Marie-Claude Lalonde

LETTRE OUVERTE. Soutenir d’autres travailleurs essentiels

Des gens marchent dans la ville d'Idlib, en Syrie, le 18 avril 2020.
Des gens marchent dans la ville d'Idlib, en Syrie, le 18 avril 2020.   (CNS photo/Khalil Ashawi, Reuters)
2020-05-20 16:38 || Monde Monde

D'un océan à l'autre, les Canadiens traversent actuellement une période très difficile. Personne dans ce pays n'est épargné par l'impact de la COVID-19. C'est tout ce dont nous parlons. Notre société est mise à mal par la peur que nous entretenons envers les autres, par les conséquences de la pandémie sur notre avenir, et nous sommes profondément préoccupés et peinés par ses impacts sur les personnes les plus vulnérables et les plus âgées. Ces images font maintenant partie de notre quotidien depuis des semaines et même des mois. Les pertes d'emplois qui en ont résulté, l'insécurité alimentaire et les décès nous ont tous touchés, certains beaucoup plus que d'autres.

En tant que catholiques et chrétiens, nous avons appris ce que c'est que de prier dans la solitude. Nous avons peut-être passé une Pâques tranquille à réfléchir au miracle de la Résurrection. Pour certains, la tristesse de ne pas pouvoir partager la célébration avec leurs proches ou en tant que communauté était un défi réel et douloureux. D'autres ont trouvé beaucoup de joie et de gratitude dans la possibilité de se connecter et de prier avec la communauté virtuellement, une réelle bénédiction et une connexion bien appréciée au cœur de cette période de déconnexion.

Puis est arrivée l'horrible tragédie, la violence insensée, qui s’est abattue sur les Néo-Écossais dans la nuit du samedi 18 au dimanche 19 avril, terrifiant la province et stupéfiant tout notre pays. Le sentiment d'isolement et d'impuissance provoqué par ces événements peut devenir écrasant. Plusieurs d’entre nous veulent agir, faire quelque chose pour soulager la douleur et la souffrance autour de nous et aider le printemps à arriver aussi vite que possible. Espérons que les arcs-en-ciel dessinés par les enfants dans les fenêtres partout sont annonciateurs d’une vérité qui viendra plus tôt que tard.

Imaginons un instant, si vous le voulez, ce genre de traumatisme collectif amplifié d'autres façons. Au Sri Lanka, en 2019, nous avons assisté aux bombardements insensés d'églises remplies de gens pour les célébrations de Pâques, lesquels ont coûté la vie à de nombreux innocents et détruit l'Église. Au Venezuela, nous avons vu un peuple dévasté par sa situation, l'inflation et la faim, sans nulle part où aller. Des caravanes ont fui de nombreux pays d'Amérique latine par crainte de perdre la vie à cause des cartels de la drogue ou de la famine. Au Moyen-Orient, le peuple syrien a vécu la guerre pendant près d'une décennie, cherchant refuge dans des camps de fortune, souffrant de la faim, de la pauvreté, de la violence et de l'insécurité. En Afrique, la vague des fanatiques de Boko Haram et autres, comme au Moyen-Orient, a eu un impact dévastateur sur les populations déjà touchées par des injustices économiques de toutes sortes, la famine, la sécheresse, les inondations. Dans plusieurs pays, le culte est contrôlé par des groupes terroristes et par les gouvernements et il n'y existe aucune liberté de pratiquer sa foi. (Apprenez-en plus dans notre Rapport sur la liberté religieuse.)

Des gens de tous les continents risquent leur vie pour échapper aux traumatismes, à la violence et à la pauvreté abjecte. Cette peur, cette insécurité, ce manque de liberté et ce sentiment de persécution ressentis par certains font en sorte qu’une grande partie du monde et beaucoup de nos frères et sœurs dans la foi souffrent terriblement et quotidiennement. Nombreux sont ceux qui naissent dans des situations traumatiques et qui meurent sans jamais en sortir.

Une chose dont nous sommes sûrs, c'est que même après que la plupart des personnes aient atteint leur limite, suite à une catastrophe naturelle ou humaine, aient fait leurs bagages et aient quitté, l'Église, elle, demeure.

Dans de telles circonstances, c'est la présence de la compassion et de l'attention pastorale des membres du clergé et des religieux actifs dans toutes les sphères de la société qui est décisive. C'est pourquoi notre organisme, Aide à l'Église en Détresse (AED), soutiendra des projets dans le monde entier, notamment par des offrandes de messe pour les prêtres, une aide de subsistance pour les religieuses travaillant en première ligne dans les hôpitaux où les patients souffrent des effets de la COVID-19, et pour les médias catholiques, en particulier la radio. L’exemple de Radio Ditunga en République démocratique du Congo est parfait. La station diffuse des cours pour les enfants dans une région qui rejoint 5 millions de personnes. Un service essentiel, offert par l’Église catholique.

Il y a aussi, partout dans le monde, des contemplatifs qui prient chaque jour avec une dévotion et un amour profonds pour l'humanité. Quelles que soient les forces en mouvement sur la planète, l'amour de Dieu s'incarne à travers eux et bien d'autres encore. Ils incarnent l'espoir. Dans beaucoup de ces pays soumis à tant de contraintes, ce sont eux qui prient et s'inquiètent pour nous ! C'est là une réelle compassion. Quelqu'un doit soutenir ces personnes et ces institutions qui sont les piliers de nombreuses communautés, par le biais du travail de l'Église catholique.

Quelqu'un doit s'engager et soutenir leurs besoins fondamentaux, afin qu'ils puissent accomplir le travail le plus essentiel - le travail de Dieu - en faisant briller la lumière et l'espoir du Christ dans les espaces et les heures les plus sombres. 

Marie-Claude Lalonde
Directrice nationale
Aide à l’Église en Détresse Canada (AED Canada)


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