Le cardinal Lacroix et l'aide médicale à mourir

«On demeure digne jusqu'à la fin», assure l'archevêque de Québec

En marge du déjeuner auquel il participait vendredi, le cardinal Gérald Lacroix a réitéré son opposition à l'aide médicale à mourir.
En marge du déjeuner auquel il participait vendredi, le cardinal Gérald Lacroix a réitéré son opposition à l'aide médicale à mourir.   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2016-06-03 12:43 || Canada Canada

Que pense le cardinal Gérald Lacroix de l'aide médicale à mourir? La question lui a été lancée vendredi matin, tout juste après le Déjeuner fraternité et prière auquel il participait au centre-ville de Montréal.

«Je n'ai pas d'opinion à ce sujet», a lancé le cardinal, en hochant la tête. «Je n'ai qu'une certitude: le chemin qu'on ouvre ici n'est  fécond, ni pour le Québec, ni pour le Canada».

Lundi dernier, l'archevêque de Québec a rendu publique une lettre sur l'aide médicale à mourir et sur le projet de loi fédéral C-14 qui doit encadrer juridiquement ce recours. Le lendemain de la publication de la lettre, les députés de la Chambre des communes ont adopté, à la majorité des voix, le projet de loi, l'envoyant ainsi devant le Sénat.

Entrouvrez la porte à l'aide médicale à mourir, estime l'archevêque de Québec et «vous ne pourrez plus jamais la refermer. Et ne me dites pas que je suis pessimiste, je suis réaliste. J'ai bien vu ce qui se passe ailleurs».

Il cite le cas de la Belgique où il a rencontré, il y a un an, des médecins, des aumôniers et des professionnels en soins palliatifs qui lui ont affirmé que «la situation est devenue hors contrôle» dans leur pays. «On devait avoir quelques cas et mettre en place des comités d'éthique formés de deux médecins. Rapidement, c'est devenu sur demande. Aujourd'hui, ce sont des milliers de cas», déplore-t-il.

«Ce qui me rend très inquiet, c'est que, rapidement, ce sont les plus vulnérables de notre société qui vont disparaître. Les gens que personne ne protège. Ceux qui dans nos propres communautés, se sentent déjà de trop, qui croient que leur vie n'est plus très utile et qui répètent qu'ils coûtent cher au gouvernement. Aussi bien en finir, disent-ils.» Le cardinal craint que des gens de leur entourage répondent à leurs angoisses par des «tu as bien raison» et «ta vie n'a pas de sens».

Au moment même où les députés fédéraux votaient le projet de loi C-14, le cardinal Gérald Lacroix se trouvait dans une chambre d'hôpital, à l'Hôtel-Dieu de Québec. Il visitait une femme, la mère d’un ami, dont l'état de santé est critique. Ils ont discuté ensemble des propos tenus lors des entrevues télévisées qu'il avait accordées la veille à l'occasion de la parution de sa lettre publique.

Après des prières et une bénédiction, lorsque le cardinal voulu prendre congé de la dame, le patient qui partage sa chambre, «un homme visiblement très malade, très mal en point», se dresse dans son lit et lance au cardinal un sonore «Merci, monsieur. Vous avez raison. On est digne jusqu'à la fin».

C'est un tel message que l'Église devra dorénavant annoncer dans le milieu hospitalier, dit le cardinal. «On doit accompagner les gens, se faire proches d'eux, s'assurer qu'ils ne sont pas seuls. On va travailler à leur redonner le goût de la vie.»

 

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