Lettre ouverte

Le drame des dalits chrétiens

Marché de fleurs à Bangalore (Inde), le 10 octobre 2016.
Marché de fleurs à Bangalore (Inde), le 10 octobre 2016.   (CNS photo/Jagadeesh Nv, EPA)
2017-02-07 15:37 || Monde Monde

J’adresse cette lettre à tous, aux croyants comme aux incroyants, parce que j’estime que son contenu devrait être une préoccupation de tous: la discrimination. Aux termes d’un voyage en Inde, je constate que le système des castes, bien qu’aboli, est toujours présent et mène à la discrimination de ceux qu’on appelle les dalits ou les intouchables.

Tous les hommes naissent égaux mais…

En Inde, le système de caste n’est jamais bien loin. Les castes déterminent le rang social occupé par quelqu’un et sont transmises par hérédité. Si vous naissez dans une caste, vous y restez jusqu’à votre mort.  Comme dans tout système hiérarchisé, il y a les privilégiés et les négligés.  Sauf que dans le sous-continent indien, il y a aussi les exclus du système. Ce dernier groupe est celui des dalits qu’on appelle aussi les intouchables. Bien que de confession hindoue comme les autres, ils ne jouissent pas de la même considération sociale ni des mêmes privilèges. Hormis les dalits, les populations tribales sont également hors castes, mais contrairement aux dalits, elles n’ont jamais été hindoues.

De manière générale, il faut tout de même constater que l’égalité des chances n’est pas au rendez-vous. Le gouvernement a décidé de créer des quotas pour l’obtention des postes dans l’administration publique ou encore pour les admissions à l’université. Il y a donc un quota de dalit. Toutefois, malgré les quotas, ils sont encore discriminés par les castes hindoues.

Mgr John Barwa, archevêque du diocèse de Cuttack-Bhubaneshwar, me confiait récemment qu’il estime que le système des castes hindoues a créé les intouchables: «Dieu n’a jamais créé les intouchables».  Les évêques catholiques sont soucieux des dalits qu’ils aimeraient voir traiter équitablement.

Certains sont plus égaux que d’autres*

Les chrétiens d’Odisha sont majoritairement issus des nombreuses tribus (hors castes) du pays et des populations dalits. Ces derniers se voient alors confrontés à un obstacle de plus. Avec émotion, Mgr Barwa ajoutait que pour les dalits, «devenir chrétien ne change pas tout. Vous ne changez pas de manière de vous vêtir, vous ne changez pas de famille. Ce n’est pas mon erreur ni l’erreur de mon voisin d’être né dalit. Pouvons-nous pénaliser quelqu’un parce qu’il est né dans cette famille?» Pour beaucoup, la réponse est oui.

Chaque caste a ses privilèges. Les dalits s’en sont vus attribuer, tels les quotas, par, le gouvernement de l’époque qui souhaitait en finir avec la discrimination liée aux castes. Ce fut sans succès. Toutefois, le dalit chrétien, lui, perd tout. Il n’est même plus considéré comme un dalit et perd alors même les quelques privilèges associés à son rang. Bref, lorsqu’il postule pour un emploi ou s’inscrit dans un programme universitaire, le dalit a des chances parce qu’un quota a été fixé afin de miner la discrimination et de lui donner une meilleure chance dans la vie. Le dalit chrétien, lui, est plus souvent qu’à son tour ignoré de ces quotas. Il perd tout simplement ses privilèges de dalits, privilèges qui sont déjà bien minces.

Le résultat est triste.  Certaines personnes modifient leur nom pour ne pas être identifiées comme chrétiens espérant ainsi avoir plus de chances d’obtenir un emploi ou encore pour l’inscription à une école de formation ou une université. D’autres se sentent pris au piège et tentent de s’en sortir en demandant «au curé de leur paroisse d’écrire une lettre ou de leur faire un certificat attestant qu’ils ne sont pas chrétiens» me racontait Mgr Simon Kaipuram, évêque de Balasore. «Comment puis-je donner ça?»  C’est un véritable problème de conscience pour le clergé.  «Nous espérons que ça changera un jour», termine-t-il.

Vecteurs de dialogue

D’ici à ce que les choses changent, les communautés chrétiennes s’engagent dans le dialogue avec leurs frères et sœurs des autres religions. «À cause du contexte, de nos réalités, nous avons besoin de dialogue plus que quiconque, alors nous en faisons de plus en plus la promotion. Nous prenons des initiatives pour dire aux autres que nous sommes leurs frères et sœurs», me disait encore Mgr Barwa. Il raconte fièrement que le 25 décembre, devant sa résidence, il organise une fête de Noël où tous sont invités si bien qu’il y a foule et que cette foule est majoritairement composée d’hindous. C’est ainsi qu’en Inde, le Sauveur naît chaque année parmi les hindous, dans la joie d’être tous d’une même et grande famille. Mgr Barwa me disait que «le christianisme n’est pas une foi de mots. C’est une foi vivante, une vie de dévouement et d’engagement, une vie de relations avec les autres.»

Et nous que faisons-nous pour dénoncer cette situation?

Marie-Claude Lalonde
Directrice nationale, Aide à l'Église en Détresse

*Paraphrase d’un texte de George Orwell dans La ferme des animaux


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