Collège Servite d'Ayer's Cliff, en Estrie

Recours contre les servites: dépôt d'une nouvelle liste des agresseurs

Au moins 15 religieux, prêtres ou frères de l'Ordre des Servites de Marie, auraient agressé sexuellement des élèves d'un collège où ils enseignaient. Plusieurs d'entre eux ont même occupé des fonctions de direction dans cet établissement scolaire.
Au moins 15 religieux, prêtres ou frères de l'Ordre des Servites de Marie, auraient agressé sexuellement des élèves d'un collège où ils enseignaient. Plusieurs d'entre eux ont même occupé des fonctions de direction dans cet établissement scolaire.   (Pixabay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2018-12-06 15:12 || Québec Québec

Au moins 15 religieux, prêtres ou frères de l'Ordre des Servites de Marie, auraient agressé sexuellement des élèves d'un collège où ils enseignaient. Plusieurs d'entre eux ont même occupé des fonctions de direction dans cet établissement scolaire.

Ces agressions se seraient déroulées du début des années 1960 jusqu'à la fin des années 1990 au Collège Servite (autrefois connu sous le nom de Notre-Dame-des-Servites). Ce collège est situé à Ayer's Cliff, en Estrie.

Le 17 septembre 2018, le juge Sylvain Provencher de la Cour supérieure a autorisé qu'une action collective puisse être menée contre les Servites de Marie ainsi le Collège Servite.

Deux mois plus tard, le 21 novembre, le cabinet d'avocats Kugler Kandestin a mis à jour la demande de recours collectif soumise avant que le juge Provencher ne l'autorise. Le document, déposé dans le site Web du cabinet d'avocats, mentionne dorénavant les noms de 15 religieux, dont Jacques Desgrandchamps, Robert Desloges, André Cotton, Yvon Chalifoux, Bernard Lajeunesse, Michel Lussier, Gilles Poirier, André-Marie Syrard, Raymond Délisle, Paul McKeown, Luc Lapalme,  Paul-André Mailhot et René Léveillé.

Pas moins de dix d'entre eux ont occupé des postes de cadre au Collège Notre-Dame-des-Servites ou à la direction même de la communauté religieuse, à titre de prieur, de procureur provincial ou de conseiller.

«Les religieux servites ont œuvré au Collège pendant des décennies, soit entre 1948 et 2007, durant lesquelles ils ont utilisé diverses tactiques telle le favoritisme, la manipulation psychologique et spirituelle et un faux sentiment de complicité pour agresser sexuellement les élèves sous leur autorité», dénoncent les avocats des victimes.

Ils estiment que le grand nombre d'agresseurs et les fonctions d'autorité qu'ils occupaient au collège ont rendu les élèves «prisonniers d'une institution où régnait une culture du secret et où ils ne pouvaient recevoir aucune aide et secours».

Les avocats entendent démontrer que les agressions étaient connues des têtes dirigeantes de la congrégation qui ont été «grossièrement négligentes ou, pire, qui n'ont rien fait alors qu'elles étaient au courant que les religieux servites agressaient sexuellement des élèves».

Si le juge accueille l'action de la victime qui représente l'ensemble des ex-élèves victimes d'abus, la congrégation et le Collège Servite devront lui verser près de 2 M $. Une somme de 15 M $, qui sera répartie, est aussi réclamée pour les autres élèves qui auraient été agressés par ces religieux.

Des réactions

La congrégation n'a pas commenté le nouveau document déposé par les avocats des victimes. L'agence de presse Présence a demandé, sans succès, à connaître l'identité de la personne autorisée à discuter avec les médias dans cette affaire.

Les évêques du Canada ont récemment publié un guide sur la mise en place des mesures de protection des mineurs et la prévention des abus sexuels dans l'Église catholique. Ce document recommandait précisément aux congrégations religieuses de nommer «un professionnel des communications capable de répondre aux demandes de renseignements des médias».

«Le Collège n’émettra pas de commentaires quant à l’action collective déposée au dossier de la Cour», a indiqué François Leblanc, actuel directeur général du Collège Servite où les agressions ont eu lieu.

Institution privée de niveau secondaire fondée en 1948, le Collège Servite accueille aujourd'hui quelque 150 élèves, garçons et filles. Il est toujours la propriété de la province canadienne des Servites de Marie mais aucun religieux n'y œuvre depuis dix ans.

Le personnel y est «neutre sur le plan confessionnel, tout en étant attaché aux valeurs à l’origine de sa fondation», indique-t-on.

«Œuvrant depuis 2007 sous une direction et avec un personnel entièrement laïques, l’équipe actuelle souhaite poursuivre son projet éducatif pour lequel elle travaille et investit depuis plus de dix années», ajoute le directeur général.

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