Daniel Laliberté

LETTRE OUVERTE. L’invalidité des baptêmes… Une place pour la réflexion par-delà le décret romain?

Un enfant se fait baptiser par le pape François le 12 janvier 2020 au Vatican.
Un enfant se fait baptiser par le pape François le 12 janvier 2020 au Vatican.   (CNS photo/Vatican Media)
2020-09-01 11:16 || Monde Monde

*L'auteur est docteur en théologie et professeur de théologie pratique et directeur du département Religion, communication, éducation au Centre Jean XXIII au Luxembourg.

Un texte récent de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (ci-dessous nommée CDF), portant sur des questions relatives à la validité de baptêmes célébrés en utilisant certaines formules, crée beaucoup d’émoi chez nombre de fidèles, surtout depuis qu’un jeune prêtre de l’archidiocèse Détroit a réalisé – à tort ou à raison, c’est ce que nous discuterons ci-dessous – que son propre baptême n’était pas valide et donc, par conséquent, son ordination non plus, entraînant une sorte d’effet cascade quant aux sacrements qu’il a ensuite lui-même célébrés.

La CDF a formulé une réponse concernant la validité d’un baptême où le ministre avait utilisé la formule suivante: «Au nom du papa et de la maman, du parrain et de la marraine, des grands-parents, des membres de la famille, des amis, au nom de la communauté, nous te baptisons au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.»

La réponse de la Congrégation se présente en deux temps, à savoir d’abord une réponse brève, laconique:

QUESTIONS : 1) Le Baptême conféré avec la formule: «Nous te baptisons au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit» est-il valide? 2) Les personnes dont on a célébré le Baptême avec la formule ci-dessus doivent-elles être baptisées de manière absolue?

RÉPONSES : - À la première question: Non ; - À la deuxième question: Oui.

Que penser de tout cela?

On admettra assez spontanément que la formule que la CDF a analysée est étrange, gauche. Rome y reconnaît bien une bonne intention, qui est d’inclure les personnes présentes dans l’assemblée dans le mouvement liturgique en cours, montrer que «tout le monde est avec toi dans ce geste engageant». Cette bonne intention ne suffit pas à corriger les erreurs de la formule utilisée dans ce cas. Mais de là à décréter non seulement que CE baptême est invalide, mais que tout baptême utilisant la formule «nous te baptisons», l’est aussi, cela heurte le sensus fidei – le gros bon sens – de plusieurs catholiques. Sentiment que je partage, tout en précisant qu’une réponse complète à cette question est moins simple qu’il n’y paraît et demande plusieurs nuances.

Or la première partie de la réponse romaine – la réponse brève –, ne fait clairement pas dans la nuance, alors que la longue justification qui suit, elle, ouvre un espace pour la réflexion! Je vous propose donc, tout en restant indigné de la réponse brève, de réfléchir aux aspects en jeu dans cette affaire.

La réponse longue: une justification en 3 volets

Dans sa longue justification, la CDF prend position à plusieurs niveaux, et il faut savoir les analyser chacun selon son plan.

Premier plan
Ce qui est explicitement déclaré invalide, c'est le baptême avec la formule analysée: «Au nom du grand-papa et de la grand-maman, etc...»

Cela est comparable à un exemple déjà entendu, où le ministre a d'abord demandé ce en quoi croyaient les personnes présentes, ce qui donna toutes sortes d'expressions, pas toutes orthodoxes, pour ensuite déclarer que c'était «dans cette foi qui venait d'être exprimée» que l'enfant était baptisé. Si on me l'avait demandé, j'aurais fort probablement eu tendance à questionner sérieusement la validité d'un tel baptême. Cela pour montrer qu’il y a des cas précis où la façon dont cela se déroule et où les mots utilisés font clairement problème et vicient l'acte liturgique. Bref, dans sa justification, le jugement de la CDF porte sur le cas particulier porté à son attention.

