Tuerie de la grande mosquée de Québec

Sentence de Bissonnette: combat contre l’islamophobie loin d'être gagné, disent des groupes

La grande mosquée de Québec en 2017.
La grande mosquée de Québec en 2017.   (Présence/Philippe Vaillancourt)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2019-02-12 11:39 || Québec Québec

Réagissant à la sentence de l’auteur de la tuerie de la grande mosquée de Québec, des groupes musulmans estiment que la lutte contre l’islamophobie est loin d’être gagnée au pays.

«Cette épreuve atroce souligne l’importance de ne pas laisser les sentiments islamophobes, racistes et xénophobes se perpétuer et s’engager dans une violence haineuse», a indiqué le directeur général du Conseil national des musulmans canadiens, Ihsaan Gardee. Ce dernier était présent dans la salle d’audience au moment où la sentence a été prononcée vendredi dernier.

«Cela faisait longtemps que nous attendions cette sentence, il est clair que nous avons encore beaucoup de travail à faire pour affronter la rhétorique odieuse en ligne, dans les médias, en politique et ailleurs, avant qu’elle ne s’enracine davantage», a-t-il ajouté.

De son côté, le Forum musulman canadien a dit espérer que la peine de Bissonnette «servira d'une première étape qui mène à la guérison; un processus qui nécessite une volonté sociale et politique pour saisir la haine ainsi que les discours et les politiques islamophobes à tous les niveaux de la société».

À Québec, des proches des victimes et des représentants du Centre culturel islamique de Québec ont fait connaître leur déception devant une peine qu’ils auraient souhaitée plus sévère.

Prison à vie

Le 8 février, au Palais de justice de Québec, le juge François Huot a condamné Alexandre Bissonnette à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant quarante ans. Le juge s’est ainsi situé entre la prison à perpétué sans possibilité de liberté conditionnelle avant vingt-cinq ans, et le cumul des peines qui aurait mené à 150 ans d’emprisonnement.

Le jugement de 246 pages qualifie les gestes du tueur d’«attaque préméditée, gratuite, sournoise et meurtrière aux dépens de 46 de nos concitoyens de confession musulmane, dont quatre personnes mineures». Le juge a indiqué qu’ils ont ainsi causé une «déchirure de notre tissu social» et n’a pas manqué de souligné, en rappelant les témoignages entendus, que les victimes et leurs proches se sentaient visés en raison de leur religion.

Bien que de groupes aient dressé un parallèle entre la sentence et la lutte à l’islamophobie, il est à noter que le juge n’insiste pas sur ce concept. Dans les faits, le mot «islamophobie» est absent du jugement. Le mot «islamophobe» s’y retrouve deux fois: la première dans le témoignage d’une victime, la seconde lorsqu’il est question du rapport d’expertise du Dr Sylvain Faucher, qui précisait qu’Alexandre Bissonnette ne s’estimait ni islamophobe ni raciste, mais où on notait qu’il entretient tout de même des préjugés.

Circonstances aggravantes

Le jugement retient cependant le lieu de l’infraction, la grande mosquée du Centre culturel islamique de Québec, parmi les circonstances aggravantes.

«Comme il en irait pour toute église, synagogue, temple ou autre lieu de prière, le caractère sacré de la Grande mosquée confère aux crimes une coloration particulièrement outrageante », note le juge Huot. «En violant cet espace et en y faisant couler le sang, Bissonnette a foulé aux pieds l’une des valeurs les plus fondamentales de la société canadienne: la liberté de conscience et de religion», ajoute-t-il, soulignant que depuis l’attentat le nombre de fidèles à diminué du tiers à la grande mosquée, signe de la crainte qui s’est emparée de la communauté musulmane.

Il souligne également comme facteur aggravant les séquelles sur la société. «Par leur violence et leur caractère haineux, les crimes commis par Alexandre Bissonnette ont foulé aux pieds plusieurs valeurs fondamentales de notre société libre et démocratique, tels les droits à la liberté de conscience et de religion, à la liberté de croyance, à l’égalité ainsi qu’à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne.»

Rappelons que l’idée de faire du 29 janvier une journée nationale contre l’islamophobie est défendue par plusieurs groupes, et pas uniquement des groupes musulmans. L’idée est pour l’instant accueillie avec une fin de non-recevoir par les gouvernements.

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