Tournée 40 ans plus tard

«Je n'ai pas envie d'être réduit au silence. J'ai choisi de chanter» - Yves Duteil

  (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2019-03-22 08:38 || Québec Québec

«Il y a avec le Québec et tout particulièrement avec le public québécois, ce lien affectif, un lien profond d'estime réciproque, d'attachement et de respect», lance Yves Duteil, l'auteur de La langue de chez nous.

«Les maillons de ce lien, de cette chaîne, s'ajoutent les uns aux autres à chaque voyage, à chaque invitation et aussi à chaque moment de partage, comme celui de ce soir», ajoute-t-il en promenant son regard sur les quelque 150 personnes rassemblées ce mercredi 20 mars au sous-sol de la Librairie Paulines de Montréal.

Depuis le 16 mars, et jusqu'au 14 avril, l'auteur-compositeur-interprète présente sur différentes scènes québécoises 40 ans plus tard, un spectacle qui rappelle que depuis plus de quatre décennies Yves Duteil n'aura cessé de jouer «de la guitare, rue Dufour ou rue Vaugirard» (Hommage au passant d'un soir) et à tant d'autres endroits y compris au Québec, et de chanter des mots «qui font renaître l'espérance» (Les gens sans importance).

Les attentats de 2015

Ce spectacle est aussi l'occasion de faire découvrir son plus récent album, Respect, écrit en 2015, l'année des attentats meurtriers contre Charlie Hebdo (janvier) et de ceux du 13 novembre (Bataclan et autres lieux publics).

Des événements funestes qui auraient pu laisser Yves Duteil sans voix, à genoux. Mais le citoyen, et aussi le poète, a tenu à participer aux manifestations en hommage aux trop nombreuses victimes de 2015. «À Paris, nous étions un million, même davantage», rappelle-t-il. «Nous étions là, rassemblés, ensemble, mais tous différents. Présents, sans banderoles et sans uniformes. Et, dans cette période de danger, nous n'avions pas peur.»

Silence et résistance

C'est cette souffrance, mais aussi cette résistance, qu'il a cherché à mettre en mots dans Respect, la chanson qui donnera son nom à l'album, et dans Armés d'amour.

Ces attentats, «c'est du domaine de l'indicible», de l'inexprimable dit-il. «Alors, c'est du domaine de la poésie. Parce que la poésie, lorsqu'elle s'ancre dans le réel, elle devient forte. Elle exprime de l'authentique.»

L'artiste s'érige contre cette violence qu'il observe, «cette montée de l'intolérance, ce terrorisme qui veut imposer une seule vision du monde et réduire les autres au silence».

«Je n'ai pas envie d'être réduit au silence. J'ai choisi de chanter», lance-t-il. Ainsi sont nées ces paroles, qu'il récite ce mercredi soir dans cette salle de conférences de Montréal. Dans Armés d'amour, il rend d'abord hommage aux victimes.

Je pense à ces âmes en allées
A ces vies de bonheur fauchées
Au hasard, au mauvais endroit
Nous aurions tous pu être là.
De nos sangs mêlés sur le sol
On voit naître un nouveau symbole
Un flot d'amour en résistance
Fait de douleur et d'espérance.

Puis, dans Respect, il appelle à la résistance.

Respect
C'est la force qui nous inspire
Pour pouvoir résister au pire
Et faire face en restant debout
Plutôt que de vivre à genoux.

Espérance

Devant ces tragédies qui auraient pu le conduire, comme tant d'autres, à la démission et au désespoir, «j'ai eu envie de faire jaillir de l'espérance parce que c'est la seule façon de s'en sortir», dit Yves Duteil. «Parce que l'espérance, c'est l'espoir qui se lève et agit.»

Bien sûr, la colère existe. «Tout n'est pas tolérable», reconnaît-il.  «Mais on a aussi envie de dépasser cette colère. J'essaie aujourd'hui d'agir autant que d'écrire.»

Agir, écrire mais aussi rêver, s'empresse-t-il d'ajouter. Dans Une minute de silence, celui qui fut maire d'une commune durant 25 ans, rappelle qu'il a participé chaque année à ces moments de recueillement qui marquent l'anniversaire de la fin de la guerre.

«On souligne toujours le sacrifice, le sang versé, la souffrance», dit-il. «Imaginez si toutes ces minutes de silence, on les consacrait aussi à l'espérance du monde tel qu'on le rêve.»  

Parce qu'Yves Duteil est aujourd'hui convaincu que «si personne ne rêve ce monde qu'on souhaite voir émerger, il n'existera pas. Nous devons rêver pour les suivants.»

Poésie

Mercredi, l'auteur de La petite musique du silence et d'Et si la clé était ailleurs?, deux livres publiés par Médiaspaul, a raconté que celui qui, enfant, rêvait de «soulager la douleur du monde» ou de devenir «président de la République», a plutôt embrassé la poésie.

«La poésie, c'est ce qui permet, dans ce monde cruel et violent, de pointer la beauté du monde. C'est cette beauté qui peut nous redonner de l'espoir et qui peut nous donner la force d'affronter l'adversité contre laquelle on doit se battre.»

Le monde actuel ne ressemble pas à celui auquel on aspire, reconnaît-il. «Mais la poésie pose un regard sur la beauté du monde. Une fois qu'on l'a vue, on ne peut plus l'ignorer.»

La poésie possède un pouvoir de résilience extraordinaire, explique Yves Duteil, à la fin de sa conférence publique. «Elle nous permet de dépasser nos peurs, de transcender nos angoisses, d'imaginer notre avenir, de recouvrir notre passé avec la beauté du présent et du futur.»

«La poésie rend la vie supportable.»

Yves Duteil
Tournée 40 ans plus tard
blog.yvesduteil.org
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