Soeurs de la Charité de Québec

Les religieuses troublées par les allégations d'agressions sexuelles

Les Sœurs de la Charité de Québec se disent «étonnées» et «troublées» d'apprendre que des enfants qui ont séjourné à l’orphelinat du Mont d’Youville auraient été abusés sexuellement non seulement par des éducateurs laïcs mais aussi par des religieuses.
Les Sœurs de la Charité de Québec se disent «étonnées» et «troublées» d'apprendre que des enfants qui ont séjourné à l’orphelinat du Mont d’Youville auraient été abusés sexuellement non seulement par des éducateurs laïcs mais aussi par des religieuses.   (Pixabay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2018-10-04 16:49 || Québec Québec

Les Sœurs de la Charité de Québec se disent «étonnées» et «troublées» d'apprendre que des enfants qui ont séjourné à l’orphelinat du Mont d’Youville auraient été abusés sexuellement non seulement par des éducateurs laïcs mais aussi par des religieuses.

Les religieuses «sont troublées de prendre connaissance des allégations de la procédure impliquant leur congrégation», ont-elles fait savoir dans un communiqué transmis mercredi soir par leur avocat, Me Benoit Mailloux.

«Avant ces procédures judiciaires, les Sœurs de la Charité de Québec n'avaient jamais été informées de telles allégations. Leur étonnement est complet», a-t-il ajouté.

Au mois d'avril 2018, Jean Simard, un ex-pensionnaire du Mont d'Youville aujourd'hui âgé de 56 ans, demandait la permission d'exercer une action collective contre les Sœurs de la Charité de Québec.

Lorsqu'il était âgé de 12 ans, Jean Simard aurait «fait I'objet d'agressions physiques et sexuelles systématiques et répétées par John-Anthony O'Reilly, un éducateur du Mont d'Youville qui était en situation d'autorité sur lui», indiquait sa requête. Dès son arrivée au Mont d'Youville, un établissement géré par les Sœurs de la Charité de Québec pendant sept décennies, il aurait été battu lors d'une «séance de correction». Ces punitions étaient hebdomadaires. Durant les deux années de son séjour à l'orphelinat, le jeune garçon aurait reçu «des milliers de coups de ceinture».

La requête d'avril estimait donc que la congrégation religieuse s'était montrée «complice par sa négligence grossière, son aveuglement volontaire ou son camouflage» des agissements de l'éducateur qu'elle avait engagé.

Les avocats qui représentent Jean Simard ont indiqué que depuis le dépôt de la demande initiale d'autorisation, plusieurs victimes «se sont manifestées afin de dénoncer des abus dont elles ont été victimes, non seulement de la part des préposés laïcs mais aussi de la part des religieuses».

C'est ainsi qu'une femme a confié avoir été agressée sexuellement par la religieuse responsable de la buanderie du Mont d'Youville. La victime était alors âgée de 7 ans. «Ces agressions sexuelles se sont déroulées sur une période d'une année, à raison d'une à deux fois par semaine», précise la requête.

C'est le cabinet d'avocats Quessy Henry St-Hilaire qui a demandé à la Cour supérieure du Québec d'autoriser ce recours collectif contre les Sœurs de la Charité. La nouvelle requête vise aussi le CIUSSS de la Capitale-Nationale. En 1996, le Mont d'Youville a été fusionné avec d'autres services sociaux et est devenu le Centre jeunesse de Québec. Depuis 2015, le Centre jeunesse de Québec fait partie du CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Si le recours est autorisé, les avocats souhaitent que Jean Simard reçoive des religieuses et du CIUSSS de la Capitale-Nationale une somme de 2 M$ à titre de dommages et que toutes les autres victimes obtiennent une indemnisation dont le montant n'a pas été établi. Il pourrait y avoir des centaines de victimes, précise la requête.

«Les événements mentionnés dans la demande de recours collectif seraient survenus sous la gouverne des Sœurs de la Charité. C’est bien avant que l’établissement ne soit transféré au réseau public par le biais du Centre jeunesse de Québec – Institut universitaire et par le suite au CIUSSS de la Capitale-Nationale», indique Karine Primard, agente d'information au CIUSSS de la Capitale-Nationale. «Actuellement, nous prenons connaissance des éléments du dossier et nous ferons les représentations qui s’imposent dans cette demande d’autorisation d’un recours collectif.»

«Devant les procédures judiciaires portées à notre attention aujourd’hui, nous espérons que toute la lumière se fasse dès que possible, tant pour les victimes alléguées que pour les religieuses de la congrégation», a indiqué à Présence Jasmin Lemieux-Lefebvre, directeur des communications à l'archevêché de Québec.

Les religieuses, de leur côté, ont fait savoir que «par respect pour le processus judiciaire qui fera la lumière sur ces faits, aucun autre commentaire ne sera fait avant la fin des procédures».

Fondée en 1849 par la religieuse Marcelle Mallet, la congrégation des Sœurs de la charité de Québec compte aujourd'hui 288 membres.

 

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