Deuxième plan
Par la suite, la CDF généralise la réflexion, en affirmant que le «nous» induit une fausse mentalité. L’argument est le suivant: «Quand on baptise, c’est le Christ lui-même qui baptise. […] En effet, lorsque l’Église célèbre un sacrement, elle agit comme un Corps qui opère sans se séparer de sa Tête, dans la mesure où c’est le Christ-Tête qui agit dans le Corps ecclésial qu’il a engendré dans le mystère de la Pâque.»

La note fait ressortir que le «nous» induit une pensée erronée, car il donne à penser que le baptême est une action collégiale de l'assemblée, alors que le «je» de la formule officielle exprime plus explicitement le fait que le ministre agit comme un signe-présence du Christ agissant par la médiation de son Corps-Église. Je précise que cette action in persona Christi ne dépend pas ici du fait qu’il s’agit d’un ministre ordonné, cela est vrai même quand une personne laïque baptise; c’est le fait qu’elle utilise la formule en «je» qui dit, par elle-même, que c’est le Christ qui baptise. Autrement dit, en entendant le «je», il ne faut pas entendre «Moi, Robert/Marc/Josée, je te baptise», mais bien, à travers la bouche et le souffle de cet humain, «Moi, Christ, je te baptise...»

L'argument est intéressant, mais il pose la question: est-ce justifié de déclarer que tout baptême utilisant une formule en «nous» est nécessairement et automatiquement invalide?

Troisième plan
C’est ici qu’il faut considérer la 3e partie de la réponse longue de la CDF, c’est-à-dire l'affirmation que l'on doit toujours utiliser la formule prescrite car quand on modifie le texte, on introduit un vulnus – une blessure – «qui, dans les cas les plus graves, rend le sacrement lui-même invalide.»

Cette référence aux cas graves n’indique-t-elle pas que la modification de la formule n'induit pas toujours et automatiquement l'invalidité, mais qu’il y a ici place à une appréciation cas par cas? Soulevant aussi par le fait même la question de ce qui détermine la gravité. Par exemple, dans le cas analysé, y avait-il volonté explicite de tromper l'assemblée, ou plus simplement volonté de «faire cool», dans le courant de pensée de l'époque, en intégrant – gauchement certes – la famille dans l'action liturgique à ce moment? Dans son avis, la CDF reconnaît que tel était fort probablement l'intention du diacre, mais a estimé que la déformation de la formule était dans ce cas trop importante et avait induit l’assemblée en erreur sur la nature du baptême.

Mais cette référence à la «gravité» de l’erreur semble pourtant laisser place à l’appréciation de chaque cas.

Réflexion théologique et pastorale plus approfondie

Jusqu’ici, je me suis surtout arrêté aux arguments contenus dans la longue justification de la CDF. Permettez-moi maintenant d’élargir un peu la réflexion.

Un principe liturgique important
Je pense qu'on va s'entendre assez spontanément pour accepter le principe selon lequel, en liturgie, on ne peut pas dire n'importe quoi! Cela se reflète par exemple dans l'imposition qui est faite aux prêtres d'utiliser uniquement des prières eucharistiques approuvées dans le missel: l'Église veut s'assurer que ce qui est proclamé soit conforme à la foi professée et non pas à telle ou telle façon personnalisée que pourrait avoir le prêtre de l'exprimer et qui pourrait induire des mauvaises compréhension dans l’esprit des personnes présentes, d’autant plus que, dans la prière eucharistique, le prêtre parle au nom de l’assemblée qui s’offre au Père, et n’a donc pas alors pour mandat de formuler sa prière personnelle. Plus on est au cœur du mystère, plus l'Église est engagée dans l'action liturgique, et plus il importe que les mots utilisés soient fidèles à cette foi. Or conférer le baptême est, avec l'eucharistie, l'un des deux gestes dans lesquels l'engagement de l'Église atteint un sommet, puisqu'il s'agit du geste par lequel elle se perpétue en intégrant de nouveaux membres. Pour qu'il n'y ait pas erreur à l’égard de l'engagement qui est contracté à ce moment-là, il importe que cet engagement ne soit pas pris sur la base de fausses prémisses. D'où l'importance d'utiliser des mots qui expriment bien ce qui se joue à ce moment-là, ce dont l’Église s’assure en prescrivant la formule baptismale à utiliser. Ajoutons-y le fait que c'est peut-être plus grave pour le baptême que pour l'eucharistie. En effet, comme il s'agit d'un sacrement qu’on ne répète pas et qui confère le statut de fidèle, un «vice de forme» au moment de l'engagement remet en question la validité de cet engagement – tout comme un vice de forme dans l'engagement matrimonial au moment du mariage remet en question la validité de celui-ci.

