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Chronique de Sabrina Di Matteo

Le nouvel évêque auxiliaire de Montréal dans une Église en chantier

  (Présence/François Gloutnay)
Sabrina Di Matteo | Chroniqueuse
Chroniqueuse
2016-04-27 13:08 || Québec Québec

Rallumer l’enthousiasme défaillant des catholiques et d’un bon nombre d’intervenants pastoraux à Montréal. Voilà essentiellement le défi auquel fait face l’archidiocèse de Montréal pour les 1,5 million de fidèles. Finances, formation, coordination de la diversité culturelle et pastorale: les chantiers où est attendue l’expertise du nouvel évêque auxiliaire, Alain Faubert, nommé par Rome le 19 avril pour venir appuyer l’archevêque Christian Lépine, sont nombreux.

Le parc immobilier des églises catholiques à lui seul est un casse-tête financier qui touche autant les paroisses que les coffres diocésains. Un moratoire sur la vente d’églises imposé en 2012 par Mgr Lépine a été critiqué. Aussi louable soit le souhait de maintenir des lieux de proximité, comment justifier les dépenses associées au maintien d’autant d’églises pour une population de pratiquants toujours en déclin? Même les paroisses de quartiers bien nantis où les messes sont très fréquentées peinent à couvrir les frais de réparations d’église et de presbytère.

Rares sont les paroisses où il y a une véritable relève chez les gens de 50 ans et moins. Parallèlement, des communautés nouvelles et des mouvements jeunesse semblent concentrer le bassin actif des 18-35 ans dans leurs sphères d’activités, souvent sans lien avec une paroisse. Ces réalités d’Église pourraient-elles mieux se complémenter? Oui, mais pour cela, une vision concertée et un leadership clair sont nécessaires.

Le diocèse compose également avec une mixité culturelle, alors que catholiques hispanophones, africains, italiens, haïtiens, philippins et portugais – entre autres – cohabitent dans un ensemble qui demeure malgré tout francophone, quoique tiraillé par la réalité des « deux solitudes » (francophone et anglophone) qui marque l’histoire de Montréal. Ayant travaillé aux services diocésains de 2007 à 2012, j’ai vécu de près les sensibilités de part et d’autre. Pour éviter le repli, il faut vigilance et dialogue, sans quoi le risque est de tendre à deux diocèses en cohabitation. Comment vivre l’unité dans la diversité? Et comment, dans cette diversité, faire Église non pas pour consolider une identité culturelle ou nationale, mais pour offrir l’essentiel de la foi à un quartier, par la célébration, l’éducation, la solidarité?

Le nouvel évêque auxiliaire connaît la complexité du diocèse. Les attentes sont élevées pour cet ancien vicaire épiscopal, dans un contexte où la suppression des régions administratives a eu pour effet de démotiver des intervenants pour qui l’animation et le soutien régionaux aidaient à nourrir leur vision et leur action pastorales.

Repenser le soutien au personnel pastoral et la formation continue est un chantier primordial pour l’Église de Montréal si elle veut dépasser les clichés que sont les expressions «nouvelle évangélisation» et «tournant missionnaire», qui ne veulent rien dire pour la majorité des personnes qui n’y voient que du jargon pastoral.

Sur le terrain, plusieurs catholiques demandent un autre type de présence mettant l’accent sur l’accompagnement humain et spirituel offert aux jeunes, aux familles, aux personnes démunies ou malades. L’Église crédible est celle qui écoute et dialogue dans les zones grises de la société, plutôt que d’imposer ses vérités en noir et blanc.

Chez les catholiques, le rôle fondamental d’un évêque, en son sens étymologique, est de «veiller à l’ensemble». Écouter d’abord, discerner dans la collégialité, agir en coresponsabilité. Voilà le meilleur plan de match pour Mgr Faubert face à la complexité, la diversité et l’appel à la crédibilité de cette Église à Montréal qui n’a d’autre choix que de s’engager sur ses routes en chantier, à l’aube des 375 ans d’un Montréal qu’elle a en grande partie contribué à construire.


5 Commentaire(s)

Maude Belisle || 2016-06-22 07:21:02

Je suis tout à fait d'accord avec vous Alexandre David. S'ils étaient plus nombreux à penser comme vous les fidèles seraient moins confus. Mais non ce n'est pas intéressant de parler des fins dernières , on opte pour la miséricorde, que tous sont enfants de Dieu et bientôt que toutes les religions se valent. En espérant que l'église catholique ne suive pas l'esprit du monde comme les autres sectes chrétiennes.

