Lancement du livre 'Confessions d’un prêtre de la rue' sur l'abbé Claude Paradis

«Dans ma vie, personne ne m'a regardé vivre. Voudrais-tu me regarder mourir?»

L'abbé Claude Paradis, l'animatrice Isabelle Maréchal, qui signe la préface. et Jean-Marie Lapointe lors du lancement du livre Confessions d'un prêtre de la rue.
L'abbé Claude Paradis, l'animatrice Isabelle Maréchal, qui signe la préface. et Jean-Marie Lapointe lors du lancement du livre Confessions d'un prêtre de la rue.   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2018-11-01 15:51 || Québec Québec

«La rue m'a emmené à l'Église. Puis l'Église m'a envoyé dans la rue. Et cela dure depuis vingt ans», lance Claude Paradis, un prêtre de l’archidiocèse de Montréal, lors du lancement de Confessions d’un prêtre de la rue, un livre né d’entretiens avec l’acteur et animateur Jean-Marie Lapointe.

«Claude et moi, on a un passé de consommateurs de substances», confie Jean-Marie Lapointe. «Et tous les deux, on a cessé de consommer. J'ai été aidé et soigné dans une clinique, la même clinique où Claude a lui aussi été aidé.»

Pas étonnant alors, dit-il, que les deux soient devenus des amis puis des complices dans la rédaction de ce livre publié par la maison d’édition Novalis.

En 192 pages, Jean-Marie Lapointe doit bien poser trois cents questions à celui qui a fondé en 2013 l’organisme Notre-Dame-de-la-Rue. L’intervieweur obtient trois cents réponses, toujours franches, directes.

L’abbé Paradis n’hésite pas à dévoiler les bas-fonds où sa consommation de bière et de drogues – y compris la cocaïne – l’ont entraîné. Il parle de sa famille, de sa Gaspésie natale, de ses études pour la prêtrise et des trois refus qu’il a essuyés avant d’être finalement ordonné. Il discute de la chasteté à laquelle ses vœux l’obligent, de la solitude qu’il ressent toujours même s’il est constamment entouré de gens, puis de la notoriété acquise au fil des années.

Comment est donc née sa mission d’aider les personnes de la rue? Lors du lancement, Claude Paradis a raconté, avec émotion, qu’il y a un peu plus de vingt ans, ce sont les questions d’un jeune homme 18 ans qui ont influencé ses futurs engagement.

«Il s'appelait Olivier. C'est un jeune de la rue, qui était en fin de vie. Il souffrait d’un cancer. Il me demande d'aller à son chevet à l’hôpital.» Olivier lui raconte qu'il a séjourné dans plusieurs familles d'accueil.

Le jeune homme lui lance alors une phrase qu’il n’oubliera jamais. «Dans ma vie, personne ne m'a regardé vivre. Voudrais-tu me regarder mourir?»

«Dans ma vie, personne ne m'a regardé vivre. Voudrais-tu me regarder mourir?»

Claude Paradis ne l’a plus quitté. « Avant de mourir, il m'a dit: "Tu m'aides en ce moment. Mais qui va aider les autres qui sont dans la rue?"»

«Olivier venait de me donner ma mission», lance l’abbé.

Jean-Marie Lapointe explique qu’au fil des entretiens, il a découvert «un homme sensible, vulnérable, qui a su surmonter ses travers et ses fragilités».

Celui qui anime la série documentaire Face à la rue où l’on présente le cheminement d’hommes et de femmes qui essayent de quitter leur vie d'itinérance, reconnaît que Claude Paradis, qui a longtemps travaillé auprès d'Emmett Johns, le père Pops, est devenu une figure importante pour bien des gens qui vivent dans la rue.

«Claude, c'est un grand frère, un père de substitution, un ami, un confident. Pour certains, c'est même un sauveur. Mais c'est surtout quelqu'un qui est humble. Quand on est dans la rue, on a besoin de côtoyer de la simplicité et de la vérité, de rencontrer des gens qui ne nous jugent pas et qui nous acceptent comme on est, et non pas comme on voudrait que l'on soit.»

«Claude met le pied dans les craques du système. Il n'ouvre pas les portes d'une église pour accueillir les gens. C'est lui qui se rend sur le terrain. C'est certainement un prêtre hors-norme. Mais on vit dans un monde qui est devenu non conventionnel.»

«Ce qui est inspirant dans le travail de Claude, c'est qu'il fait partie de la réalité et du quotidien des gens», dit Jean-Marie Lapointe.

Claude Paradis, Jean-Marie Lapointe
Confessions d'un prêtre de la rue
Novalis, 2018, 192 pages
24,95 $

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