Cela dit... une fois que le principe est énoncé, la question qui se pose, c'est dans quelle mesure une formulation modifiée constitue toujours un vice de forme suffisant pour affirmer l'invalidité – et donc la nullité – de l'acte baptismal.

Ainsi, quand on analyse ensemble la 2e partie – sur l’usage du «nous» – et la 3e partie – sur l’importance d’utiliser la formule prescrite – de la justification de la CDF, on peut considérer que l’usage du «nous» induit effectivement un risque de mauvaise compréhension, de dérive, mais pas une erreur théologique fondamentale rendant la formule toujours, essentiellement, viciée. Autrement dit, je suis d’avis que, contrairement à la réponse courte de la CDF, le «nous» n'est pas en soi et toujours entaché de ce vice de forme, même s'il pouvait l'être dans le cas précis analysé par la Congrégation. N’a-t-on pas toujours insisté pour dire que l'enfant n’était pas baptisé «dans la foi des parents», mais bien «dans la foi de l'Église»? Si le Christ-Tête et son Corps-Église sont si intimement liés, alors dire que l’Église baptise, n’est-ce pas dire que c’est le Christ qui baptise, et vice-versa, ce qui permettrait de considérer qu’il n’y a pas qu’une seule formule possible, pourvu qu’il n’y ait pas d’ambiguïté quant à qui est désigné par le «nous»? Sans oublier que le «je», malgré l’argumentation de la CDF, peut lui aussi porter à confusion, comme on l’a mentionné ci-haut. Par exemple, une formule comme: «Nous, Église de Dieu réunie aujourd’hui en ce lieu, portion du Corps du Christ qui est notre Tête, nous te baptisons au nom du Père...etc.», ne me semble pas porter le risque inhérent à la formule boiteuse réprimée par la CDF. Je ne dis pas que c’est la plus belle formule possible, j’indique juste par-là qu’il est possible de dire un «nous» qui désigne l’Église entière dans son lien avec le Christ. Il me semble en tout cas qu’en affirmant trop fortement le «je» qui renvoie au Christ-Tête, on risque de trop mettre en retrait que le baptême est une insertion dans le Corps-Église, occultant du même coup sa nature de sacrement d'initiation, alors qu'une formule comportant un «nous» bien placé pourrait très bien rendre compte de la théologie qui se joue dans la liturgie baptismale...

Quand on pense que, lors des discussions des IVe-Ve siècles sur la nécessité ou non de rebaptiser ceux qui avaient été baptisés par des hérétiques, on a fini par retenir le point de vue selon lequel il n'était pas nécessaire de rebaptiser – considérant donc ce baptême comme valide, de sorte qu'encore aujourd'hui on reconnaît la validité du baptême conféré dans les Églises-sœurs (dont je ne connais pas le formulaire baptismal exact mais dont je sais qu'il n'est pas identique d'une Église à l'autre), je vois mal comment on pourrait dire que le baptême d'un ministre qui n'aurait pas utilisé la formule parfaite devrait toujours être décrété invalide. Ne faudrait-il pas prendre un peu de recul pour réaliser que l'histoire de la liturgie et des sacrements est loin d'être monolithique, donnant droit à d'autres façons d'exprimer ce qui est en jeu au moment de l'entrée de quelqu'un dans le groupe des disciples du Christ...

