'La route sacrée'

L'accueil tiède d'un récit résolument catholique

Jean Désy signe un exemplaire de La route sacrée au Salon du livre de Québec.
Jean Désy signe un exemplaire de La route sacrée au Salon du livre de Québec.   (Présence/Yves Casgrain)
Yves Casgrain | Journaliste
Journaliste
2017-05-01 16:05 || Québec Québec

Il y a quelques mois, les éditions XYZ ont publié La route sacrée, récit d’un pèlerinage entrepris par trois catholiques vers l’Antre de marbre situé en Témiscamie, lieu considéré depuis des milliers d’années comme hautement spirituel par les Cris et les Inuits. Les trois membres de l’expédition ont suivi les traces du père Laure qui fut le premier prêtre à y célébrer l’eucharistie.

La route sacrée est l’œuvre de Jean Désy, médecin, poète, amant de la culture amérindienne et d’Isabelle Duval, sa conjointe, artiste multidisciplinaire. La postface est signée par le père oblat Pierre-Olivier Tremblay, recteur du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap à Trois-Rivières, qui les a accompagnés dans cette aventure mystique vécue en 2014.

Au long des pages de ce récit résolument catholique se développe une réflexion, tissée par trois croyants aux parcours différents, mais complémentaires, sur l’art d’évangéliser tout en respectant la foi de l’autre et sur les relations entre l’Église catholique et les Amérindiens. «Nous avons voulu nous tenir à l’écart de toute forme d’évangélisation», précise toutefois Jean Désy rencontré lors du Salon du livre de Québec.

Professeur à l’Université Laval, il dit avoir coécrit ce livre en pensant à ses étudiants. «Comme vieux profs, comme vieil homme et, aussi, comme père, mon devoir est d’être un maître sans prétention.» Et que voulait-il transmettre? «J’ai voulu dire aux jeunes amants de la nature qu’il est possible le soir devant le feu de camp de lever les yeux au ciel et de prier. Que ce soit avec le Notre Père ou simplement en disant merci d’être en harmonie avec la nature.»

Trouver les mots

Pour ce médecin, amoureux de la nature et des mots, une des plus grandes tristesses dans ce monde est de ne pas avoir les mots pour prier. «Si nous ne connaissons aucune prière à prononcer, aucune poésie à réciter, nous ne sommes nulle part. Lorsque nous sommes dans un canot et que nous voulons remercier la rivière, mais que nous n’avons pas de mots, pas de textes, pas de maîtres pour nous aider, cela est pathétique», lance-t-il.

Tout au long du pèlerinage vers l’Antre de marbre, les trois pèlerins ont échangé, prié et récité des textes poétiques ou tirés de la Bible. Ils ont également fait la rencontre de diverses personnes engagées dans l’Église ou auprès des autochtones. Au fil des pages, les auteurs partagent leurs réflexions à tour de rôle. Le père Tremblay, même s’il n’a écrit que la postface, est présent tout au long du récit grâce aux confidences des coauteurs.

Relation Église-Première Nations

La présence de Pierre-Olivier Tremblay dans cette expédition donne l’occasion aux pèlerins de s’exprimer sur la relation de l’Église catholique avec les Amérindiens. «La vérité à ce sujet est toujours plus nuancée que ce que l’on entend généralement», avance Jean Désy en entrevue. «L’histoire du père Laure est une histoire éminemment positive. Si le missionnaire avait fait le con, les Amérindiens qui l’on conduit en canot ne l’auraient sans doute pas tué. Ils l’auraient probablement abandonné à son sort sur une île et lui auraient dit: ‘Débrouille-toi, mon homme. Tu reviendras à pied!’ Au contraire, il a été en parfaite harmonie avec eux. Il a vraiment manifesté de l’amour pour eux. Je pense que les missionnaires des XVIIe et XVIIIe siècles ont réussi à convaincre les Amérindiens de la pertinence de leur religion en raison de leur qualité d’être. Ce n’est pas à la pointe du fusil qu’ils les ont évangélisés. C’est l’évidence. Il faut rappeler cela!»

Les coauteurs se sont à tour de rôle exprimés sur la relation des premiers missionnaires avec les Amérindiens et sur des enjeux plus contemporains. «Dans le livre, il y a plusieurs voix», explique Jean Désy. «La voix d’Isabelle [Duval] est unique. Depuis le début de l'aventure, c’est elle qui porte la voix de la foi. Une voix presque candide comme celle de l’enfant. Toutefois, elle nous livre une réflexion mûre et critique. Malgré tout, ce n’est pas une parole prosélyte.»

Le père Tremblay s’est donné comme mandat de lier les réflexions de ses compagnons de route avec l’évangile et avec l’histoire de l’Église catholique québécoise. C’est lui qui dirige les prières et l’eucharistie sur l’Antre de marbre.

«Pierre-Olivier, Isabelle et moi nous avions la possibilité de faire se côtoyer deux paroles: la poésie et la Parole de Dieu.»

Dure réception critique

Cette coexistence ne semble pas avoir plu aux critiques. «Ce qui me laisse perplexe c’est l’extraordinaire résistance qu’a rencontrée La route sacrée», confie Jean Désy. «Les lecteurs qui ont la foi et qui sont catholiques peuvent apprécier notre parcours. Toutefois, pour le québécois moyen, c’est autre chose. Ce que je réalise dans cette fin de non-recevoir, c’est que depuis 20 ou 30 ans, le peuple québécois est dans un no man’s land spirituel qui peut s’expliquer de différentes manières. Je réalise que mon peuple est déboussolé.»

Pour Jean Désy, certaines critiques du livre s’expliquent du fait que la génération des baby-boomers est encore très en colère contre l’Église. «Il y a un groupe de gens âgés de 50 ans et plus qui sont très violents dans leurs propos. Ils sont profondément méchants. Ils ne s’en rendent pas compte, mais leur violence est fatigante. Par contre, les jeunes adultes ne sont pas violents. Ils sont beaux, car ils n’ont pas vraiment de positions arrêtées sur l’Église.»

Quelques minutes après l’entrevue, en route vers le kiosque des éditions XYZ, Jean Désy nous confie son désir de mieux comprendre la résistance que rencontre La route sacrée. «Je veux approfondir cette réception qui m’apparaît si triste.»

 

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