En janvier 2021

Les jésuites vont rendre publics les noms des religieux accusés d'abus sexuels

Dans un an, en janvier 2021, ou même plus tôt, «si le travail va plus vite que prévu», les jésuites du Canada vont publier une liste de tous leurs membres qui ont été accusés de façon crédible d'abus sexuels sur des mineurs depuis 1950.
Dans un an, en janvier 2021, ou même plus tôt, «si le travail va plus vite que prévu», les jésuites du Canada vont publier une liste de tous leurs membres qui ont été accusés de façon crédible d'abus sexuels sur des mineurs depuis 1950.   (Pixabay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2019-12-19 16:55 || Canada Canada

Dans un an, en janvier 2021, ou même plus tôt, «si le travail va plus vite que prévu», les jésuites du Canada vont publier une liste de tous leurs membres qui ont été accusés de façon crédible d'abus sexuels sur des mineurs depuis 1950.

La congrégation religieuse a déjà confié au personnel d'une entreprise externe le mandat de constituer cette liste. Les enquêteurs du King International Advisory Group auront «accès à tous les dossiers concernant les jésuites accusés, qu'ils aient été condamnés ou non ou qu'ils soient décédés au moment de leurs accusations», assure la communauté. «Aucune restriction n'a été imposée à leur accès à l'information ou aux conclusions.»

Ce ne sera pas qu'une simple succession de noms et de dates de naissance, d'ordination ou de décès, ajoute-t-on. La liste donnera des renseignements détaillés sur les affectations de tout jésuite accusé. La liste qui sera rendue publique dans un an «comprendra une chronologie détaillée des déplacements d'un jésuite accusé et de ses affectations à n'importe quel moment dans le temps».

De plus, le document que rédigeront les enquêteurs «traitera des allégations où il semble plus probable qu'improbable qu'une infraction a été commise». Les dossiers qu'ils consulteront pourraient ainsi révéler que des paroissiens, des autorités civiles ou encore d'autres membres du clergé ont déposé des plaintes crédibles contre des jésuites, bien qu'«aucune accusation ou action civile n'ait jamais été intentée» par la suite.

Alors que les diocèses et les congrégations religieuses du Canada refusent ou hésitent toujours à rendre publics les noms des prêtres et des religieux visés par des accusations crédibles qui n’ont pas été inculpées ou déclarées coupables, les jésuites considèrent que cette divulgation est essentielle.

«Nous avons entendu la voix des victimes d'abus sexuels durant leur enfance. Les listes fournissant au public de l'information [sur les abuseurs] sont importantes pour la guérison. C'est la bonne chose à faire pour nous dans une perspective de promotion de la transparence et de la responsabilité institutionnelle», a déclaré Erik Oland, le provincial de la Province des jésuites du Canada.

Cette entité administrative regroupe les jésuites des anciennes provinces du Canada français et du Canada anglais. Les jésuites d'Haïti en font aussi partie. La province jésuite canadienne compte aujourd'hui 224 membres.

En annonçant la tenue de cette enquête dans les archives et dans les dossiers actuels de la communauté, le jésuite Oland a aussi révélé que, depuis 1958, deux jésuites sont responsables d'«au moins 90% ou plus des plaintes déposées» contre la congrégation. Ce sont le père George Epoch et le frère Norman Hinton, aujourd'hui décédés, tous deux actifs dans les missions jésuites du nord de l'Ontario. «Au cours des 25 dernières années, il n'y a pas eu d'accusations d'abus sexuels contre des mineurs qui n'étaient pas des allégations historiques», précisent aussi les jésuites canadiens.

Les jésuites ont «toujours coopéré et coopéreront toujours pleinement avec les autorités civiles», a déclaré le provincial Erik Oland. La congrégation a adopté une «politique de tolérance zéro à l'égard des cas de conduite inappropriée entre un jésuite et un mineur».

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