Billet de Jocelyn Girard

Héritiers d'une théologie du viol

Une yézidi de 15 ans, Samia Sleman, a témoigné en avril 2016 à une conférence de l’ONU des viols vécus à l’âge de 13 ans par des membres de Daech.
Une yézidi de 15 ans, Samia Sleman, a témoigné en avril 2016 à une conférence de l’ONU des viols vécus à l’âge de 13 ans par des membres de Daech.   (CNS photo/Gregory A. Shemitz)
Jocelyn Girard | Chroniqueur
Chroniqueur
2017-06-13 14:40 || Monde Monde

Plusieurs reportages nous renseignent sur le sort des femmes vivant sur un territoire conquis par une milice appartenant à la mouvance terroriste islamiste. Chaque fois que Daech prend un village ou un territoire, il met systématiquement en marche les mêmes procédés: on se débarrasse des hommes et des adolescents pubères qui ne veulent pas se convertir, on sépare les femmes mariées et les jeunes filles, et on prend ces dernières, aussi jeunes qu’à 10 ans, pour être offertes comme esclaves sexuelles aux combattants ou vendues au marché du trafic humain.

Comment comprendre ce phénomène?

Daech apparaît comme le dernier exemple d’une théologie qui asservit les femmes et qui va jusqu’à justifier le viol dans un contexte de pratique religieuse. Une jeune femme de 15 ans, enlevée et séquestrée par le groupe armé, témoigne: «À chaque fois qu’il venait me violer, il priait»; «Il ne cessait de me dire que c’était ibadah», un mot qui se rapporte au culte (cf. RTBF.be). Il en est ainsi pour la plupart des combattants et de leurs chefs qui justifient leur barbarie à partir d’une lecture douteuse du Coran et de l’islam. Ainsi les femmes qui ne se couvrent pas d’un voile, de préférence intégral, sont perçues comme des tentatrices «appelant» les mâles au viol. Imaginez qu’il s’agisse d’une non-musulmane: dans ces situations, tout est permis.

La religion et le bon sens

Les religions monothéistes ont une longue histoire de rapports de domination sur les femmes. Quand ce n’est pas pour leur imposer un vêtement, cela peut être pour les réduire au silence. Le résultat revient toujours au même: elles sont renvoyées à un statut d’infériorité. Il est même possible de trouver des éléments pouvant légitimer une «culture du viol» dans plusieurs passages de textes sacrés. Or, il est nécessaire de contextualiser ces versets pour éviter qu’ils nous gardent figés dans une conception qui n’a plus de sens à notre époque!

Dans les derniers mois, on a lu ou entendu plusieurs fois, de la part de chefs religieux, tant chrétiens, juifs que musulmans, que le meurtre au nom de Dieu est une perversion de la religion. Il semble plus rare d’entendre ces derniers dénoncer plus particulièrement le sort réservé aux femmes prises entre les mains des différentes factions islamistes. Car il ne s’agit pas de les tuer, tout simplement, mais de se servir d’elles – de leur corps – pour une exploitation perçue comme un droit du guerrier.

L’histoire des conquêtes violentes ne tarit pas sur l’usage plusieurs fois millénaire du viol systématique qui, par ailleurs, ne se limite pas aux femmes et aux jeunes filles. Il suffit de lire quelques chroniques de l’Antiquité pour s’en rendre compte. Apparemment, la rage meurtrière qui fait monter le niveau de testostérone ne demanderait qu’à être soulagée par l’exutoire sexuel.

Dans l’ordre plus habituel, n’importe quel homme pourra confirmer que les pulsions sexuelles peuvent parfois être exacerbées et qu’il lui faut «prendre sur soi» pour éviter d’utiliser une femme, y compris sa partenaire, comme un simple objet à exploiter. Ce qu’il faut comprendre, ici, c’est que l’abus sexuel, quel qu’il soit, n’a besoin d’aucune religion ou philosophie pour être «légitimé», car l’abuseur trouvera toujours à excuser son geste voire à le glorifier par une vision pervertie de son accomplissement.

Pour une théologie du consentement

La religion a souvent été instrumentalisée ou trahie dans son essence par certains êtres désaxés. Mais la réalité est moins dichotomique qu’elle n’y parait.

Les chrétiens ont aussi hérité d’une vision qui a longtemps asservi les femmes, d’où l’invitation du pape François à revoir la théologie de l’Église et à leur donner toute leur place.

Il revient à chaque religion de développer une théologie «du consentement» où l’acte suprême de liberté serait constamment honoré. Qu’il soit confessé par des juifs, des chrétiens ou des musulmans, Dieu veut devant lui des êtres humains qui se tiennent debout. S’il désire être pour eux l’Unique, il se donne à lui-même comme règle de respecter la liberté de ses créatures.

Tout homme doit être éduqué. L’égalité entre les hommes et les femmes et le respect mutuel constituent certainement les bases d’une véritable humanisation de nos passions les plus naturelles. Aimer son prochain, quand celui-ci est une femme, implique la nécessité de voir en lui, en elle, un autre soi-même qui appelle au respect le plus fondamental, jamais pour en faire un objet de jouissance.

Une conception si simple est accessible à tous, même à un djihadiste de bas étage, et encore plus à son dieu...


1 Commentaire(s)

Jocelyne S. || 2017-06-15 12:54:41

Merci de cet écrit cela est bon de lire de tels propos fait par un homme.

 

du même auteur

Les membres de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec ont rencontré le pape à Rome le 11 mai 2017.
2017-05-15 11:25 || Québec Québec || 8 Commentaire(s)

Église québécoise et laïcs: floraison ou last call?

2017-04-24 09:39 || Québec Québec || 1 Commentaire(s)

Une «DPJ» musulmane au Québec, un rêve?

Un homme et sa fille fuient un quartier de Mossoul, contrôlé par l'État islamique, durant les combats, le 4 mars 2017.
2017-04-12 15:27 || Monde Monde || 1 Commentaire(s)

Comment mesurer la valeur de notre monde devant les champions de la haine?

articles récents

Londres a de nouveau été visée par un attentat terroriste le 3 juin 2017. Il s'agit du troisième à frapper l'Angleterre en moins de trois mois.
2017-06-05 14:16 || Monde Monde || 3 Commentaire(s)

Une déshumanisation générale menace-t-elle les sociétés contemporaines?

Le pape François au Vatican, le 3 mai 2017.
2017-05-17 14:47 || Québec Québec || 3 Commentaire(s)

Le message du pape pour le 375e anniversaire de Montréal

Les membres de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec ont rencontré le pape à Rome le 11 mai 2017.
2017-05-15 11:25 || Québec Québec || 8 Commentaire(s)

Église québécoise et laïcs: floraison ou last call?