«Sésame, ouvre-toi!»
Je pense personnellement que l'avis de la Congrégation se fixe beaucoup trop explicitement sur l'exactitude du formulaire utilisé et pas suffisamment sur la justesse de l’intention portée par le ministre. Bien sûr, l’avis de la CDF tient compte de cette notion d’intention, précisant que «l’intention ne peut pas rester uniquement à un niveau intérieur, avec le risque d’une dérive subjective, mais elle s’exprime dans l’acte extérieur qui est posé, avec l’utilisation de la matière et de la forme du sacrement». Sauf que, ainsi formulé, on voit que l’intention du ministre n’a finalement aucune importance: selon cette façon de voir, comme il n’y a aucune façon de savoir ce que le ministre a dans la tête et le cœur, l’important est que la bonne matière – ici de l’eau – et la bonne forme – autrement dit la bonne formule – soient utilisées. Il faut savoir que ces catégories de «matière» et de «forme» ont été développées dans un cadre théologique et philosophique très précis, qu’il serait trop long d’exposer en détail ici, mais dont un des buts était effectivement de prémunir l’Église contre une façon de concevoir la validité du sacrement comme dépendant des intentions ou des bonnes mœurs de l’officiant. C’est notamment dans ce contexte qu’est apparue l’expression que vous avez peut-être déjà entendue: les sacrements agissent ex opere operato.

C’est très bien de vouloir se prémunir d’une compréhension trop extrémiste d’un côté, mais la solution se trouve-t-elle dans l’autre extrême? La position de la CDF, en insistant sur l’importance de la formule baptismale exacte et intouchable, tend à conférer à ce formulaire une portée quasi-magique, à en faire une sorte de «Sésame ouvre-toi» par lequel la grâce divine ne descendrait qu'à condition d'utiliser les mots exacts. C’est d’ailleurs le reproche qu’on peut lire le plus fréquemment dans les réactions à ce cas sur les réseaux sociaux!

Ecclesia supplet
Si l’on revient à cette ouverture que semble autoriser l’expression «dans les cas les plus graves» utilisée par la CDF – sous-entendant donc que tous les cas de modification de la formule exacte ne sont pas du même poids, cela ouvre à la possibilité de recourir à un bon vieux principe ecclésial, auquel plusieurs ont fait référence sur les réseaux sociaux: «Ecclesia supplet», c’est-à-dire «l’Église supplée (sous-entendu: par sa nature même, au manque que pourrait entraîner l’erreur de bonne foi d’un ministre)». Le Canon 144 l’exprime ainsi: «En cas d'erreur commune de fait ou de droit, comme en cas de doute positif et probable de droit ou de fait, l'Église supplée le pouvoir exécutif de gouvernement.» Je précise que je ne suis pas canoniste et que mon évocation de l’Ecclesia supplet repose sur une intuition théologique et pastorale et non sur une certitude canonique. En l’occurrence, je n’ai pas tous les éléments pour estimer si Ecclesia supplet pourrait s’appliquer au cas précis analysé par la CDF, où le baptême a été conféré «au nom de grand-papa et grand-maman, etc.», mais j’ai la conviction que l’ouverture à l’analyse cas par cas que constitue cette référence «aux cas les plus graves» permet de penser qu’on y va un peu fort quand, dans la réponse brève, on affirme que tout baptême avec une formule utilisant le «nous» est toujours cause d’invalidité! Pour le dire clairement, on reste sur l’impression que la réponse longue de la Congrégation contredit sa réponse brève!

Tout baptême est imparfait, ou plutôt… incomplet!

