle révélait que cinq nouvelles poursuites ont été déposées au cours des derniers mois contre l’archidiocèse au sujet de ce prêtre décédé en 1990. Ces nouvelles allégations concernent des agressions sexuelles qui auraient été commises à l’endroit de jeunes garçons entre les décennies 1950 et 1980.

Au début du mois d’octobre, on apprenait que le prêtre retraité Paul Breau était lui aussi visé par une poursuite concernant une allégation d’agression sexuelle sur un mineur. Les faits se seraient déroulés à Shédiac, dans les années 1980.

«Alors que le père Breau avait un excellent dossier, nous allons, conformément à notre politique de protection des mineurs et des vulnérables, le retirer de tout ministère et de toutes fonctions ecclésiastiques en attendant le résultat de cette poursuite civile», avait alors déclaré l’archevêque de Moncton, Mgr Valéry Vienneau.

Et toujours à Moncton, le procès criminel du père Yvon Arsenault, accusé d’attentat à la pudeur à l’endroit de personnes mineures, a débuté le 25 octobre par un plaidoyer de culpabilité de l’accusé. On parle ici de neuf victimes, des garçons âgés de moins de 18 ans, entre 1971 et 1980, période au cours de laquelle le prêtre a exercé son ministère dans divers villages sur le territoire de l’archidiocèse de Moncton. L’archidiocèse a suspendu le prêtre en 2013.

À Kingston, en Ontario, le prêtre retraité Robyn Gwyn, qui a déjà été reconnu coupable à la fin du mois de septembre d’avoir agressé un garçon à la fin des années 1980 et au début des années 1990, a reconnu avoir agressé un autre garçon entre 2000 et 2002. Il a plaidé coupable lundi. Dans ce deuxième cas, c’est le diocèse de Kingston qui avait alerté la police en 2014.

Les évêques canadiens préparent un nouveau document

Cette vague de révélations et d’aveux de culpabilité survient alors que la Conférence des évêques catholiques du Canada s’apprête à publier un nouveau document phare dans la prévention des abus sexuels. Le document qui sert actuellement de référence, De la souffrance à l'espérance, date de 1992 et avait été rédigé dans la foulée du scandale de Mount Cashel, à Terre-Neuve.
 
On ignore encore exactement la nature du nouveau document, puisque les échanges des évêques canadiens à ce propos ont eu lieu à huis clos lors de leur assemblée plénière en septembre. On sait toutefois qu’il a été adopté en principe et qu’il reste une phase de rédaction finale à compléter.

La Conférence des évêques catholiques du Canada n’a par ailleurs jamais révélé le nom des membres du comité chargé de préparer le nouveau document. Le service des communications de la conférence épiscopale a toutefois indiqué que l’archevêque d’Halifax, en Nouvelle-Écosse, Mgr Anthony Mancini, et que l’évêque de Saint-Jérôme, Mgr Pierre Morissette, font partie du comité.

Présence a cependant appris que le rédemptoriste Mario Boies, ancien supérieur provincial des Rédemptoristes, a fait partie de ce comité de rédaction.

Le document devrait être rendu public au printemps 2017.

 

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