Aide à mourir

C-14: des dirigeants religieux demandent le respect de la liberté de conscience

Le cardinal Thomas Collins (lutrin) entouré de leaders religieux du Canada.
Le cardinal Thomas Collins (lutrin) entouré de leaders religieux du Canada.   (CNS photo/Art Babych)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2016-04-19 12:11 || Canada Canada

«Nous croyons que toute action qui vise à mettre fin à la vie humaine est moralement et éthiquement mauvaise.» Ce matin, le président de l’Alliance évangélique du Canada, Bruce Clemenger, a résumé en ces mots les réactions des plusieurs leaders chrétiens, juifs et musulmans devant le récent projet de loi sur l'aide médicale à mourir.

Déposé jeudi à la Chambre des communes, le projet de loi C-14, qui doit être débattu puis adopté d'ici le 6 juin, veut permettre l’accès à l’aide médicale à mourir «aux adultes en état avancé de déclin irréversible de leurs capacités» et dont «la mort est raisonnablement prévisible».

Pour les 7000 Églises et congrégations liées à l’Alliance évangélique du Canada, il ne fait pas de doute que les «seules façons d’aider les personnes à vivre et à mourir dans la dignité sont de veiller à ce qu’elles soient entourées d’amour et de sollicitude et de leur fournir des soins holistiques qui comprennent le contrôle de la douleur et un soutien psychologique, spirituel et affectif».

Il faut aussi «améliorer et accroître les ressources pour les soins palliatifs et les soins à domicile», a ajouté Bruce Clemenger.

«Nos concitoyens qui souffrent de maladie terminale, de handicap physique, de troubles psychiatriques, ou qui se trouvent autrement isolés ou enfermés dans la solitude, méritent d’être accueillis et embrassés comme des membres aimés de notre société», a estimé l'imam Sikander Hashmi, du Conseil des imams du Canada.

«L’appui à l’euthanasie et à l’aide au suicide fait exactement le contraire puisqu’il envoie le message que la vie parfois ne vaut tout simplement pas la peine d’être vécue. En d’autres mots, il présente la mort comme étant une option valable pour ceux qui font face à des problèmes difficiles dans leur vie», a dit l'imam Hashmi.

Liberté de conscience

Lors de cette conférence de presse, le rabbin Reuven P. Bulka, de la congrégation Machzikei Hadas d'Ottawa, et le cardinal Thomas Collins, archevêque de Toronto, ont tous deux insisté sur la liberté de conscience qui doit être respectée.

«Nous demandons simplement la même protection été accordée aux établissements de santé dans tous les États où l’euthanasie et l’aide au suicide ont été légalisées. Il ne faut pas forcer les hôpitaux, les résidences pour personnes âgées, les résidences de soins palliatifs ou les autres établissements à trahir leur mission et leurs valeurs. Ces établissements se sont engagés à prendre soin des gens, à accompagner des patients et à être avec eux jusqu’à leurs derniers instants.»

«Ce à quoi nous nous opposons, c’est le fait de leur enlever la vie», a martelé le cardinal Collins.

De plus, «aucun médecin ne devrait être contraint de participer à ce qui était considéré jusqu’ici dans bien des cas comme un meurtre», a ajouté le rabbin Bulka. «Il va sans dire qu’il est inacceptable d’obliger un médecin à mettre fin à une vie, tout comme il est inacceptable de forcer un médecin à rediriger un patient dans ce but. Ce serait contraindre le médecin à se rendre complice d’un meurtre, et il s’agirait certainement d’une violation des droits de la personne.»

Présente aussi à cette conférence de presse, Caroline Girouard, médecin hématologue-oncologue, a déploré vivre sous la «menace de représailles si éventuellement je ne participais pas à la mise à mort de mes patients qui en feraient la demande».

«À ma connaissance, nulle part ailleurs au monde les médecins ne sont obligés, par une loi, de tuer ou de faire tuer leurs patients.»

La docteure Girouard répète que «plusieurs médecins quitteront leur pratique s'ils perdent leur liberté de conscience et doivent participer contre leur gré à des homicides».

«Et je suis de ceux-là», a-t-elle lancé.

 

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