Abus sexuels

Les Clercs de Saint-Viateur veulent tourner la page

L'Institut des sourds de Montréal, devenu le Centre 7400 après la fermeture de cette école, a été vendu en 2012. L'immeuble est aujourd'hui Le Castelnau, un complexe de copropriétés.
L'Institut des sourds de Montréal, devenu le Centre 7400 après la fermeture de cette école, a été vendu en 2012. L'immeuble est aujourd'hui Le Castelnau, un complexe de copropriétés.   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2017-05-10 13:02 || Québec Québec

Le supérieur provincial des Clercs de Saint-Viateur ne souhaite pas émettre des commentaires sur les indemnités financières remises à des personnes sourdes, autrefois élèves et pensionnaires de l'Institut des sourds de Montréal.

L'agence de presse Présence a appris plus tôt cette semaine qu'un adjudicateur nommé dans un litige opposant la congrégation et d'ex-étudiants de cette institution avait complété son mandat et remis à 194 personnes des sommes variant entre 100 000 $ et 150 000 $.

«Je ne commenterai pas le rapport de l’adjudicateur», a indiqué le 10 mai le père Nestor Fils-Aimé.

En mars 2012, la Cour supérieure a autorisé l'exercice d'un recours collectif contre la congrégation religieuse au nom «de toutes les personnes alléguant avoir été abusées sexuellement, ou physiquement en relation avec les agressions sexuelles, par tout religieux ou par tout employé laïc» à l'intérieur des locaux de l'Institut des sourds de Montréal, boulevard Saint-Laurent, entre les années 1940 et 1982. En novembre 2015, les Clercs de Saint-Viateur et le Centre de la communauté sourde du Montréal métropolitain ont signé une entente de principe afin de régler ce litige.

Quelques mois plus tard, la juge Eva Petras a approuvé cette entente et a confié à un adjudicateur, Me André Forget, un ex-juge de la Cour d'appel, le soin de distribuer aux vicitmes 20 millions $ versés par la congrégation ainsi que 10 millions $ remis par l'Institut Raymond Dewar, l'institution qui a pris la relève de l'école des Clercs de Saint-Viateur.

Dans un courriel acheminé mercredi, le père Nestor Fils-Aimé rappelle que «le versement de 20 millions $ par la Congrégation des Clercs de Saint-Viateur résulte d’un règlement hors-cour». Reprenant les mots de l'entente de principe signée en novembre 2015, il indique que ce versement «ne peut d’aucune façon être interprété comme une reconnaissance par elle, ou ses membres, de la véracité des allégations».

S'il n'a pas voulu commenter le rapport de l'adjudicateur, le supérieur de la congrégation a toutefois tenu à expliquer pourquoi aucune lettre d'excuses n'accompagnait les chèques remis par l'adjudicateur, comme ce fut le cas lors du récent règlement du litige impliquant l'Institut des Frères de Notre-Dame de Miséricorde.

«Selon l’entente, les Clercs de Saint-Viateur n’avaient aucun droit d’interférer dans le processus d’adjudication», écrit-il. «De plus, l’entente ne donne à la congrégation aucun accès aux victimes alléguées.»

«Comment alors adresser une lettre à des personnes dont on ignore totalement l’identité?», demande le père Fils-Aimé. Il ajoute de plus que «lors d’une tentative de négociation directe avec des représentants de la communauté sourde, une offre de la congrégation de défrayer les coûts d’un suivi psychologique pour des victimes avérées a été rejetée sans égard».

«Dès la conclusion de l’entente avec la communauté sourde, dans un communiqué remis à la presse par le biais de ses procureurs, la congrégation a déploré tout acte répréhensible de pédophilie ou autres abus commis par certains de ses membres à l’insu des responsables. Elle a compati à la souffrance des victimes avérées, leur a exprimé ses sympathies et a accepté de répondre, sans se plaindre, au coût financier élevé associé au règlement», ajoute-t-il.

Rappelant que «les faits allégués remontent à une période qui s’étend de 1940 à 1982» et «en dépit du fait que presque toutes les personnes mises en cause sont décédées ou ont quitté la congrégation depuis longtemps», le supérieur estime que «les responsables actuels ont répondu avec le souci de réparer un tant soit peu des torts qui auraient été commis par ces individus absents».

«L’arbre des méfaits d’une très infime minorité ne doit pas cacher la forêt de tout ce que des religieux ont accompli avec cœur et dévouement auprès des sourds durant plus d’un siècle», ajoute le supérieur provincial Fils-Aimé.

«La grande majorité des religieux qui n’ont pas à se reprocher des actes de pédophilie et abus sur des personnes vulnérables et qui ont donné toute leur vie au service des plus pauvres ici ou ailleurs dans le monde ont aussi, en toute justice, le droit de jouir d’une retraite dans la dignité et la quiétude.»

Le père Nestor Fils-Aimé souligne enfin que «le versement des frais de réparation n’est pas sans affecter la vie des religieux au Canada et ceux se trouvant dans des pays pauvres que la congrégation soutenait».

 

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