Témoins de Jéhovah

Les hôpitaux doivent respecter les refus de transfusion, dit le coroner

La société québécoise et notamment ses diverses institutions hospitalières doivent respecter les choix d'une personne adulte qui adhère à des préceptes religieux, estime le coroner Luc Malouin.
La société québécoise et notamment ses diverses institutions hospitalières doivent respecter les choix d'une personne adulte qui adhère à des préceptes religieux, estime le coroner Luc Malouin.   (Pixabay/qimono)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2017-11-14 16:03 || Québec Québec

La société québécoise et notamment ses diverses institutions hospitalières doivent respecter les choix d'une personne adulte qui adhère à des préceptes religieux, même si les décisions qu'elle prend peuvent avoir des conséquences sur son développement ou même menacer sa propre vie.

C'est ce qu'estime Me Luc Malouin, coroner en chef adjoint, dans les deux rapports du Bureau du coroner qui ont été rendus publics le 14 novembre. «La loi donne le libre choix à une personne majeure, saine d'esprit, consciente et bien renseignée d'accepter ou de refuser un traitement médical», écrit le coroner Malouin dans l’un de ces rapports.

«À une époque où une majorité de Québécois ne pratique plus de façon active une religion quelconque, cette notion de respecter des règles religieuses semble d'une autre époque. Il fut un temps où, au Québec, ces règles étaient très présentes et régissaient la vie de tout un chacun. Ce n’est plus la situation aujourd’hui, mais on se doit de respecter le choix de chacun d’adhérer ou non à des règles religieuses», ajoute-t-il.

Deux décès

En octobre 2016, le décès de deux femmes, membres des Témoins de Jehovah, avait soulevé la question du respect ou non par les autorités médicales du refus de toute transfusion sanguine préconisé par les membres de ce groupe religieux. Le Bureau du coroner avait alors choisi d'enquêter sur les circonstances des décès de Mirlande Cadet et d'Éloïse Dupuis, au lendemain de leur admission dans des hôpitaux de Montréal et de Lévis pour l'accouchement de leur enfant.

Dans le cas de Mirlande Cadet, 46 ans, le rapport explique que cette témoin de Jéhovah a été admise au Centre hospitalier de St. Mary de Montréal le 1er octobre 2016. Dès son arrivée, le personnel soignant savait qu'elle n'autoriserait aucune transfusion sanguine. Après un examen médical, on constate toutefois que le fœtus montre des signes de détresse cardiaque et on procède à une césarienne. L'état de la patiente se dégrade, note le coroner. Le personnel suggère de procéder à une transfusion sanguine, ce que refuse d'abord le conjoint de Mirlande Cadet. Ce n'est que six heures plus tard qu'«il a accepté que son épouse reçoive des produits sanguins».

«Il m'est impossible de déterminer de façon précise si le délai pour fournir des produits sanguins a eu un impact important sur l'exitus final», écrit Me Luc Malouin. Il estime toutefois que «les membres du personnel médical ont respecté les volontés de Mme Cadet et qu'ils ne pouvaient faire autrement».

Admise le 5 octobre 2016 à la maison de naissance de Lévis, Éloïse Dupuis, 27 ans, «donne des directives claires quant à son refus de toute transfusion de sang ou de produits dérivés sanguins en raison de ses croyances religieuses», indique le second rapport du coroner.

Une césarienne est pratiquée et l'enfant naît en bonne santé à l'hôpital Hôtel-Dieu de Lévis où la patiente est transférée. Toutefois, «des complications médicales surviennent, dont, entre autres, une hémorragie majeure ne répondant pas aux traitements médicaux». Son état continue de se détériorer jusqu'à son décès le 12 octobre.

«La seule solution médicale qui existait pour Mme Dupuis afin de recouvrer la santé consistait à recevoir des produits sanguins, mais elle a toujours refusé de le faire», écrit le coroner qui reconnaît qu'«il appartient à chacun de faire ses choix et d'en assumer pleinement les conséquences».

Dans ses conclusions, le coroner Malouin recommande au personnel hospitalier, lors de l’accouchement de patientes qui refusent les transfusions sanguines, de rédiger un «plan de traitement particulier pour chaque patiente afin de prévoir d'avance les gestes médicaux à poser en cas de pertes sanguines importantes».

 

du même auteur

Reflet de la cathédrale Marie-Reine-du-Monde dans la façade du 1000, de la Gauchetière. L'archidiocèse de Montréal est propriétaire du terrain où se trouve le plus haut gratte-ciel de Montréal.
2017-11-17 17:37 || Québec Québec

Vente du plus haut gratte-ciel de Montréal: l'archidiocèse refuse de commenter

Détail de l'invitation.
2017-11-15 21:14 || Québec Québec

Pierre Lavoie au Déjeuner fraternité et prière

Pour Postes Canada, il s'agit du quatrième timbre émis en 2017 qui souligne une fête religieuse.
2017-11-15 12:11 || Canada Canada

L'émission du timbre pour Hanoukka reportée d'une semaine

articles récents

Les plaignants soutiennent que la loi 62 est discriminatoire envers certaines femmes musulmanes, dont celles qui portent un niqab.
2017-11-08 09:57 || Québec Québec

Première contestation judiciaire de la loi sur la neutralité religieuse

Des leaders religieux canadiens demande au Parlement canadien de ne pas abroger l'article 176 du Code criminel.
2017-11-07 12:33 || Canada Canada

Nouvelle charge contre l'abrogation de l'article 176 du Code criminel

Le projet de loi C-51 entend notamment retirer l'article 176 du Code criminel qui indique que toute personne qui «par menaces ou violence, illicitement gêne ou tente de gêner un membre du clergé ou un ministre du culte dans la célébration du service divin» est «coupable d’un acte criminel».
2017-10-31 10:01 || Canada Canada

N'abrogez pas l'article 176, disent plusieurs groupes religieux