Chronique de Jean-Claude Leclerc

Est-ce déjà la fin du monde?

Des portraits de Gandhi, Aung San Suu Kyi, Nelson Mandela et Mère Teresa ornent l'ancien mur de Berlin, à Teltow, en Allemagne, le 7 novembre 2016.
Des portraits de Gandhi, Aung San Suu Kyi, Nelson Mandela et Mère Teresa ornent l'ancien mur de Berlin, à Teltow, en Allemagne, le 7 novembre 2016.   (CNS photo/Ralf Hirschberger, EPA)
Jean-Claude Leclerc | Chroniqueur
Chroniqueur
2017-01-29 22:07 || Monde Monde

D’aucuns tremblent à la pensée d’une alliance entre Vladimir Poutine et Donald Trump. Plusieurs pays d’Europe de l’Est appréhendaient déjà une invasion de l’armée russe. Des blindés et des soldats américains sont rendus aux frontières de la Russie. Des soldats espagnols seront déployés avec l’OTAN en Lettonie. Et la Norvège accueillera quelque 300 marines américains. Par contre, plus d’un politicien européen dénonce la bureaucratie de Bruxelles et fête l’abandon de l’hégémonie des États-Unis.

L’inquiétude se répand mais elle n’est pas que politique. Partout la mondialisation est ébranlée. Des multinationales plient devant le président Trump et s’empressent de réinvestir en Amérique. D’autres entreprises, au Canada et ailleurs, craignent d’être exclues du grand marché américain. Et Ottawa grelotte à son tour. La révolution protectionniste, dit-on, ne provoquera-t-elle pas une crise économique, avec son cortège de troubles sociaux et de tensions régionales?

Pourtant, là où Barak Obama n’a su affronter le désastre laissé par George W. Bush au Proche-Orient, ni l’État islamiste qui en est sorti – et l’immense tragédie humanitaire qui perturbe jusqu’à l’Europe – force est de constater que le président Poutine a renversé la situation et ouvert, avec la Turquie et l’Iran, une voie de solution politique au pire conflit à survenir dans cette région. Certes, si l’extrémisme politico-religieux reste présent sur la planète, on ne saurait lui faire porter la responsabilité du désordre mondial.

Néanmoins, des conflits du Proche-Orient, le plus grave met aux prises les juifs d’Israël et les Arabes de Palestine. Cet enjeu en est venu à mobiliser les juifs de partout et les musulmans à travers le monde. Convoitée par les empires, cette «terre sainte» n’aura jamais connu de paix durable, quels qu’en soient les maîtres, des croisés du Moyen Âge aux sionistes de l’ère moderne. Aujourd’hui, l’aveuglement nationaliste et l’intégrisme religieux en font une poudrière.

Depuis la fin de la Guerre froide, nulle puissance n’a su faire prévaloir un minimum d’ordre, ni trouver de solution durable aux conflits locaux. L’Afrique s’ajoute maintenant aux continents problématiques. Les crises se multiplient. Administrations inaptes ou corrompues perdurent. Presque partout les populations ont perdu confiance dans leurs gouvernements. Et les Nations unies se révèlent incapables de prendre la relève. Tellement que la presse internationale peut écrire que «la Chine se dit prête à assumer le leadership du monde»!

À en croire les rapports de presse, en tout cas, il ne manque pas de leaders «populistes» pour proposer des «remèdes» radicaux aux maux de l’époque. Fierté nationale, priorité à l’économie locale, non aux réfugiés, méfiance des cultures étrangères, voire des libertés et des différences: ces discours s’affichent en Europe avec les partis d’extrême-droite, mais aussi en Asie. Aux Philippines, un président invite les gens à tuer impunément les trafiquants de drogue!

Entre-temps, si la crainte nucléaire revient, le commerce des armes, lui, ne connaît guère de répit. Londres en a vendu pour des millions d’euros à la Turquie. Paris pour des milliards à l’Inde (des chasseurs Rafale) et à l’Australie (des sous-marins). Sans parler des armes passées en contrebande, comme la police espagnole en a saisi, y compris des canons anti-aériens. Il faudrait aussi, apprend-on, que la Corée du sud et le Japon se donnent une capacité militaire.

Bref, si l’espionnage et le sabotage électroniques se répandent dans l’ombre, et le terrorisme mondial, à ciel ouvert, personne n’a renoncé aux guerres chaudes. Devant le désordre qui s’aggrave d’un continent à l’autre, les mouvements pacifistes semblent bien démunis. Qu’en est-il des institutions religieuses traditionnelles?

Autant les religions comptaient pour une part des conflits et des guerres au cours de l’histoire, autant elles sont aujourd’hui des forces de réconciliation et de rapprochement. Certaines, il est vrai, alimentent encore un rigorisme socialement délétère. D’autres, malgré leur perte d’ascendant, s’engagent dans les grands enjeux contemporains (écologie, justice sociale). Mais la plupart souffrent d’une tension interne entre l’ancien et le nouveau. C’est le cas de l’Église catholique.

Dans une entrevue récente au journal El Pais, le pape François s’est inquiété du «populisme». Il évoque surtout le nazisme qui a propulsé Hitler au pouvoir en Allemagne. En période de crise, rappelle-t-il, on manque de discernement, les gens cherchent un sauveur qui promet de leur restituer leur «identité» et de la protéger d’autres peuples «avec des murs, des fils barbelés, n’importe quoi». Le pape s’abstient néanmoins de juger trop tôt le président Trump.

Avant tout, réitère-t-il, il faut sauver les réfugiés qui fuient la famine et la guerre, «les accueillir et les intégrer», sans pour autant renoncer au contrôle des frontières. L’Église s’engage aussi, souvent discrètement, en faveur de l’accueil des immigrés. La diplomatie vaticane construit des ponts, «pas des murs». Son action pour la paix et la justice sert non ses propres intérêts mais ceux des populations. Tout changement n’est pas trahison, rappelle cependant le pape François.

Tous ont le droit de discuter, dit-il. La discussion rapproche, à condition de dialoguer. Le message s’adresse d’abord à l’Église. Mais sera-t-il aussi entendu dans la communauté internationale?

 

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