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Centre Le Pont

Le diocèse de Montréal ouvre un presbytère aux demandeurs d'asile

  • Le centre Le Pont a commencé ses activités le 2 octobre. Sur cette photo, une mère et sa fille partagent un moment à l'intérieur du presbytère où l'Église de Montréal les accueille.
  • Créé par l'archidiocèse de Montréal, le centre Le Pont se trouve dans le presbytère de la paroisse Notre-Dame-des-Victoires.
Yves Casgrain | Journaliste
Journaliste
2017-10-17 09:49 || Québec Québec

Depuis le 2 octobre, le presbytère de la paroisse Notre-Dame-des-Victoires ouvre ses portes aux demandeurs d’asile. Ce nouveau centre appelé Le Pont et créé par l’archidiocèse de Montréal héberge essentiellement des femmes et des enfants en quête d’un avenir meilleur.

Assise tout près de sa fille Christina, Emmanuela raconte ses premiers moments au Canada. «Je suis arrivée à la frontière canadienne en taxi. J’avais mes deux plus jeunes enfants avec moi», explique-t-elle en évoquant Christina, 2 ans, et Joyce, 8 mois. «Lorsque j’ai franchi la frontière, des policiers ont déclaré que j’allais être arrêtée puisque je venais de faire quelque chose d’illégal. Je me suis dit: ‘Il vaut mieux me faire arrêter que de me faire tuer en Haïti!’», dit celle qui préfère taire son nom de famille.

Comme beaucoup de demandeurs d’asile, elle a d’abord été redirigée vers le YMCA de Montréal. Elle vient d’arriver au centre Le Pont. «C’était un accueil chaleureux! Nous sommes comme à la maison!»

Emmanuela vit néanmoins des moments angoissants. «L’attente est stressante. Je ne veux pas retourner en Haïti. Ce n’est pas une vie. Nous recevons des menaces de mort. Alors j’attends. Je garde espoir. Je ne suis pas heureuse, mais un peu plus tranquille», confie cette mère qui a laissé en Haïti les deux aînés de la famille.

L'humain avant l'administratif

Dans les couloirs du presbytère, le rire franc et contagieux d’Alessandra Santopadre, responsable du programme de parrainage des réfugiés pour l'archidiocèse de Montréal, témoigne de l’accueil chaleureux que cherche à proposer Le Pont. Véritable pilier de cette entreprise humanitaire, elle propose une visite des deux étages du centre: ici, une chambre, là un salon, là-bas la cuisine.

Dans la petite cuisine, lieu névralgique du centre, des femmes et un homme sont attablés et discutent avec de larges sourires. La petite Christina dessine sur une table. Elle est vite rejointe par Alessandra qui attire son attention sur les petites citrouilles multicolores posées devant elle. Alessandra tenait à souligner l’Action de grâce d’une manière simple et ludique. Mission accomplie, puisque les adultes rient de bon cœur devant le visage intrigué de Christina.

Le bureau d’Arthur Drieux, le jeune coordonnateur du centre Le Pont, se trouve près de l'entrée. À travers sa porte toujours ouverte, il suit tout ce qui se passe dans le presbytère. «J’entends les enfants jouer, les bébés crier. Je vois les personnes qui passent. Les résidents s’arrêtent et m’invitent à partager leur repas.»

«Ici, m’explique Arthur, nous mettons un point d’honneur à ce que l’on ne traite pas les résidents d’une manière administrative. Nous voulons qu’ils se sentent comme chez eux. Nous les traitons comme des membres de notre famille.»

Malgré les soucis et l’incertitude, les résidents partagent les différentes tâches quotidiennes. «Ce sont des personnes comme nous! Elles font la cuisine, s’occupent de leurs enfants et les disputent lorsque cela est nécessaire. Lorsqu’elles constatent que je bricole, elles viennent me donner un coup de main. Elles font comme à la maison. Pourtant, elles savent qu’elles sont ici de manière transitoire.»

Dons et bénévoles

Alessandra fait soudainement irruption dans le bureau. «Le père Noël de l’Action de grâce est passé!» lance-t-elle, désignant l’arrivée d’une livraison de plusieurs sacs de victuailles. Malgré la pluie battante, tout le monde sort recueillir ces précieuses denrées. Ainsi va la vie au centre Le Pont.

Trempé, mais le sourire aux lèvres, Arthur contemple les nombreux sacs qui encombrent son bureau. «Avant d’être coordonnateur du centre Le Pont, j’étais dans le milieu humanitaire. J’ai fait des stages pour Médecins sans frontière et pour l’UNICEF. Ici, c’est un milieu communautaire. Le travail de terrain me manquait.»

Pour l’épauler, Arthur peut compter sur une poignée de bénévoles qui s’engagent pour une période plus ou moins longue. Parmi eux, Isabel Barrera, ex-agente de pastorale sociale. «Je suis arrivée au Canada comme immigrante. Je sais ce que vivent les demandeurs d’asile.»

Son expérience lui dicte comment réagir devant des résidents qui partagent leurs douleurs et leurs angoisses. «Nous les écoutons. Cependant, nous ne sommes pas des spécialistes. Voilà pourquoi nous espérons recruter des psychologues volontaires.»

Elle croit également à la nécessité de former les bénévoles au dialogue interculturel. «Pour devenir bénévole au centre Le Pont, il faut une ouverture d’esprit. Nous avons tous des préjugés. Nous devons tous travailler là-dessus.»

Déjà, l’équipe du centre prépare la journée portes ouvertes qui aura lieu le 20 octobre.

«Je me bats pour la juste cause. Si une personne est dans le besoin, il faut l’aider», insiste Alessandra Santopadre. «La dignité de l’être humain est sacrée, peu importe son origine, sa religion. Je sens la présence de Dieu dans tout ce que je fais. C’est une présence très concrète. C’est le visage de la petite Christina et de sa petite sœur Joyce. Il a le visage de cette maman qui a une autre religion que la mienne, mais qui prépare la marmelade de citrouille, car je n’ai pas le temps de la préparer. Pour moi, c’est ça Dieu!»

Mis à jour à 10 h 52 le 17 octobre 2017.

 

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