Billet de Jocelyn Girard

Liberté de conscience, de l’Égypte au Canada

Des pigeons survolent la croix d'une église au Caire, en Égypte, le 25 avril 2017.
Des pigeons survolent la croix d'une église au Caire, en Égypte, le 25 avril 2017.   (CNS photo/Amr Abdallah Dalsh, Reuters)
Jocelyn Girard | Chroniqueur
Chroniqueur
2018-03-05 11:39 || Monde Monde

Le parlement égyptien est à examiner un projet de loi visant les citoyens qui se déclarent athées et qui pourraient être condamnés à des sanctions criminelles. Dans ce pays, la religion figure sur les cartes nationales d’identité et il est exclu que cet espace demeure blanc et encore moins qu’il y soit indiqué «sans religion».

Dans un contexte où les sociétés occidentales s’efforcent de gérer convenablement l’arrivée par milliers d’immigrants apportant leur culture et très souvent une religion, les lois qui favorisent la liberté de conscience et de religion sont nécessaires afin de leur permettre de pouvoir y vivre en paix selon leur conscience.

Ce droit humain est reconnu par la Déclaration universelle des droits de l’Homme, mais se trouve inadéquatement protégé dans plusieurs pays du monde. L’athéisme demeure interdit dans une douzaine de pays et est souvent puni de lourdes peines.

En faisant de l’athéisme un acte criminel, l’Égypte emprunterait une voie radicale qui laisse présager des jours plus sombres encore pour ses citoyens qui choisissent de vivre ouvertement leur incroyance.

Un droit à protéger

Choisir de ne prêter foi à aucune religion est donc un droit tout aussi légitime que l’adhésion à n’importe quelle croyance religieuse, fondée ou non. Malheureusement, l’ONU n’a pas grand pouvoir pour faire appliquer ses principes humanistes…

Pensons à la triste histoire d’Asia Bibi au Pakistan, une mère chrétienne en attente de son exécution depuis 2010 pour une histoire de jalousie qui a tourné en accusation de blasphème.

En ce qui concerne l’athéisme, on retrouve dans la Bible et le Coran des passages qui condamnent tout ce qui pourrait s’opposer à la grandeur et à la transcendance de Dieu. Le déni de l’existence de Dieu, qui implique souvent l’apostasie, est perçu comme le plus grand blasphème. La sanction en cas de non rétractation peut aller jusqu’à la peine de mort.

C’est ici que le droit international doit primer afin d’assurer qu’une telle offense à la foi religieuse ne puisse être réprimée et que la personne qui en est l’auteur puisse continuer de vivre sans crainte pour sa sécurité. Au Canada et au Québec, les chartes des droits et libertés garantissent le respect de la liberté de conscience et de religion. Nos cours de justice ne condamnent pas en lieu et place de Dieu. Toute poursuite criminelle est intentée uniquement sur la base d’actes répréhensibles, qu’ils soient conséquents à des croyances religieuses ou non.

Chez nous comme chez eux

Certains de nos concitoyens réclament que nous traitions les immigrants comme nous serions traités dans leur pays d’origine. Par exemple, des athées québécois qui s’installeraient en Égypte en déclarant leur incroyance seraient à risque de discriminations, et éventuellement passibles de prison ou de mort. Pour les partisans de l’intransigeance, il serait donc normal que nous agissions de la même manière envers la religion des immigrants. N’est-ce pas un peu simpliste?

Quiconque veut défendre à l’étranger un droit pour ses semblables doit faire preuve d’une même justice dans sa propre cour. Il en est ainsi pour la liberté religieuse. Vouloir encadrer l’exercice d’un droit fondamental est légitime dans la mesure où un tel droit peut avoir des conséquences directes sur les droits et la liberté des autres ou encore sur le bien commun. En ce qui concerne l’islam, les musulmans ont un droit équitable à vivre selon leur conscience et leurs croyances, tout autant que les athées et les autres croyants.

On n’améliore pas le monde en restreignant ou en abolissant des droits fondamentaux. Puisque nous avons conquis notre liberté, notre responsabilité sociale consiste à travailler à la libération de toutes les injustices qui accablent d’autres humains. Pour que la liberté de conscience puisse s’épanouir partout, nous devons garantir ce droit chez nous en tout temps et lutter solidairement pour qu’elle s’impose aux régimes répressifs qui la bafouent.


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