Chronique: Hunger Games - La révolte, partie 2

Katniss Everdeen/Jennifer Lawrence: figure iconoclaste

Image tirée du film Hunger Games - La révolte, partie 2, présentement à l'affiche.
Image tirée du film Hunger Games - La révolte, partie 2, présentement à l'affiche.   (CNS photo/Lionsgate)
Jonathan Guilbault | Chroniqueur
Chroniqueur
2015-11-25 23:43 || Québec Québec

L’épilogue de la franchise des Hunger Games étant désormais projeté sur tous les écrans, on peut dès lors s’interroger sur la marque que celle-ci inscrira, ou pas, dans notre mémoire collective. S’est-elle distinguée de toutes les autres séries d’adaptations de romans à succès pour adolescents? S’en souviendra-t-on dans dix ans?

Si c’est le cas, ce ne sera pas en raison de l’histoire qu’elle nous conte. Les Hunger Games tablent certes sur un concept dans l’air du temps: un tournoi en mode téléréalité où les concurrents sont éliminés tour à tour; mais outre que l’idée constitue, grosso modo, une falsification de l’œuvre japonaise Battle Royale, la formule a ses limites. Après deux tournois, pour donner un peu de profondeur au récit, il a fallu l’abandonner et passer à la description d’un conflit plus large – et finalement assez banal.

Les films tirés des romans de Susan Collins ne brillent pas non plus par l’originalité de leur propos: la dénonciation des systèmes totalitaires s’est déjà fait avec plus de subtilité ou de force (Le meilleur des mondes, 1984, Farhenheit 451). Ni par leur modèle commercial : séparer le dernier opus en deux volets, pour faire durer le suspense et surtout s’en mettre plein les poches, c’est du déjà-vu (Harry Potter, Twilight).

Alors, aussitôt projetés, aussitôt jetés, les Hunger Games? Peut-être pas, car dans le duo Katniss Everdeen et Jennifer Lawrence, la série a créé une figure ayant quelque chance de rester dans les esprits des jeunes – et des moins jeunes.

Le personnage cinématographique, d’abord. Katniss s’élève au-delà de la masse des héroïnes de ce genre de superproduction par sa manière de faire éclater les étiquettes qu’on veut lui accoler.

Katniss n’a guère besoin, comme Jésus, de demander à ses proches «Qui dit-on que je suis?»; du côté des tyrans comme du côté des rebelles, on lui signifie clairement où est sa place, et quelle est son identité.

Le plus fascinant est que cette entreprise d’instrumentalisation se fait par le biais des médias. C’est diablement actuel: comme il est difficile, à notre époque où vie intime et vie publique se confondent sur Facebook ou ailleurs, d’échapper à l’impression que notre identité tient pour une bonne part à nos images médiatiques!

Ainsi, Katniss, en tant que «geai moqueur» emprisonnée dans différentes cages, incarne bien le combat de plusieurs jeunes d’aujourd’hui. Et comme ces jeunes, elle doit jouer le jeu, jusqu’à un certain point. Mais elle finit toujours par «se moquer», comme l’oiseau qu’elle personnifie, des attentes que les autres personnages ont envers elle.

Et même des attentes du spectateur. Katniss a beau faire chanter son arc, elle résiste à se faire le nouvel avatar d’Artémis, la déesse-vierge du panthéon grec. Car si elle peut se montrer ferme, elle pleure volontiers. Si elle ne se laisse pas entraîner au-delà de ses principes par ses sentiments, elle est aussi une amoureuse confuse mais sincère.

Par-delà Artémis, Katniss ressemble à d’autres figures, sans s’y laisser enfermer: Jeanne d’Arc, par exemple. Ou encore le Christ: elle vient «sauver» Panem, rassemble les peuples et prend toujours le parti des innocents; mais elle laisse libre cours, et sans complexe, à sa soif de vengeance envers le Président Snow - trait assez peu christique.

Bref, c’est une iconoclaste, qui refuse même de revêtir l’étiquette de superwoman. Mais l’envergure du personnage tient également à l’iconoclasme même de l’actrice qui la campe, Jennifer Lawrence.

Par la qualité de son jeu dans des productions plus soignées, comme Silver Lining Playbook et American Hustle, Lawrence a réussi à ne pas se laisser définir par le rôle l’ayant rendu célèbre. Mais plus encore, ses interventions publiques, parfois irrévérencieuses, la rapprochent de son personnage de «geai moqueur». Par exemple, elle a dénoncé le sexisme sévissant à Hollywood et qui fait en sorte qu’une actrice gagne moins que son collègue masculin; mais elle refuse de s’identifier comme féministe.

Bref, la figure Katniss/Jennifer a quelque cohérence, et c’est peut-être en cela que résident toutes les chances de pérennité des Hunger Games. On pourrait certainement faire valoir que cette figure est imparfaite, et qu’en cette époque où bien des luttes s’annoncent urgentes et difficiles, le féminisme mou et la sauvegarde jalouse de sa liberté individuelle ne valent pas un sens renouvelé de l’engagement. Mais de la part d’un divertissement grand public, c’est déjà fort bien de nous avoir donné un symbole de résistance contre l’embrigadement et la pression médiatique.


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