Lettre ouverte

Au revoir, Monsieur Grand’Maison

Jacques Grand'Maison.
Jacques Grand'Maison.   (Courtoisie Diocèse de Saint-Jérôme)
2016-11-08 08:52 || Québec Québec

Il traverse le corridor du dernier étage du pavillon Z de l’Université de Montréal, sa pipe fumant encore, à une époque où personne n’aurait pu imaginer la règlementation du rayon de 9 mètres. Il dépose son veston sur la chaise du fond. Relève ses manches sans trop nous regarder et sachant bien que nous l’observons. S’assoit sur le premier bureau, en bas de l’estrade réservée à ceux qui professent parce que trois heures durant, lui, il raconte.

Ce fut mon premier et son dernier cours à l’université. Il prit sa retraite à la fin de l’année. Connaissant vaguement le personnage, j’avais fait ce choix sans trop savoir, à la manière dont j’étais atterri dans cette faculté, me demandant encore si j’aurais mieux fait d’accepter l’offre d’admission en sociologie.

De quoi était fait son cours? À vrai dire, je n’ai jamais trop su. De quelques outils pour saisir la culture et la société dans un certain rapport au christianisme, me semble.

Pourtant, après avoir rabattu mes manches, repris mon veston sur la chaise du fond, je suis sorti de classe aujourd’hui sachant trop bien que ces trois heures n’auraient jamais été possibles sans lui.

Ce n’est pas que je lui dois tout, loin de là. Si je passe ma vie à lire, à réfléchir, à écrire et à enseigner, c’est grâce à tant d’autres personnes, à commencer par plusieurs de ses collègues. Comme d’autres, je me suis permis d’être critique de l’œuvre,  interrogeant ses travaux avec la brutalité naïve du jeune chercheur, remettant en cause ses présupposés et décriant ses angoisses nostalgiques qui ne cessaient de narguer sa foi et son espérance.

Seulement, j’ai toujours su que rien de tout cela ne serait possible sans ces jeudis soirs d’automne, il y a vingt ans maintenant, où Jacques Grand’Maison m’a tendu la main et m’a fait entrer dans un monde dont je ne pouvais simplement concevoir qu’il existe : là où la culture, la société, la foi, l’engagement et l’intelligence s’embrassent.

Souvent, il se présentait comme un éducateur. Il m’a élevé.

Au revoir, Monsieur Grand’Maison. Merci.

Jean-Philippe Perreault
Professeur à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval
Titulaire de la Chaire de leadership en enseignement Jeunes et religions

 

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