Permettez-moi enfin de compléter cette réflexion par un élément qui m’est cher, et que je n’ai pas encore vu apparaître dans ce débat: la confirmation comme réponse au problème de l’erreur survenue au baptême. On oublie trop souvent – ou peut-être qu’on ne le sait pas – que, d’un point de vue théologique, toute célébration baptismale sans la confirmation est imparfaite ou, plus précisément, incomplète! Pour comprendre cela, il faut recourir à un peu d'histoire de l'initiation chrétienne.

À partir du Ve siècle, dans l’Église de Rome, on a commencé, pour diverses raisons, à séparer le geste de l'eau et le geste de l'onction – qui jusque-là faisaient toujours partie de la même célébration, conduisant progressivement à en faire deux sacrements isolés. Or le concile Vatican II, dans les années 1960, a souhaité qu’on redécouvre l'unité de l'initiation chrétienne. Cela implique selon moi de reconsidérer l'isolement sacramentel dont font l'objet le baptême et la confirmation, autrement dit de prendre à nouveau conscience que ce sont en fait deux moments d’un même «complexe sacramentel»: même s’ils sont séparés chronologiquement, il s’agit en quelque sorte du même sacrement. En effet, c'est ensemble (avec l'eucharistie mais ce n'est pas pertinent pour la présente réflexion) que l'eau et l'onction confèrent le statut de disciple du Christ. D’ailleurs, la célébration du catéchuménat restaurée par Vatican II l'a remis en évidence, en plaçant ces gestes rituels dans la même célébration, l'un tout de suite après l'autre. Cela indique bien que, par-delà les vieux débats sur la grâce propre de chaque sacrement, c'est ce «complexe rituel» qui effectue le passage entre catéchumène et fidèle.

Ajoutons que, au moment de la séparation de l'eau et de l'onction au Ve siècle à Rome, le pape a alors autorisé les prêtres à commencer une célébration dont on comprenait bien qu'elle ne serait complétée que plus tard par l’onction avec le chrême, au moment du passage de l'évêque dans la paroisse. Cela indique bien – et c'est ici particulièrement important – qu'en  réalité, la célébration de l'entrée dans l'Église n'est pas complète tant que l'onction n'est pas conférée par l’évêque. Vous l’aurez donc bien compris: même quand elle arrive des années plus tard, la célébration de confirmation est théologiquement la dernière partie de la même liturgie!

Quel intérêt pour notre débat?

C’est que tout n’est pas réglé tant que la célébration n’est pas finie, donc tant que la confirmation n’a pas eu lieu! On pourrait faire la comparaison suivante: le baptême et la confirmation sont les deux mi-temps d’un match de soccer/football, avec une pause entre les deux. Le score peut-être négatif après la première demie, l’important c’est le résultat à la fin! Ainsi, si la première «demie» – le baptême – est viciée par une erreur dans la forme, ne peut-on pas considérer que la célébration correcte de la deuxième «demie» – la confirmation, avec la juste profession de foi du confirmand et l'intervention épiscopale – vient annuler l'erreur qui s'est glissée lors de la première, avec un résultat final correct pour le baptisé, levant ainsi tout doute sur son statut de membre de l'Église?

Ma pensée est-elle si originale? Oublie-t-on que, dans le cas des baptêmes d’urgence, le Rituel prévoit, sans répéter le geste de l’eau, des rites pour compléter le baptême par une profession de foi, l’onction du saint chrême et la remise du vêtement blanc? Cas analogue donc, où une célébration chronologiquement ultérieure mais rituellement liée vient compléter et, par-là, corriger, l'erreur potentielle qui aurait pu se glisser dans un premier temps, pourvu que l'intention de départ ait été de faire ce que veut faire l'Église. Certains objecteront que dans ce deuxième cas c’est le même sacrement qui est en jeu. Or c’est précisément mon argument: originellement et théologiquement, baptême et confirmation sont essentiellement le même sacrement!

