Devant l’Église Unie St. James

Un 'Homeless Jesus' sensibilise à l'itinérance à Montréal

Claude Paradis et Arlen John Bonnar posent à côté de la statue 'Homeless Jesus' installée devant l'Église Unie St. James, à Montréal.
Claude Paradis et Arlen John Bonnar posent à côté de la statue 'Homeless Jesus' installée devant l'Église Unie St. James, à Montréal.   (Présence/Yves Casgrain)
Yves Casgrain | Journaliste
Journaliste
2019-12-10 11:57 || Québec Québec

Un exemplaire de la célèbre statue, connue internationalement sous le nom de Homeless Jesus (Jésus le sans-abri), est maintenant installé sur la place de l’Église Unie St. James à Montréal. Située sur la rue Sainte-Catherine, en plein centre-ville, elle attire le regard des passants qui n’hésitent pas à s’arrêter pour l’examiner de plus près.

Créée par le sculpteur canadien Timothy Schmalz, la statue en bronze représente un homme allongé sur un banc et recouvert d’une simple couverture. Seuls ses pieds qui portent des marques de clous sont visibles. Son visage est enfoui sous la couverture. Pourtant, ceux qui s’en approchent comprennent rapidement qu’ils ont devant eux Jésus représenté comme un sans-abri.

Profondément catholique, l’artiste s’est inspiré d’un passage de l’Évangile selon Matthieu afin de sensibiliser les curieux au sort des marginaux.

Lors d’une rencontre initiée par Présence, le pasteur de l’Église Unie St. James, le révérend Arlen John Bonnar et l’abbé Claude Paradis, fondateur de l’organisme diocésain Notre-Dame-de-la-rue, se sont montrés tous deux très touchés par la symbolique de l’œuvre d’art.

«Depuis sa fondation en 1887, notre église a toujours œuvré pour une plus grande justice sociale. Le symbole de cette statue est très fort. Elle va conscientiser les visiteurs à la réalité de l’itinérance à Montréal», souligne le pasteur Bonnar.

Pour sa part l’abbé Paradis, reconnu pour son ministère auprès des itinérants, affirme que la statue évoque l’évangile: «J’ai eu faim, j’ai eu soif, j’étais étranger, j’étais en prison. Aujourd’hui les gens vont vous dire: ‘J’ai faim d’être reconnu. Je veux être habillé de dignité. Je veux être quelqu’un pour quelqu’un. Est-ce qu’il va y avoir quelqu’un pour moi demain?’»

«Cette image du Christ souffrant n’est pas juste pour les chrétiens», assure le pasteur Bonnar. «Elle est pour tout le monde. Nous travaillons avec d’autres groupes chrétiens et même avec d’autres religions, y compris avec les musulmans. Pour eux, Jésus est très important. Lors du dévoilement, des réfugiées syriennes musulmanes qui suivent une formation en vue de devenir traiteuses ont servi de la soupe et du pain. Elles sont membres de notre projet Women living their dreams (trad.: «femmes vivant leurs rêves »).»

L’abbé Claude Paradis abonde dans le même sens: «Il faut arrêter de travailler seuls dans notre coin. Il faut travailler ensemble. C’est le même Christ. L’œcuménisme, il ne faut pas seulement en parler, il faut en vivre! Cela me plaît que la statue soit ici. La rue Sainte-Catherine est la meilleure place. Je suis vraiment content! Cela ne me choque pas, bien au contraire. C’est un petit clin d’œil également. Il faut travailler en équipe, sinon on n’arrivera pas à soulager la misère.»

Aux marges de la société

Pour les deux hommes d’Église, l’œuvre d’art de Timothy Schmalz évoque l’ensemble des pauvretés présentes à Montréal.

«Les pauvres selon Matthieu ce sont ceux qui sont dans les marges de la société. Ce sont les LGBTQ et l’ensemble des personnes qui ont été jugées. Je leur dis: ‘Vous avez une place dans la société. Venez au centre. Ne restez pas dans les marges’», lance le pasteur Bonnar.

«La statue me fait aussi penser à toutes les personnes qui ont une problématique en santé mentale», confie l’abbé Paradis. « Il y en a beaucoup à Montréal. Nous en rencontrons tous les soirs. La statue me parle de cette réalité. La solitude est également une autre pauvreté. Il y a plein de formes de pauvretés à Montréal. La statue représente tout cela. »

L’abbé Claude Paradis remarque également que le Christ représenté par la statue n’est pas un Christ glorieux. «Il est couché sur un banc comme un itinérant.» «C’est un Christ incarné», ajoute le pasteur Bonnar.

Pour le fondateur de Notre-Dame-de-la-rue «les premiers qui sont venus adorer le Christ, ce sont les bergers. Ils étaient des itinérants. Le Christ a été un itinérant à sa façon. Il n’avait pas de place pour reposer sa tête. Tout cela me parle énormément!»

«L’image qui me touche c’est ce corps recouvert d’un drap. Il me fait penser à la souffrance. Les pieds qui portent les marques des clous sont pour moi un rappel que la divinité et l’humanité vont de pair. Nous souffrons et le Christ souffre également», ajoute le pasteur de l’église St. James.

Approché par un jésuite montréalais, le pasteur Bonnar a immédiatement accepté d’exposer la statue devant son église. «Lorsque je parle d’elle, je dis toujours que nous en sommes les gardiens. Elle ne nous appartient pas. Nous avons la responsabilité d’en prendre soin. Cette statue appartient à Montréal.»

Selon nos informations, les jésuites de Montréal ont été approchés par un donateur anonyme. Ce dernier a exigé que l’œuvre d’art soit exposée au centre-ville dans un endroit très fréquenté. Après quelques recherches, la communauté religieuse a contacté le pasteur Bonnar dont l’église est visitée par des milliers de touristes chaque année.

L’Église Unie St. James entend bien profiter de la présence de cette statue pour éduquer les passants à la réalité des itinérants et des marginaux. «L’été, la place devant l’église est pleine. Nous voulons mettre des panneaux qui expliqueraient l’origine de la statue et qui présenteraient la situation des personnes pauvres et isolées à Montréal. Nous aimerions aussi y publier le nom et l’adresse de quelques ressources pour ceux et celles qui cherchent de l’aide. »

Plus de soixante répliques de la statue Homeless Jesus sont installées dans de nombreux pays. Le pape François en a même béni une en 2013 alors que l’artiste Timothy Schmalz visitait le Vatican.

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