Révision ou abolition du programme

Cours ECR: perplexité et déception chez les enseignants

«Nous n'avons pas du tout été consultés. On a appris le changement par la voie journalistique. C'est un peu désolant», lance Marc Chevarie, enseignant au secondaire depuis maintenant 32 ans.
«Nous n'avons pas du tout été consultés. On a appris le changement par la voie journalistique. C'est un peu désolant», lance Marc Chevarie, enseignant au secondaire depuis maintenant 32 ans.   (Kimberly Farmer/Unsplash)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2020-01-13 15:13 || Québec Québec

En prenant connaissance le 10 janvier des propos du ministre Jean-François Roberge sur le programme Éthique et culture religieuse (ECR), l'enseignant Marc Chevarie a eu trois réactions.

«J'ai d'abord reçu tout un choc en lisant les journaux», dit ce professeur qui est aussi depuis peu président de l'Association québécoise en éthique et culture religieuse.

«Notre association existe depuis 10 ans», soit depuis l'implantation du cours ECR. «On aurait souhaité que le ministère de l'Éducation entre directement en dialogue avec nous parce que nous pensons être les premiers concernés par ce cours. Nous l'enseignons, nous le vivons sur le terrain au quotidien.»

La dernière fois que le ministère a consulté son association, qui regroupe aujourd'hui quelque 200 enseignants, principalement de niveau secondaire, qui donnent le cours ECR, c'était en 2011, déplore-t-il. «Cela concernait la progression de l'apprentissage dans ce cours» qu'on venait tout juste d'implanter en milieu primaire et secondaire.

«Nous n'avons pas du tout été consultés. On a appris le changement par la voie journalistique. C'est un peu désolant», lance Marc Chevarie, enseignant au secondaire depuis maintenant 32 ans.

Le choc passé, il s'interroge sur le sens même de l'annonce faite par le ministre de l'Éducation. «Je suis encore perplexe. Dans les articles sur le projet du ministre, on utilise des termes en opposition les uns aux autres.»

Dans certains médias, on indique que le ministre veut réviser le programme. Dans d'autres, on précise qu'il souhaite l'abolir.

«Réviser, c'est prendre une distance critique, analyser, questionner et, au besoin, modifier», dit le président de l'AQECR. «Alors qu'abolir, cela signifie que la table est déjà mise.»

Choqué, puis perplexe, Marc Chevarie ne cache dorénavant plus sa déception.

«L'immense majorité des enseignants en Éthique et culture religieuse accorde une grande importance à la culture religieuse qui est une réalité incontournable», estime-t-il.

«C'est incontournable car 80% de l'humanité se réclame aujourd’hui d'une tradition religieuse.»

«Si la société actuelle n'est pas capable d'entrer en dialogue, y compris sur le terrain du religieux, quel avenir cette société aura-t-elle?»

Le président de l'AQECR a bien l'intention de poser prochainement cette question au ministre de l'Éducation, notamment durant le mois de février lorsque les intervenants du monde de l'éducation seront invités à «exprimer leurs opinions et échanger avec différents experts» sur le futur programme ECR.

***

 

 

du même auteur

La ministre de la Justice Sonia LeBel a présenté hier un projet de loi destiné à «rendre imprescriptibles les actions civiles en matière d'agression à caractère sexuel et de violence subie pendant l'enfance».
2020-06-05 12:22 || Québec Québec

Délai de prescription: fin de la «soutane de Kevlar»

Le mardi 2 juin, le gouvernement du Québec a dévoilé la mise en place d'un programme de formation accéléré visant créer 10 000 postes de préposés aux bénéficiaires pour les CHSLD. Ce programme crée de l'inquiétude dans les communautés religieuses.
2020-06-05 09:11 || Québec Québec

Préposés: inquiétudes dans les communautés religieuses

Une dame se désinfecte les mains avant d'entrer dans l'église Saint-Kevin dans le quartier Queens, à New York, le 26 mai 2020.
2020-06-04 17:53 || Québec Québec

Rouvrir les églises: pas de discrimination pour l'âge des fidèles

articles récents

Détail d'une affiche de propagande américaine de la Première Guerre mondiale représentant Jeanne d'Arc. «Son image endosse les messages les plus divers», note Olivier Bouzy, directeur scientifique du Centre Jeanne d'Arc.
2020-06-03 11:55 || Monde Monde

Jeanne d'Arc, le symbole qu'on s'arrache

Une dame portant un masque prie dans l'église San Giacomo in Augusta, à Rome, le 18 mai 2020.
2020-05-22 14:35 || Monde Monde

COVID-19: hausse de la ferveur religieuse en Italie, selon une étude

Le pavillon Félix-Antoine-Savard, où se situe la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval. À compter du 25 mai, la Faculté offrira de nouvelles formations en ligne destinées au grand public.
2020-05-15 12:22 || Québec Québec

Religions: nouvelle offre de formation grand public à l’Université Laval