Ce n’est pas ici uniquement un débat de spécialiste, c’est une question de compréhension du sens du baptême, de la confirmation, de l’initiation chrétienne et même des sacrements en général qui devrait intéresser tous les disciples du Christ!

En guise de conclusion

Rome a fait son nid, se campant dans la position la plus rigide possible. Je pense modestement qu'une autre appréciation était possible...

L’avis de la CDF a, malheureusement, ouvert une véritable boîte de Pandore! En se prononçant sur un cas particulier, dont la formule semblait en effet particulièrement malheureuse, elle pouvait bien mettre en cause la validité de ce baptême. Mais en décrétant dans la foulée que tout baptême ayant utilisé une formule en «nous» était également invalide, n’a-t-elle pas causé un tort plus important que celui, plus ou moins grave, de la prise de conscience que la forme du sacrement n'a pas été parfaitement respectée? On l’a vu avec l’émoi causé chez ce prêtre de Détroit et l’effet-cascade que cela a engendré…

Il n’est pas facile de comprendre pourquoi Rome émet ce genre de réponses en deux temps, apparemment porteuse d’une contradiction interne, où une affirmation très stricte crée autant de trouble alors que l’argumentation qui la suit montre qu’il y a place à la nuance, à l’analyse posée, pondérée…

Le problème, c’est que l’existence de la première réponse – Tout baptême en «nous» est de facto invalide – ferme pour plusieurs l’espace de réflexion. Peut-être que si le prêtre de Détroit et son évêque avaient pris le temps de ce recul, auraient-ils pu considérer que leur cas n'était pas identique à celui analysé par Rome et que, somme toute, son baptême était valide... Peut-être aurait-on évité ce «mois rocambolesque» où l’on a senti le besoin de rebaptiser, reconfirmer, réordonner ce prêtre, et éviter du même coup toute une cascade de tribulations pastoralement malsaines.

Va-t-on maintenant se mettre à regarder toutes les vidéos de baptême pour scruter l'exactitude de la formule utilisée? Et quel stress risque-t-on d'engendrer chez ceux et celles qui se découvriraient ainsi «non-baptisés»? A-t-on considéré la dimension éthique et pastorale d'un tel décret? S’il fallait penser en termes d’image, de marketing, une position aux vues plus larges, affirmant que, malgré l'erreur de formule, l'intention de tous les participants était la bonne et donc que – Ecclesia supplet – l'Église supplée à cette lacune, tout en rappelant la rigueur théologique qu'exprime la formule juste, n'aurait-elle pas été tellement plus fructueuse?

Je me range spontanément du côté de l’avis général: s’il est vrai qu’on ne peut pas dire n’importe quoi en liturgie, s’il est vrai que l’efficacité des sacrements ne tient pas uniquement dans l’intention des personnes présentes mais aussi dans la façon dont s’y exprime la foi juste de l’Église, il me semble qu’il faille éviter l’excès contraire qui consiste à mettre un poids si lourd sur l’utilisation de la formule exacte qu’on en arrive à une très forte impression de magie, comme si le recours aux bons mots avait l’efficacité de la phrase qui permettait à Ali Baba d’entrer dans la caverne aux trésors, activant automatiquement des mécanismes divins dont seule l’Église catholique, détentrice du bon grimoire, posséderait la clé!

Comme liturgiste, je sens l’importance de combattre le «n’importe quoi» liturgique. Pourtant, comme éducateur de la foi, je trouve encore plus important de mener le combat contre une pensée magique qui conduit à considérer que la grâce divine ou même la validité de l'intégration à l'Église est conditionnée par l'usage exact d'un formulaire. Comment ne pas voir que cela entraîne l'Église catholique dans un obscurantisme des plus malsain, dans un légalisme pharisaïque dont son Fondateur aurait bien voulu la prémunir…

Daniel Laliberté, août 2020

 

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