Nombre de personnes autorisées

Lieux de culte: la Table de concertation pense déjà à la suite

Mgr Pierre Murray, coordonnateur de la Table interreligieuse de concertation
Mgr Pierre Murray, coordonnateur de la Table interreligieuse de concertation   (Archives Présence/F. Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2021-02-05 19:55 || Québec Québec

La Table interreligieuse de concertation n'a pas l'intention, pour le moment, d'émettre une déclaration officielle concernant la décision qu'a rendue aujourd'hui la Cour supérieure en faveur du Conseil des juifs hassidiques du Québec (CJHQ) et, a bien précisé le tribunal, de tous les groupes religieux du Québec.

Dans son jugement, la juge Chantal Masse a déclaré que la limite des 10 personnes autorisées à entrer dans un lieu de culte s'applique, non pas à tout le bâtiment, mais bien à chacune de ses salles, à la condition qu'elles soient «desservies par un accès indépendant à la rue sans partager d'espace commun avec les autres salles».

«La Table ne s'est pas réunie et je n'ai pas obtenu l'opinion de ses membres», explique d'abord Mgr Pierre Murray, le coordonnateur de ce regroupement de leaders juifs, chrétiens et musulmans qui agit comme porte-parole des communautés de foi auprès des autorités sanitaires et gouvernementales. Rappelons que le CJHQ était membre de la Table depuis ses débuts mais l'a quittée la semaine dernière lorsque les autres membres ont indiqué ne pas partager son interprétation de la règle des «salles distinctes».

Mais Mgr Murray, qui est aussi le secrétaire général de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ), a pris soin de lire chacune des 53 pages du jugement. La juge a tranché: «il est possible de se réunir dans plusieurs salles dans un même lieu de culte». En appui à sa décision, la juge Masse mentionne plusieurs fois une lettre que le Dr Horacio Arruda a envoyée précisément à Mgr Murray le 25 novembre 2020. Cette lettre stipule clairement que les limites de participation s'appliquent à «chaque salle» et non au seul lieu de culte, à la condition toutefois que chaque salle «ait un accès indépendant».

«Nous, on s'appuyait plutôt sur la lettre du 15 janvier 2021», reconnaît aujourd'hui Mgr Murray. Dans cette lettre, envoyée une semaine après que le premier ministre Legault ait annoncé que tous les «lieux de culte devront fermer leurs portes dès le samedi 9 janvier», le Dr Arruda indiquait qu'il allait recommander au gouvernement de «permettre à un maximum de 10 personnes de se rassembler dans les lieux de culte». Dans sa missive, il ne mentionne jamais la notion de «salles séparées», sauf dans le cas des funérailles où cette pratique «demeure interdite».

«Manifestement, la juge n'était pas d'accord avec l'interprétation que l'on faisait de la lettre du 15 janvier du Dr Arruda», concède le secrétaire général de l'AECQ.

Il note aussi que la juge Masse rappelle au gouvernement qui si c'est bien son intention de n'autoriser que seules 10 personnes par lieu de culte, «il n'a alors qu'à le préciser dans un décret».

Le coordonnateur de la Table craint-il que, dès la semaine prochaine, le gouvernement soit tenté de rédiger un nouveau décret sur les lieux de culte, plus précis et plus restrictif? «Je n'ai pas reçu d'indications en ce sens», répond-il, reconnaissant toutefois que «la balle est dans le camp du gouvernement».

Les prochains enjeux

Depuis sa création, la Table a constamment posé des questions et demandé des éclaircissements aux autorités sanitaires. «C'est toujours ainsi qu'on a fonctionné. Et quand on n'était pas contents de la réponse obtenue, on argumentait.» Il rappelle d'ailleurs qu'il y a quelques mois encore, les lieux de culte étaient dans la même catégorie que les bars. «On voit bien qu'il y a eu une évolution» dans les rapports entre le gouvernement et les groupes religieux, dit Mgr Pierre Murray.

C'est bien que 10, 20 ou même 30 personnes puissent participer à une cérémonie ou à des prières. «Mais que fait-on des 300 autres», ceux et celles qui ne peuvent participer aux prières du vendredi, au sabbat ou à la messe du dimanche?

Mais pour le secrétaire général de l'AECQ et le coordonnateur de la Table interreligieuse de concertation, le principal enjeu, c'est plutôt «le peu de reconnaissance qu'a le gouvernement du bienfait que les lieux de culte et les groupes religieux apportent à la population».

C'est pourquoi les membres de la Table s'activent à bien comprendre les assouplissements annoncés le mardi 2 février 2021 par le premier ministre François Legault. Dans le communiqué de presse remis aux journalistes, il a expliqué qu'à partir du lundi 8 février, dans les six régions qui basculeront en zone orange, 25 personnes pourront dorénavant être accueillies dans un lieu de culte. Dans les onze autres régions du Québec, dites en zone rouge, il y a «maintien de la limite de 10 personnes».

Dans les zones oranges, François Legault a aussi annoncé qu'à partir du 26 février, les cinémas et les salles de spectacle pourront de nouveau ouvrir leurs portes. Mais pour ces institutions, il n'a aucunement indiqué le nombre de clients qui pourront y accéder. Est-ce que ce sera 25 personnes, comme pour les lieux de culte? Mgr Murray en doute. «Il semble que leur limite soit de 250 personnes», lui a-t-on confié.

«Depuis l'annonce du premier ministre, j'ai fait des représentations, d'abord pour confirmer ce nombre». Si les salles de spectacle, en zone orange, peuvent accueillir un si grand nombre de personnes, il va alors demander à ses interlocuteurs gouvernementaux si «la limite pour les lieux de culte sera aussi portée à 250».

Si ce n'est pas le cas, les membres de la Table «seront nettement insatisfaits», prévient-il. Ils y verront rien de moins qu'une «discrimination directe».

* Correction - 9 février 2021: Le retrait du Conseil des juifs hassidiques du Québec de la Table de concertation interreligieuse est plutôt lié à une divergerce sur la stratégie à suivre.  Le CJHQ voulait demander l'intervention des tribunaux. Les autres membres de la Table n'étaient pas d'accord.

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