L'ex-religieux Jean-Paul Thibault connaîtra sa sentence en mars

Les victimes reçoivent une lettre d'excuses des Frères de Notre-Dame de Miséricorde

Le Collège Saint-Hilaire a été cédé en 1997 à une corporation laïque.
Le Collège Saint-Hilaire a été cédé en 1997 à une corporation laïque.   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2017-02-27 07:59 || Québec Québec

«Nous sommes vraiment bouleversés et peinés pour les abus sexuels dont vous avez été victime par l’un des nôtres.» La congrégation des Frères de Notre-Dame de Miséricorde a tenu à ce qu'une lettre d'excuses accompagne le dédommagement financier reçu par chacune des victimes de leur confrère Jean-Paul Thibault.

C'est à la fin du mois de mars que l'ex-religieux - il a quitté sa communauté en 2015 et a été relevé de ses vœux - connaîtra sa sentence. Au mois d'août 2016, l’homme avait plaidé coupable à une dizaine de chefs d’accusation, notamment d’atteinte à la pudeur et d’agressions sexuelles. Ses victimes étudiaient, dans les années 1980, au Collège Saint-Hilaire où il a été membre de la direction de l'institution.

Le frère Thibault était toujours, au moment de son arrestation le 17 mars 2015, membre du conseil d'administration de cette institution scolaire de Mont-Saint-Hilaire, fondée par les Frères de Notre-Dame de Miséricorde puis cédée à une corporation laïque en 1997.

Au lendemain de la représentation sur sentence au palais de justice de Saint-Hyacinthe, le frère Omer Beaulieu, supérieur québécois de cette congrégation, a accepté de répondre aux questions de l'agence de presse Présence. C'est à l'avocat de la communauté, Me Jean Saint-Onge, qu'a été confié le mandat de commenter les plus récents événements dans ce dossier.

L'avocat, associé au cabinet Lavery, de Billy, a d'abord indiqué «que les membres de la communauté ont été bouleversés en apprenant à travers les médias la nouvelle des agressions sexuelles commises par Jean-Paul Thibault».

«Nous insistons sur le fait que les membres de l’Institut ignoraient tout du comportement de leur confrère Jean-Paul Thibault et des agressions commises à l’endroit d’un groupe de pensionnaires du Collège Saint-Hilaire au cours des années 1980», ajoute Me Saint-Onge.

Parallèlement aux accusations criminelles déposées contre le frère Jean-Paul Thibault, une victime a intenté un recours collectif contre le religieux, sa communauté ainsi que le Collège Saint-Hilaire.

Début février 2016, le juge Michel A. Pinsonnault, de la Cour supérieure du Québec, a approuvé une entente de règlement intervenue à la fin de 2015 entre la victime, le frère Thibault lui-même, l'institution scolaire et l'institut religieux. Une somme de 1 million $ a alors été déposée dans un fonds de règlement.

Treize victimes ont ensuite été identifiées puis dédommagées par un adjudicateur nommé par le juge Pinsonnault. Une lettre de la communauté a été remise à chacune des victimes en même temps qu’une somme variant entre 55 000 $ et 110 000 $.

Lettre d'excuses

Me Jean Saint-Onge indique que c’est l'Institut des Frères de Notre-Dame de Miséricorde qui «a insisté pour que l’adjudicateur des réclamations remette à chacune des victimes, en sus du dédommagement pour les sévices vécus, une lettre d’excuses».

«Nous sommes vraiment bouleversés et peinés pour les abus sexuels dont vous avez été victime par l’un des nôtres, alors que vous étiez pensionnaire et étudiant au Collège Saint-Hilaire», ont écrit les frères.

«Nous sommes conscients des souffrances que vous avez vécues suite à ces abus. Nous imaginons facilement la honte qui vous a habité et qui vous habite, peut-être, encore aujourd’hui. À cause de ses graves erreurs, ce confrère de l’époque, vous a enlevé la fraîcheur de votre jeunesse et a diminué la qualité de vie dont vous aviez droit.»

«Au nom de ce confrère fautif, nous nous excusons auprès de vous pour tous les préjudices subis qui ont pu nuire au développement harmonieux de votre personnalité. Nos excuses s’adressent également à vos parents.»

«Nous espérons qu’un jour vous pourrez pardonner les gestes graves et les erreurs commises par ce confrère qui n’est plus membres de notre Institut et, surtout, que vous puissiez retrouver une paix intérieure.»

Me Saint-Onge souligne que la congrégation qu'il représente a toujours souhaité «qu’un règlement intervienne rapidement afin que les victimes reçoivent une indemnité adéquate» et qu'elle était «animée par le désir d’éviter à tout prix aux victimes un long et couteux procès afin de les protéger, mais également par le souci de leur épargner d’avoir à revivre les moments extrêmement pénibles vécus au moment des agressions et durant leur vie adulte».

Jean-Paul Thibaut, aujourd'hui âgé de 74 ans, n’est plus membre de cette congrégation religieuse. Le supérieur général de cet institut l’a dispensé de ses vœux religieux en août 2015. «Le 5 janvier 2016, il a signé le document officiel de son retrait de la prêtrise et de la vie religieuse à la chancellerie du diocèse de Québec», indique la communauté.

L’Institut des Frères de Notre-Dame de Miséricorde, fondé en Belgique par le chanoine Victor Scheppers, déclaré vénérable en 1987 par Jean-Paul II, est présent dans six pays (Argentine, Belgique, Burundi, Canada, Italie, Uruguay). Il compte actuellement 66 religieux. Au lendemain du départ de Jean-Paul Thibault, la branche québécoise de cette communauté ne compte plus que trois membres.

«Les membres de l’Institut des Frères de Notre-Dame de Miséricorde, tous retraités et âgés, ont maintenant droit à la quiétude. Ils souhaitent donc tourner la page sur ces événements bouleversants, satisfaits que justice et réparation ont été obtenues par les victimes», indique l’avocat de la communauté, Me Jean Saint-Onge.

 

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