Sabrina Di Matteo || 2016-04-28 09:06:23

@Jacques Lison: merci pour ce commentaire. En effet, Mgr Faubert est bien un auxiliaire, pour assister l'archevêque dans sa charge. il serait injuste de lui mettre sur les épaules toutes les attentes et le lot de défis du diocèse (et j'espère que mon texte ne laisse pas entendre cela, au contraire). Je souhaite une dynamique de dialogue et de confiance autour de lui dans ses futures fonctions.

Alexandre David || 2016-04-27 23:02:49

Dans l'article de Philippe Vaillancourt dont on trouve le lien dans le présent article, l'archevêque auxiliaire élu Pierre Léger "reste inquiet face à la situation du diocèse, évoquant la lenteur de certaines décisions administratives et l’état des finances." C'est déconcertant! Si le leadership perdait moins de temps à s'inquiéter d'administration, de politique et de finance et prenait plus à cœur la destinée éternelle des âmes qui lui sont confiées, l'Église au Québec serait peut-être dans un moins lamentable état. Cet accent sur l'organisation elle-même détourne l'attention du fait que le travail pastoral et d'évangélisation est un échec retentissant. L'auteure Sabrina Di Matteo de son côté souligne que "l’Église crédible est celle qui écoute et dialogue dans les zones grises de la société, plutôt que d’imposer ses vérités en noir et blanc." Je me permets d'exprimer mon désaccord! Combien de compromis dans le gris faut-il encore faire avant que l'Église du Québec se rende compte que ce chemin ne mène qu'à plus de désengagement de la part des fidèles. La foi est assez mal connue et diluée ainsi au Québec! C'est en étant trop laxistes qu'on fait perdre à l'Église la splendeur de sa mission unique sur Terre. L'Église n'a pas besoin de se conformer davantage au monde pour l'engager. Elle a besoin de s'en distinguer radicalement pour être le sel de la Terre et la lumière qui éclaire les ténèbres et attire les affligés. Par exemple, en ne respectant plus le don du corps de notre Seigneur dans l'Eucharistie (e.g. en le distribuant sans discernement à tout un chacun, en lui manquant de révérence, etc.), en n'enseignant plus de cathéchèse solide pour que le peuple vive pleinement par l'obéissance aux commandements de Dieu et par amour vrai, on ne fait qu'augmenter la perception que la foi catholique n'a rien de spécial, qu'elle n'est pas la force active de Dieu pour racheter l'humanité. Nous somme l'église militante, et notre passage sur Terre doit nous mener à la sainteté (ou à la perdition). Où sont les voix pastorales qui rappellent les "quatre fins dernières" (la mort, le jugement, l'enfer et le paradis) aux baptisés de Montréal? Où sont celles qui appellent les non-baptisés au salut en Jésus-Christ? Où sont celles qui s'adonnent aux œuvres de miséricorde spirituelle, notamment d'instruire les ignorants (dans la foi) et d'exhorter les pécheurs? Oui, il faut aller dans les tranchées dans les "zones grises de la société", mais pas pour dialoguer, pour les appeler à la lumière, la vérité et l'Amour vrai! Je prie que Mgrs Faubert et Lépine sauront amener ce changement et oser proclamer l'évangile sans complexe, raviver les troupes, et montrer aux chrétiens de Montréal que la foi est une question de vie ou de mort, une mission pour laquelle aucun sacrifice n'est trop grand.

Anonyme || 2016-04-27 21:19:56

Merci Sabrina J'aime ton article. J'apprécie ce que tu relèves, écrit en rouge. Ce sont des besoins que je trouve aussi importants dans les lieux où j'interviens. Je suis aussi heureuse de cette nomination. C'est aussi ensemble , en solidarité que nous pouvons faire avancer ces nombreux chantiers.

Jacques Lison || 2016-04-27 18:24:30

Mais Monseigneur Faubert ne devient pas archevêque de Montréal... Il ne sera qu'évêque auxiliaire, disons quasi-évêque (au plus évêque d'un diocèse quasi-fictif: une parcelle de désert quelque part habitée par la hulotte des ruines). À la difficulté de répondre à tout ce que l'Église, peuple de Dieu de Montréal, attend de lui et de la hiérarchie s'ajoute celle de ce porte-à-faux institutionnel et donc organisationnel. Bref, je salue sa nomination comme une extraordinaire bonne nouvelle pour l'image de l'Église de Montréal, tout en espérant qu'elle ne suscite pas d'attentes irréalistes.

 

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