Lettre adressée à François Legault

Le Centre culturel islamique de Québec réclame l’interdiction des armes de poing et d’assaut

Le cofondateur du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, lors d'une soirée interreligieuse de commémoration à Québec le 28 janvier 2018.
Le cofondateur du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, lors d'une soirée interreligieuse de commémoration à Québec le 28 janvier 2018.   (Présence/Philippe Vaillancourt)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2019-01-21 14:57 || Québec Québec

Le Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), celui-là même qui a été frappé par une fusillade où six musulmans ont été tués en janvier 2017, demande l’immatriculation de toutes les armes et réclame l’interdiction des armes de poing et d’assaut.

«Le contrôle des armes est constitué d'un ensemble de mesures et de procédures qui, lorsque bien arrimées et appliquées, peuvent prévenir toutes sortes de tragédies évitables», écrit Boufeldja Benabdallah, cofondateur du CCIQ, dans une lettre datée du 15 janvier mais rendue publique le 21 janvier 2019.

«C'est pourquoi nous réclamons au fédéral l'interdiction des armes de poing et d'assaut, et que nous réclamons de la part du gouvernement du Québec le renforcement des procédures liées à l'accès au permis. C'est aussi pourquoi nous appuyons l'immatriculation de toutes les armes.»

Le CCIQ fait valoir que depuis l’abolition en 2015 du registre des armes à feu au Québec, «il n'est effectivement plus possible pour les autorités policières de savoir quelles armes sont détenues par un détenteur de permis de possession».

«Seules les armes à autorisation restreinte comme les armes de poing demeurent enregistrées (au fédéral), et celles-ci représentent à peine 5% des armes qui circulent au Québec», ajoute M. Benabdallah.

Cet appel survient à quelques jours du deuxième anniversaire de la tuerie de la grande mosquée de Québec, qui a eu lieu le soir du 29 janvier 2017 alors que plusieurs musulmans rassemblés y terminaient leur prière.

Le CCIQ souligne que l’auteur de la tuerie, Alexandre Bissonnette, avait des antécédents de troubles mentaux, mais que cet aspect n’est pas vérifié par les policiers.

«Étonnamment, aucune vérification de la sorte n'est effectuée lorsqu'un candidat pour un permis de possession nie avoir eu des épisodes dépressifs sur le formulaire de demande, comme l'a fait Bissonnette. Ainsi, il y a certainement lieu d'améliorer les procédures au niveau de l'octroi et du maintien du permis», estime encore le CCIQ, qui croit qu’une saisi préventive aurait alors pu avoir lieu.

Lors de la funeste soirée du 29 janvier 2017, M. Bissonnette a utilisé des armes non restreintes, dont le CSA-VZ-58, qui s’est enrayé dès le premier coup.

M. Benabdallah dit espérer pouvoir compter sur le gouvernement de François Legault pour qu’il «assure la mise en vigueur définitive de la Loi sur l'immatriculation des armes à feu à partir du 29 janvier prochain» et se souvienne de sa promesse électorale d’amélioration de vérification des antécédents des demandeurs de permis de possession.

«En tant que survivants et témoins de la souffrance inimaginable qui peut résulter de l'accès aux armes d'un seul individu malintentionné, nous souhaitons ardemment l'amélioration du système afin d'éviter et de prévenir que d'autres subissent le même sort que les victimes de la tuerie ciblant notre communauté, soient nos six frères assassinés, cinq blessés graves et de nombreux fidèles, dont plusieurs enfants, qui sont maintenant traumatisés à vie, tous des citoyens québécois», a insisté M. Benabdallah.

Selon Le Devoir, le premier ministre François Legault, en visite en France, a rejeté d’emblée la demande du CCIQ quant à la vérification des antécédents pour les propriétaires d’armes à feu, mais a confirmé son intention de faire respecter la loi qui entrera en vigueur le 29 janvier 2019.

Il y a quelques semaines, plusieurs médias soulignaient que de nombreux détenteurs d’armes à feu rechignaient à l’idée d’enregistrer leurs armes.

Le Québec est présentement la seule province canadienne à se redonner un registre d’armes à feu après l’abandon du registre fédéral en 2012.

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